Sondage : les Français toujours Charlie, les jeunes beaucoup moins – Libération

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«Les Français sont-ils encore Charlie ?» Alors que s’ouvre ce mercredi le procès des attentats de janvier 2015, l’Ifop publie une enquête commandée par Charlie Hebdo sur l’état de l’opinion en matière de liberté d’expression, de blasphème et de caricatures. Jusqu’au 10 novembre, quatorze accusés vont être jugés pour l’attentat contre le journal satirique, qui a fait 12 morts le 7 janvier 2015, et les attentats contre une policière à Montrouge et le magasin Hyper Cacher. En une de son numéro en kiosques ce mercredi, laquelle est barrée de la mention «Tout ça pour ça», Charlie reproduit les caricatures d’abord publiées en 2005 par le journal danois Jyllands-Posten puis reprises un an plus tard par l’hebdomadaire français. Et publie «son» sondage.

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«L’une des bonnes surprises de l’enquête, c’est l’augmentation considérable du nombre de Français qui jugent que Charlie a eu raison de publier les caricatures», souligne Jérémie Peltier, directeur des études à la Fondation Jean-Jaurès et auteur d’une note sur l’étude. D’après celle-ci, 59% des sondés considèrent ainsi que les journaux ont eu raison de publier ces caricatures «au nom de la liberté d’expression». Un chiffre en hausse de 21 points par rapport à 2006, lors de la première publication des dessins par Charlie Hebdo. A l’inverse, 31% des personnes interrogées jugent que «cela constituait une provocation inutile», en baisse de 23 points. Plus de trois quarts des Français (79%) jugent par ailleurs «excessif» le procès mené à l’époque par la Grande Mosquée de Paris et l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) contre le journal pour la publication des caricatures – procès qui avait donné raison au canard satirique.

Différence très réduite

Mardi depuis le Liban, à la veille de l’ouverture du procès, Emmanuel Macron a défendu la «liberté de blasphémer», tandis que le Conseil français du culte musulman (CFCM) a appelé à «ignorer» les caricatures de Mahomet republiées par l’hebdo satirique et à se souvenir des victimes du terrorisme. Dans ce contexte, le sondage commandé par Charlie devient un argument du débat. «Ce qui est plus inquiétant, c’est le sentiment de la jeune génération et notamment la jeune génération musulmane», poursuit Jérémie Peltier. Ceux-là sont beaucoup moins nombreux que la moyenne nationale à soutenir la publication des caricatures.

Le directeur des études souligne cependant des «résultats positifs sur le degré de condamnation [de l’attaque] si l’on prend l’ensemble de la population musulmane». Ainsi, 72% des «Français musulmans» sondés condamnent les attentats de 2015, contre 88% pour l’ensemble des Français. Dans le détail, sur les 28% restants, 13% se déclarent «indifférents», 10% «condamnent [les frères Kouachi] mais partagent certaines de leurs motivations» et 5% ne «les condamnent pas», contre 3% des non-musulmans. A cet égard, la différence est donc très réduite et il convient de rappeler combien les musulmans, en France et plus encore dans le monde, sont des victimes privilégiées du terrorisme islamiste.

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Sur la publication des caricatures de Mahomet, les «Français musulmans» sondés sont 69% à considérer que les journaux ont eu tort (contre 31% sur l’ensemble de la population). A noter que les croyants en général, peu importe leur religion, sont plus compréhensifs envers l’indignation suscitée par cette publication : ils sont 32% à la comprendre contre 25% chez les non croyants.

«Une position assez défensive»

Chez les jeunes, soit les moins de 25 ans, quelle que soit leur religion, le choix éditorial de Charlie Hebdo, un journal dont beaucoup ont entendu parler pour la première fois à cette occasion, est également largement moins soutenu que chez l’ensemble des Français. Ils sont ainsi 47% à juger que les journaux ont eu tort. «Il faut sans doute y voir l’influence des discours de “respect” et de “tolérance” à l’égard des autres, qui se traduit chez les jeunes par une opposition de principe à tout contenu potentiellement offensant pour des minorités perçues comme “dominées”», analyse l’Ifop. L’institut poursuit : «Le plus inquiétant pour l’avenir est que cette enquête confirme la désolidarisation d’une partie de la jeunesse – musulmane mais pas seulement.» En effet, 21% des moins de 25 ans ne condamnent pas explicitement les auteurs des attentats, le chiffre étant légèrement supérieur (26%) pour les jeunes musulmans interrogés. C’est évidemment ce dernier chiffre que la droite dure et l’extrême droite agitent sur les réseaux sociaux.

«Ces résultats sont liés à une posture “liberté et respect” de la jeune génération, qui considère que c’est offensant, analyse Jérémie Peltier. Ils sont sur une position assez défensive qui s’explique notamment par une incompréhension de la liberté d’expression, de la liberté de la presse et ce qu’elle permet. Ça doit susciter un peu d’interrogations voire d’inquiétudes. Il y a un travail pédagogique à faire auprès de la jeune génération.»

LIBERATION

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