Retraites : les pistes du gouvernement pour débloquer la situation – Le Parisien

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À Matignon, les partenaires sociaux sont attendus à partir de ce mercredi autour de la table des négociations. La partie s’annonce serrée. Un conseiller du gouvernement résume l’enjeu : « Il faut raccrocher les wagons avec la CFDT. » Et pour cela, faire des concessions. Oui, mais lesquelles?

Laurent Berger, le patron de la CFDT, en a fait un casus belli : il ne veut pas entendre parler de l’instauration d’un âge d’équilibre à 64 ans, qu’il considère « totalement injuste, car il pénalise les gens qui ont commencé à travailler tôt ». Ce chiffon rouge sera, de ce fait, au cœur des discussions.

Tandis que de plus en plus de députés plaident pour le remballer, Matignon en a fait un totem. « Dans le futur système, il faut un âge d’équilibre. Sinon, la variable d’ajustement, ce sera le point, et pour nous, le sujet clé, c’est la valeur du point », tranche l’entourage du Premier ministre. Enterrer purement et simplement le principe de l’âge pivot reviendrait, pour Édouard Philippe, à se dédire. Un conseiller ministériel en convient, « le coût politique pour lui serait très fort ». Reste à trouver comment débloquer la situation.

L’hypothèse de Berger rejetée par Darmanin

Laurent Berger a en tout cas déjà dressé sa liste de revendications, dans la Croix : « On ne fait pas d’âge d’équilibre, on réintègre les critères de pénibilité qui avaient été enlevés en 2018, on augmente un peu plus le minimum contributif […], on contraint un peu plus les employeurs à l’emploi des seniors. » Et pour financer tout cela, le patron de la CFDT a une solution toute trouvée : « Une hausse des cotisations. »

Hypothèse rejetée aussi sec par le ministre du Budget, Gérald Darmanin. « Nous ne sommes pas favorables à ça », a-t-il répliqué sur BFMTV. Tout le monde comprend alors que le gouvernement ferme la porte. Sauf qu’à Matignon, on semble vouloir la garder entrebâillée. En tout cas, pas question de la claquer au nez de Berger.

« Darmanin dit non à une augmentation trop massive », nuance un proche du Premier ministre. À ceci près que le terme (massif) n’a jamais été employé par le ministre du Budget ! Et de détailler prudemment : « La hausse des cotisations, ce n’est pas la tasse de thé du gouvernement. Mais on ne peut pas commencer à juger les propositions des uns et des autres avant de se retrouver autour de la table. »

Un macroniste de la première heure le confirme : « ce serait contradictoire avec tout ce qui a été fait depuis le début du quinquennat », à savoir alléger le coût du travail pour favoriser l’emploi et le pouvoir d’achat. Mais si concessions de l’exécutif il y a, il faudra bien les financer, alors… « Philippe pousse pour une augmentation des cotisations patronales, mais Bercy bloque et idéologiquement, Muriel Pénicaud (NDLR : ministre du Travail) a du mal », décrypte un conseiller.

Des malus adoucis ?

S’il n’est pas question de toucher à ce fameux âge pivot, pourquoi ne pas l’assouplir, en tenant compte de critères tels que la pénibilité et la durée de la carrière. Voire d’adoucir les malus prévus pour ceux qui partiraient avant 64 ans ? « On ne serait plus sur un âge pivot mais sur plusieurs âges pivots en fonction de la pénibilité et des carrières longues », avance un cadre de la majorité. Resterait alors à déterminer les critères de pénibilité, supprimés par Muriel Pénicaud dans ses ordonnances Travail en 2018. Motif invoqué alors : « c’était une usine à gaz », rappelle un conseiller.

Autre solution évoquée par certains, ramener l’âge d’équilibre à 63 ans. Mais cette piste ne semble pas avoir la cote au sommet de l’Etat.

Devant cette valse d’hypothèses, un conseiller du gouvernement préfère rester philosophe : « Au gouvernement, ils ont du mal à s’arbitrer entre eux… In fine, c’est Macron qui va trancher. »

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