Revivez la première journée du procès d’Alexandre Benalla – Le Figaro

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C’est la fin de cette première journée d’audience. Elle reprendra demain à 13h30, avec la suite de l’interrogatoire d’Alexandre Benalla sur le port d’armes; Puis le tribunal se penchera sur le parcours de Vincent Crase. Merci de nous avoir suivis. 

Le tribunal diffuse maintenant la photographie dévoilée par Mediapart d’Alexandre Benalla, en compagnie de deux autres membres du service d’ordre de LaREM et d’une serveuse, dans un restaurant à Poitiers en avril 2017. En pleine campagne présidentielle, l’homme fort de l’Elysée affiche ce qui ressemble vraisemblablement à une arme à feu. À la barre, il continue de soutenir que ce n’était qu’un «jouet», «un pistolet à eau»:

«Très sincèrement je regrette. Même si ce n’était qu’un jouet, je ne pense pas que la photographie était très intelligente. Mais ce n’était pas une vraie arme. (…) C’est une saynète qui a duré trois secondes et qui est complètement idiote.»

«Votre explication, on est un peu dans l’incohérence», regrette Isabelle Prevost-Desprez. «Vous faites partie de l’organisation de la sécurité d’un candidat qui deviendra président. Vous faites la demande d’un port d’armes à cause de menaces que l’on imagine très bien et puis il a y cette photographie… Il y a un décalage.»

Isabelle Prevost-Desprez cherche à comprendre pourquoi Alexandre Benalla a refait une demande de port d’armes lorsqu’il travaillait à l’Elysée. C’était «pour réagir en cas problème», réplique le prévenu. 

Mais il y avait des membres du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) auprès d’Emmanuel Macron?
Oui, mais de manière réduite, soutient Benalla.
Pugnace, la présidente insiste:
C’était donc pour le protéger ?
Non…
Si c’est pour vous protégez vous, quand vous étiez aux côtés de monsieur Macron, n’y allez pas !
– Ça s’inscrivait dans un cadre où on était exposé à titre de collaborateur du président. On est exposé que ce soit à côté du président ou dans notre vie personnelle. Mes voisins me connaissent (…) Il y a eu un précédent avec Magnanville…
– Ça, c’est très limite, monsieur Benalla, l’interrompt la magistrate. 
Alexandre Benalla, lui, reste droit dans ses bottes: 
–  Ça a été jugé suffisamment important (…) pour que la demande soit acceptée, je ne peux pas vous en dire plus. La demande a été jugée légitime par les plus hautes autorités de l’état. Ça n’a pas été remis en cause jusqu’à ce que l’affaire médiatique soit sortie.

Le tribunal se penche sur l’affaire du selfie de Poitiers. Alexandre Benalla a obtenu en 2016 l’autorisation de détenir des armes, à titre sportif, par la préfecture des Hauts-de-Seine. Lors de la campagne d’Emmanuel Macron en 2017, il demande également à la préfecture de police l’autorisation de pouvoir s’armer en tant que directeur de la sécurité de La République en Marche pour faire face à des «menaces». (Il n’obtiendra finalement une autorisation seulement pour les locaux du mouvement)
Quelles sont ces menaces ?, interroge la juge.
Ce sont des menaces qui ne sont pas matérialisés par un envoi ou un fait. Mais une menace qui plane sur la campagne présidentielle. (…) Il n’y a pas que moi qui sollicite un port d’armes, nous sommes quatre à la solliciter, souligne le prévenu. 
«On y arrive !» Isabelle Prevost-Desprez questionne maintenant Alexandre Benalla sur sa participation à la campagne d’Emmanuel Macron, qu’il exerce à titre bénévole: «L’aventure humaine me plaisait plus que le côté financier», assure-t-il. Son poste de directeur de la sûreté et de la sécurité du candidat était alors de «régler les problèmes». Il dirige de façon permanente environ 450 bénévoles.
En parallèle de son travail d’agent de sécurité privé, Alexandre Benalla est réserviste à la gendarmerie nationale, où il est nommé lieutenant-colonel. «C’était intéressant pour la direction générale de la gendarmerie d’avoir un contact privilégié à l’Elysée», concède le prévenu. 
Entre 2009 et 2012, Alexandre Benalla est agent de sécurité aux services d’ordre du Parti Socialiste, de manière bénévole, puis salarié. Il est tour à tour agent de sécurité rue de Solférino, agent de protection de Martine Aubry, puis envoyé pour suivre la sécurité du candidat François Hollande aux côtés du bras droit du patron de la sécurité du PS. 

Le prévenu travaille ensuite dans la sécurité de l’Office européen des brevets et offre, en parallèle, ses services au délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer, Jean-Marc Mormeck.

Il est ensuite appelé par un proche d’Emmanuel Macron qui lui propose de participer, là aussi de façon bénévole, à la campagne d’Emmanuel Macron. Se souvenant de la campagne de Martine Aubry, qui constitue «l’un des meilleurs souvenir de vie», une période «intense», il finit par accepter.

Lors de la perquisition à son domicile en 2018, Alexandre Benalla refuse de donner le numéro de téléphone de sa femme aux enquêteurs. «Je ne voyais pas le rapport qu’elle pouvait avoir avec les faits, avec l’enquête lancée tambour battant sous la pression médiatique», dénonce le prévenu, ajoutant que son fils n’avait alors qu’un mois. «J’ai voulu la mettre à l’abri», poursuit-il.

– Vous ne trouvez pas que vous étiez en décalage avec votre cursus ?, l’interpelle la présidente.
Si vous parlez de ce qui a été dit dans la presse… 

Ici on ne fait pas l’instruction sur les articles de presse, on le fait sur le dossier, le coupe la juge.

Mains liées devant son buste, Alexandre Benalla clame qu’il n’a à aucun moment voulu avoir une «attitude hostile à la résolution de la vérité».

Le tribunal interroge maintenant Alexandre Benalla sur son parcours scolaire et professionnel: baccalauréat dans l’Eure, licence puis master à Clermont-Ferrand, où il suit des cours de «droit administratif», «droit pénal», «liberté publique». Il obtient son master 1 en 2014, puis interrompt son cursus scolaire pour se lancer dans le monde professionnel à la suite d’une proposition intéressante. À l’origine, il souhaitait toutefois rejoindre l’institution policière: 
«J’aurais souhaité passer mon M2 puis le concours de commissaire de police», explique Alexandre Benalla à la barre.
Le 1er mai 2018, Alexandre Benalla et Vincent Crase avaient le statut d’observateur. Il s’agit généralement de chercheurs ou de journalistes qui sont autorisés par la préfecture de police de Paris à suivre une opération de maintien de l’ordre. Les observateurs peuvent accompagner les patrouilles sur le terrain, mais en aucun cas y participer. C’est une «présence passive», note un rapport. Ils reçoivent «la consigne de ne pas participer activement aux opérations», ajoute une note de l’IGPN, lue par la présidente. 
A l’époque des faits, aucun règlement ne fixait toutefois le dispositif à adopter par les observateurs. Depuis, il est conseillé que ces derniers se distinguent des forces de l’ordre par le port d’un brassard «observateur».
Le tribunal poursuit par un exposé sur le port d’arme de catégorie B, puis se penche sur le fameux seflie exhumé par Mediapart d’Alexandre Benalla en avril 2017 dans un restaurant à Poitiers, pendant la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron, où le prévenu apparaît avec ce qui ressemble fortement à un Glock.

Au cours de l’instruction, rappelle la présidente, Alexandre Benalla s’est défendu d’avoir brandi une véritable arme, assurant qu’il s’agissait d’un «pistolet à eau» utilisé dans le cadre d’une ambiance «festive».

Ce dernier avait l’autorisation de porter une arme uniquement dans les locaux de La République en Marche.

Isabelle Prévost-Desprez démarre par la lecture des faits depuis l’ouverture d’une enquête préliminaire le 19 juillet 2018, à la suite de la parution de l’article du Monde dévoilant la vidéo d’Alexandre Benalla place de la Contrescarpe le 1er mai 2018.

Elle poursuit par un très rapide retour sur la carrière du principal prévenu. Diplômé d’un master en droit spécialisé «sécurité publique», ce dernier passe ensuite par différents cabinets ministériels avant de devenir adjoint au chef de cabinet du président de la République, poste dont il a été licencié à la suite du scandale, à l’été 2018.

L’audience est reprise, l’incident est joint au fond. La présidente détaille le planning du procès.
Pour le reste de la journée, l’audience est consacrée à la lecture du rapport, puis à une introduction générale sur la procédure, un retour sur le parcours d’Alexandre Benalla. Le tribunal procédera enfin à un «focus» sur l’infraction de port d’armes qui lui est reprochée.
L’audience est suspendue quelques instants, afin que le tribunal tranche sur la question de procédure soulevée par Me Christian Saint-Palais. 
L’avocat de Vincent Crase, Me Christian Saint-Palais soulève une question de procédure concernant l’absence de mise en examen préalable pour certains faits reprochés à son client. Le pénaliste demande par conséquent au tribunal une disjonction des dossiers. 
«Pour qu’il n’y ait pas de jaloux», le livre «Ce qu’ils ne veulent pas que je dise» d’Alexandre Benalla et celui de Vincent Crase «Présumé coupable: au cœur de l’affaire Benalla» sont versés au débat. Le titre du second «est difficile à prononcer pour une magistrate», sourit la présidente. 

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Le journaliste Taha Bouhafs, auteur de la vidéo dans laquelle on aperçoit Alexandre Benalla et Vincent Crase violenter des personnes, souhaite se constituer partie civile. Il est représenté par l’avocat Arie Alimi.
A la barre, l’homme de 24 ans explique que le 1er mai 2018, sur la place de la Contrescarpe, «quelqu’un s’est présenté à lui comme un policier» alors qu’il n’en était pas un: «J’ai été trompé», clame le journaliste, avant de poursuivre: «On a été nassés. J’ai subi des violences, je m’en expliquerai plus tard.»
«Vous ne pouvez pas vous constituez partie civile pour des faits dont nous n’avons pas été saisis», prévient la présidente. La juge lui explique qu’il peut se constituer partie civile pour les faits «d’immixtion sans titre dans l’exercice d’une fonction publique», mais non pour des violences supposées qui ne font pas partie du dossier. La recevabilité de sa constitution de partie civile sera décidée ultérieurement.

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Dans son costume sombre, Vincent Crase succède à son ancien acolyte à la barre. Lui aussi décline son identité, sa date de naissance et son adresse. La Justice lui reproche les infractions suivantes:
– port public et sans droit d’un insigne réglementé par l’autorité publique
– violences volontaires en réunion ayant entraîné une incapacité totale de travail inférieure à huit jours,
– violences volontaires en réunion n’ayant pas entrainé une incapacité totale de travail,
– immixtion sans titre dans l’exercice d’une fonction publique,
– port d’arme de catégorie B,
– dégradations volontaires d’un bien privé,
– accès frauduleux à un système de traitement automatisé de données.

Tour à tour, les policiers succèdent ensuite aux deux principaux prévenus.

«Monsieur Benalla, présentez vous à la barre s’il vous plaît.» La présidente démarre la lecture des faits reprochés au premier prévenu, Alexandre Benalla. Les mains jointes derrière sa large carrure, ce dernier décline au préalable à la barre son identité, sa date de naissance et son adresse.

Pour rappel, l’ancien chargé de mission pour la sécurité d’Emmanuel Macron est poursuivi pour les charges suivantes: 
– usage public et sans droit de document justifiant d’une qualité professionnelle,
– faux en écriture,
– usage de faux en écriture,
– port public et sans droit d’un insigne réglementé par l’autorité publique,
– violences volontaires en réunion ayant entraîné une incapacité totale de travail inférieure à huit jours,
– violences volontaires en réunion n’ayant pas entraîné d’incapacité de travail,
– violences volontaires n’ayant pas entraîné d’incapacité de travail,
– immixtion sans titre dans l’exercice d’une fonction publique,
– recel du délit de divulgation à des personnes non habilitées d’images d’un système de vidéo-protection et d’utilisation de ces images,
– recel de violation du secret professionnel,
– port d’arme de catégorie B et détention d’une arme, munition ou élément essentiel de catégorie B.

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La présidente Isabelle Prévost-Desprez et ses deux assesseurs sont arrivés, l’audience est ouverte. «Le tribunal impose la présence des prévenus à toutes les audiences», indique la magistrale. 
Sur le banc des prévenus, Vincent Crase, accompagné de son avocat Me Christian Saint-Palais, vient de s’asseoir à côté d’Alexandre Benalla. Les deux hommes ne s’adressent pas la parole. Les deux policiers poursuivis, Laurent Simonin, représenté par Me Antoine Maisonneuve, et Maxence Creusat, défendu par Thibault de Montbrial, sont également installés. Eux non plus n’échangent pas un mot. 
Alexandre Benalla, cheveux gominés et costume bleu-marine, a fait irruption dans la salle d’audience, accompagné de son avocate Me Jacqueline Laffont.

En attendant l’ouverture des débats d’ici une vingtaine de minutes, il échange avec la dessinatrice de presse, adresse un sourire à certains journalistes, visiblement très à l’aise.

En juillet 2018, Alexandre Benalla est identifié par le journal Le Monde sur une vidéo dans laquelle il apparaît avec un casque des forces de l’ordre, brutalisant une femme et un homme, place de la Contrescarpe, à Paris, à l’issue d’une journée de manifestation émaillée de heurts, le 1er mai.

Alors au cœur du dispositif de sécurité du président, il devait, ce jour-là, n’avoir qu’un rôle d’observateur. Sanctionné d’une suspension de 15 jours, il avait gardé un bureau à l’Elysée, révélait le quotidien.

Les enquêteurs découvrent ensuite que le chargé de mission pour la sécurité du chef de l’État aurait molesté un couple sur cette même place, ainsi que deux autres personnes au Jardin des plantes.

Le récit des faits – En 2018 l’affaire Benalla commençait place de la Contrescarape

Il ne s’agissait que d’«une affaire d’été, pas d’une affaire d’État», avait-il assuré au journal télévisé de TF1. Trois ans après le scandale qui a ébranlé le début du quinquennat d’Emmanuel Macron, Alexandre Benalla doit répondre de ses actes devant les juges à partir d’aujourd’hui.

Il est attendu, avec notamment Vincent Crase, à 13h30 devant le tribunal correctionnel de Paris afin d’être jugé pour 12 délits, dont «violences volontaires en réunion». L’ancien chargé de mission pour la sécurité du président est représenté par la pénaliste Jacqueline Laffont, notamment avocate de Nicolas Sarkozy. Le Figaro est sur place pour vous faire vivre cette première journée d’audience en direct.

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Bienvenue sur ce live consacré au procès d’Alexandre Benalla, jugé pour l’affaire des violences commises en marge des manifestations du 1er mai 2018.

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