Soirée à couteaux tirés chez les Marcheurs – Le Figaro

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Trois heures de débats, de passes d’armes et de croche-pieds. La République en marche n’a pas fait la démonstration de son unité lundi soir lors de son bureau exécutif. Les hostilités avaient été ouvertes dès le petit matin par le numéro 2 du parti, Pierre Person, annonçant sa démission au Monde pour créer «un électrochoc».

«J’ai toujours peur des électrochocs, ça peut tuer», lui répond Philippe Grangeon, qui a quitté son poste de conseiller spécial d’Emmanuel Macron. Il lui a reproché de faire une «erreur politique» qui divise le mouvement. «Étonnant de la part de celui qui est le principal responsable de l’échec de la structuration de LREM depuis deux ans. La retraite lui fera du bien», souffle à la presse un participant de la réunion. «Il y a deux manières de faire face aux responsabilités: soit on tient fermement la barre et on est à la hauteur des enjeux, soit on lâche la barre. Moi j’ai choisi de tenir la barre», lâche Stanislas Guerini, très contesté depuis la déroute des élections municipales.

J’ai toujours peur des électrochocs, ça peut tuer

Philippe Grangeon, ex-conseiller d’Emmanuel Macron

Qu’importe, le député de Paris est soutenu par son comparse Sacha Houlié (député de la Vienne), qui annonce lui aussi sa démission du bureau exécutif (Burex) et de toutes ses responsabilités internes au mouvement. «Il était simplement membre invité du Burex (sans droite de vote, NDLR) donc il arrêtera de répondre aux invitations», relativise l’entourage de Stanislas Guerini alors que chaque intervention fuite aussitôt sur les réseaux sociaux. Le secrétaire d’Etat au Numérique Cédric O charge le frondeur, lequel répond au quart de tour : «J’espère que tu seras plus convaincant ici que pour la 5G». Ambiance…

«On ne peut pas nous faire le coup de la division parce que l’on a des désaccords. La réponse ne peut pas être de prendre les mêmes et de recommencer», prévient la députée Aurore Bergé, qui a marqué les esprits la semaine dernière lors de l’élection du nouveau président du groupe LREM à l’Assemblée.

La réponse ne peut pas être de prendre les mêmes et de recommencer

Aurore Bergé, députée des Yvelines

Ce lundi soir, l’élue des Yvelines prend en grippe la nouvelle organisation proposée par le délégué général du mouvement, Stanislas Guerini. En l’occurrence : la nomination de l’ex-juppéiste Marie Guévenoux à la place de l’ex-socialiste Pierre Person. Elle aura la charge de structurer LREM. La députée de l’Essonne sera assistée de Jean-Luc Borello, un proche du chef de l’État venu de la gauche, également nommé délégué général adjoint. Il sera en charge des mouvements citoyens.

Sibeth Ndiaye en charge des Idées

L’ex-porte parole du gouvernement Sibeth Ndiaye et l’actuel secrétaire d’Etat Clément Beaune intègrent le pôle Idées du mouvement. L’ex-secrétaire d’État Brune Poirson est nommée en charge de l’international tandis que le député Roland Lescure prend la communication. L’eurodéputé et ex-conseiller d’Emmanuel Macron Stéphane Séjourné est en charge de la société civile. Quant à Astrid Panosyan elle devient trésorière.

Stanislas Guerini demande également de reporter l’élection d’un nouveau bureau exécutif, qui devait se tenir dans les prochaines semaines. «Si tu maintiens ton choix d’organisation, le calendrier reporté des élections internes, alors je ne resterai pas au Burex», menace Aurore Bergé. Pierre Person exige lui aussi des élections cet automne. La députée Anne-Laurence Petel prend la parole à son tour: «Dire nos désaccords, ce n’est pas créer de la division». La nouvelle numéro 2 du mouvement Marie Guévenoux relativise les défaites, les incombant au seul fait que LREM est le parti au pouvoir. D’autres, comme le député Pieyre-Alexandre Anglade, s’inquiètent de la fonte des militants LREM, de moins en moins présents.

Pour clore les échanges, Stanislas Guerini demande un vote du Burex. Seuls les membres qui y sont élus ont le droit de vote. 17 approuvent les annonces du patron de LREM, 4 s’abstiennent et 1 vote contre (Pierre Person). Conséquence du scrutin, Aurore Bergé acte de son départ de l’instance. «Drôle de conception de la démocratie», grince un participant, soutien de Stanislas Guerini. Malgré les échanges houleux, le résultat est une forme de soulagement pour le délégué général du mouvement qui craignait d’autres démissions de titulaires du Burex. « Dans le temps politique qui s’ouvre, nous avons besoin de collectif, d’efficacité et d’engagement. J’ai donc proposé de mettre en place une nouvelle organisation équilibrée et complémentaire, avec des personnalités venant de la droite comme de la gauche, élues ou issues de la société civile, des grandes villes comme des territoires qui, toutes, incarnent la diversité des profils et des enjeux qui sont ceux de La République En Marche » écrit-il dans un communiqué publié à l’issue de la réunion. Le répit devrait être de courte durée.

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