Rwanda : Mélenchon salue les propos de Macron, Le Pen critique une « repentance perpétuelle » – Le Monde

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Les réactions au discours d’Emmanuel Macron ne sont pas vraiment unanimes au sein de la classe politique. Le président français a reconnu, jeudi 25 mai, à Kigali des « responsabilités » de la France dans le génocide des Tutsi de 1994 au Rwanda, mais il n’a pas présenté d’excuses et a récusé toute complicité volontaire.

Si le chef de file des « insoumis », Jean-Luc Mélenchon, a dit « partager » la reconnaissance par le président Emmanuel Macron des « responsabilités » de la France dans le génocide rwandais, ce n’est pas le cas de la chef du Rassemblement national, Marine Le Pen, qui critique la « repentance perpétuelle ».

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« Nous partageons la formulation du président français » quand il dit notamment qu’« “en ignorant les alertes des plus lucides observateurs la France endossait alors une responsabilité accablante” » dans le génocide, ont écrit sur Facebook M. Mélenchon, candidat à l’Elysée, et le député LFI Bastien Lachaud, qui demandent, en outre, que « les responsables notoires du génocide des Tutsi qui vivent encore en France soient jugés pour leurs crimes » et une « prolongation de l’enquête sur les criminels qui ont abattu l’avion » transportant les anciens présidents du Rwanda, Juvénal Habyarimana, et du Burundi, Cyprien Ntaryamira.

« Admettre les responsabilités du gouvernement français de l’époque au Rwanda est une chose très importante. Tirer les leçons pour l’avenir dans nos relations avec l’Afrique en est une autre qui l’est tout autant », soulignent les deux élus « insoumis ».

« Un aveuglément », mais « pas de responsabilité »

La présidente du Rassemblement national et candidate à la présidentielle, Marine Le Pen, a pour sa part estimé dans un communiqué que la France était « respectée quand elle se grandit, pas quand elle s’abaisse », « quand elle se flagelle pour des fautes qui ne sont pas les siennes » ou « par une repentance perpétuelle qui ne satisfait personne ».

La dirigeante d’extrême droite admet qu’il y a eu un « aveuglement des autorités politiques de l’époque, certainement », mais « responsabilité dans les massacres, non ». « Dire le contraire comme le fait le président de la République, c’est faire injure à tous les Français » qui ont « tout tenté pour sauver et protéger les victimes », selon elle.

L’écologiste Sandrine Rousseau a jugé, sur Twitter, que « les excuses s’imposent, tout comme la reconnaissance du passé colonial délétère dont nous sommes responsables ».

Pour le député LRM Gilles Le Gendre, Emmanuel Macron « assume le rôle coupable de l’Etat Français et invite à regarder l’histoire en face pour écrire une nouvelle page entre nos deux nations ».

Discours d’Emmanuel Macron sur le génocide des Tutsi : retrouvez les réponses à vos questions

Dans un discours au Mémorial du génocide de Kigali, jeudi 27 mai, le président français, Emmanuel Macron, est venu « reconnaître [les] responsabilités » de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda. La France « n’a pas été complice », mais elle a fait « trop longtemps prévaloir le silence sur l’examen de la vérité », a-t-il déclaré dans son discours, en ajoutant que « seuls ceux qui ont traversé la nuit peuvent peut-être pardonner, nous faire le don de nous pardonner ».

Ce discours à haute portée symbolique a été tenu à l’occasion d’une visite officielle au Rwanda, dirigé par Paul Kagamé, présentée comme l’« étape finale de normalisation des relations » entre les deux pays, après plus de vingt-cinq ans de tensions liées au rôle joué par la France dans cette tragédie.

La question du rôle de la France avant, pendant et après le génocide des Tutsi du Rwanda, qui a fait plus de 800 000 victimes en 1994, a été un sujet brûlant pendant des années, conduisant même à une rupture des relations diplomatiques entre Paris et Kigali entre 2006 et 2009.

En mars, un rapport d’historiens dirigé par Vincent Duclert, consacré au rôle de la France au Rwanda avant et pendant le génocide, a conclu aux « responsabilités lourdes et accablantes » de la France et à l’« aveuglement » du président socialiste de l’époque, François Mitterrand, et de son entourage face à la dérive raciste et génocidaire du gouvernement hutu, que soutenait alors Paris.

Quelle est la portée de ce discours d’Emmanuel Macron ? Comment est-il perçu au Rwanda vingt-sept ans après le génocide ? Pierre Lepidi, journaliste au Monde Afrique a répondu à vos questions.

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Le Monde avec AFP

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