Sophie Pétronin de retour en France : une libération et beaucoup de questions – Le Parisien

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De l’émotion, de la joie. Mais aussi des interrogations. A 12h48, ce vendredi 9 octobre, la dernière otage française dans le monde pose le pied sur le tarmac de l’aéroport militaire de Vélizy-Villacoublay (Yvelines). Un long foulard blanc sur la tête, Sophie Pétronin vient de descendre d’un Falcon médicalisé en provenance de Bamako, au Mali. Ses petits-enfants l’accueillent. L’étreinte est longue. Emmanuel Macron et son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian assistent à la scène. Loin de ses geôliers, l’humanitaire peut enfin sourire. « J’ai toujours su que je retournerai, que je ne mourrai pas (sur place) », confiait la fondatrice de l’ONG Association d’aide à Gao avant de rejoindre la France.

Le chef de l’Etat guide ensuite vers le salon d’honneur de l’aéroport cette femme de 75 ans, à l’allure frêle, qui avait été enlevée le 24 décembre 2016 à Gao dans le nord du Mali. Ses proches attendent ces retrouvailles depuis 1300 jours. Détenue par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), une alliance djihadiste liée à Al-Qaida, Sophie Pétronin retrouve sa liberté en même temps que trois autres otages : deux Italiens et Soumaïla Cissé. Enlevé en mars alors qu’il faisait campagne pour les législatives, cet homme politique est l’un des principaux opposants maliens. « On a demandé à tout le monde d’être extrêmement discret ces derniers jours pour que la libération de Sophie Pétronin se passe sans encombre », relate-t-on à l’Elysée.

VIDÉO. L’ex-otage Sophie Pétronin pose le pied sur le sol français

Devant les journalistes massés pour l’occasion, un micro a été installé. Mais Emmanuel Macron change d’avis et rentre à Paris sans prononcer d’allocution. « L’ex-otage ne voulait pas parler aux journalistes, alors le président a préféré faire pareil, explique un collaborateur. Et puis, il ne voulait casser ce moment d’émotion familiale. » Pudeur ou… prudence ? Car, au même moment, une polémique fait rage sur les conditions de cette libération. Ce week-end, plusieurs dizaines de djihadistes ont été libérés par le nouveau pouvoir malien – certaines sources évoquent même le chiffre de deux cents combattants. Ils ont vraisemblablement servi de monnaie d’échange pour les quatre otages.

« Une opération entièrement malienne » selon l’Elysée

« Jamais on ne devrait transiger avec l’islamisme et permettre la libération de djihadistes, au risque d’exposer plus encore nos armées déjà durement éprouvées », s’insurge la présidente du RN Marine Le Pen sur Twitter. « Le rôle du président de la République est qu’il n’y ait plus d’otages français », rétorque-t-on à l’Elysée, où l’on jure qu’il s’agit d’une « opération entièrement malienne ». Sous-entendu : la France n’est pas intervenue dans la négociation.

VIDÉO. Libération de Sophie Pétronin : les retrouvailles émouvantes avec son fils au Mali

L’ex-otage, elle, tient des propos sur ses ravisseurs qui peuvent sembler ambigus. Avant de rentrer en France, elle est interrogée par plusieurs médias, dont RFI et TV5-Monde, sur les « djihadistes » qui l’ont séquestrée. Sophie Pétronin balaie étrangement la question. « Appelez-les comme vous voulez. Moi, je dirais que ce sont des groupes d’opposition armée au régime ». L’humanitaire, par ailleurs convertie à l’islam, ajoute : « Je suis musulmane, vous m’appelez Sophie, mais c’est Mariam que vous avez devant vous ». Puis, elle implore pour le Mali la « bénédiction et la miséricorde d’Allah ».

« Gros, gros malaise », lâche sur les réseaux sociaux le député proche du RN Thierry Mariani. « Est-ce qu’elle n’a pas basculé ? », s’interroge de son côté un conseiller gouvernemental. Soucieuse de poursuivre son action en faveur des enfants malnutris, Sophie Pétronin a en tout cas d’ores et déjà annoncé qu’elle « reviendra voir ce qui se passe » à Gao, la grande ville du nord du Mali. En l’entendant, son fils Sébastien Chadaud-Pétronin lui glisse, mi-amusé, mi-crispé : « Attends-toi à ce que je cadre certaines choses. »

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