Retraites : les agents de la RATP ont « mangé la bûche autour du piquet de grève » – Le Monde

Des conducteurs de métro manifestent devant les bureaux de la SNCF à Saint-Denis, le 24 décembre.

Les agents grévistes de la RATP s’y étaient engagés dès la mi-décembre : pour Noël, leur ambition était de « manger la bûche autour du piquet de grève ».

Mardi 24 décembre, une quarantaine de conducteurs de métro mobilisés contre le projet de réforme des retraites ont tenu leur promesse, à Bobigny (Seine-Saint-Denis), lors d’un déjeuner organisé par l’UNSA, syndicat majoritaire dans un corps de métier en première ligne du mouvement de blocage dans les transports en Ile-de-France.

« Ces trois semaines ont été difficiles, il y a eu des hauts et des bas, mais tout le monde doit savoir que nous ne lâcherons pas », avait lancé en fin de matinée Laurent Djebali, secrétaire général de l’UNSA-RATP, lors d’un rassemblement organisé devant le siège SNCF de la ville voisine de Saint-Denis. Une manière de rappeler que si la grève entamait alors son vingtième jour, aucune baisse notable de la mobilisation n’était observée dans les métiers d’exploitation (conducteurs, agents de station et de maintenance) malgré une perte de salaire conséquente à l’approche des fêtes de Noël.

« Je n’ai plus rien à perdre »

En fonction de l’ancienneté et du poste, chaque agent a perdu entre 60 et 150 euros par jour de grève, selon plusieurs témoignages de salariés de la régie de transport. Isabelle, conductrice sur la ligne 6 du métro parisien, estimait avec son compagnon – lui aussi conducteur RATP – leur manque à gagner à 3 000 euros pour leur foyer après deux semaines d’arrêt du travail. Un budget en forte baisse en partie compensé par le versement du treizième mois des agents juste avant le début du mouvement, à la fin novembre.

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Le sujet est pourtant peu abordé lors des manifestations et en assemblée générale. Les salariés mobilisés mettent en avant une lutte « coûte que coûte » contre le projet d’instauration d’un système de retraite à points. « J’ai fait une croix sur tous ces jours de salaires perdus, ils sont derrière moi, témoigne Sébastien, conducteur de métro sur la ligne 6. Désormais, je n’ai plus rien à perdre. »

Sur le réseau parisien, une dizaine de caisses de grèves ont été mises en place en solidarité avec quelques dépôts de bus et de métro, mais aucune répartition globale des dons entre salariés grévistes n’est organisée.

La persistance des salariés à poursuivre le mouvement tient aussi au fait que la grève n’a pas encore de conséquence visible sur leur fiche de paie. « A la RATP, notre salaire est calculé un mois en décalé, tous les 10 du mois. A la fin décembre, seuls cinq jours de paie seront ainsi déduits de mon bulletin », explique Bastien Berthier, conducteur de métro gréviste depuis le 5 décembre. « C’est à la fin du mois de janvier que ça va faire mal. »

En cas de maintien des blocages jusqu’au lendemain de la prochaine manifestation nationale, prévue le 9 janvier à l’appel de plusieurs syndicats, les agents mobilisés accuseront à la fin du mois la perte de l’intégralité de leur salaire.

Augmentation des arrêts maladies

Après la publication dans Le Parisien d’un bilan des arrêts-maladies de la régie autonome, en forte hausse depuis le 5 décembre, les représentants du personnel rejettent toute stratégie d’indemnisation de la grève par un détournement de la médecine du travail. Confirmés au Monde par un porte-parole de la RATP, ils font notamment état d’une augmentation de 321 % des arrêts chez les conducteurs pendant la deuxième semaine du mouvement, comparé à la même période en 2018.

« Les médecins ont toute notre confiance, commente Stéphane Reynier, délégué Métro et RER à la CGT-RATP. Si ces derniers établissent des arrêts, c’est qu’ils estiment que c’est dans l’intérêt des agents. » A demi-mot, un autre syndicaliste concède que quelques agents, très minoritaires, ont pu se mettre en arrêt pour limiter la perte de revenus liée à la grève. Sans qu’aucune estimation précise ne soit possible, en l’absence d’autres éléments communiqués par la direction. « Il est très compliqué de corroborer ces informations », déplore Vincent Gautheron, représentant CGT-RATP, qui souligne que les arrêts-maladies peuvent autant provenir des grévistes que des non-grévistes, sous pression depuis le 5 décembre.

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Bien que les agents de la RATP assurent vouloir tenir la mobilisation jusqu’au retrait du projet de retraite à point, principale revendication commune des différents syndicats, la date choisie du 9 janvier parait difficile à tenir, financièrement, pour certains grévistes. « [Elle] nous emprisonne, et nous met en difficulté », commentait, le 24 décembre, Laurent Djebali. La manifestation prévue à Paris à l’appel des syndicats SUD et CGT, le samedi 28 décembre, servira de baromètre avant la reprise pour la RATP.

Simon Auffret

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  • Prévisions de trafic pour jeudi 26 décembre. Des perturbations sont à prévoir dans les transports publics, jeudi, du fait de la mobilisation contre la réforme des retraites. Selon un communiqué de la SNCF, le trafic sera « très perturbé » jeudi. Un TGV sur deux circulera en moyenne en France, ainsi que quatre TER sur dix. Un Transilien sur cinq et un train Intercités sur quatre sont aussi prévus. Côté RATP, le trafic restera fortement perturbé, notamment dans le métro, avec cinq lignes fermées (3b, 5, 6, 7b, 13). Les lignes automatiques 14 et 1 seront les seules à fonctionner normalement ainsi que l’Orlyval. Les lignes 4, 7, 8, 9, 10, et 3 fonctionneront mais seulement de 6 h 30 à 9 heures et de 16 h 30 à 19 h 30. Sur ces horaires, comptez environ un métro sur trois. Les lignes 2 et 11 seront ouvertes pour la pointe du matin et la 12 pour la pointe du soir. Environ deux tiers des bus circuleront et les tramways seront peu concernés : seuls le T1, T3a et T3b seront perturbés. Enfin, un RER A sur deux et un RER B sur trois fonctionneront, en heures de pointe uniquement. Par ailleurs, La SNCF n’a pas modifié ses prévisions pour le week-end de chassé-croisé des vacances de Noël, du 27 au 29 décembre. Six TGV sur dix seront en circulation, a-t-elle fait savoir mardi 24 décembre ; c’est plus que le week-end précédent, où seuls cinq trains sur dix roulaient. Le voyage est confirmé et garanti « pour la plupart » des 800 000 voyageurs ayant une réservation sur ces dates, les autres étant « invités » à échanger leur billet, a ajouté la compagnie. Dans la pratique, le plan de transport garantit 59 % des circulations sur le TGV Atlantique, 54 % sur l’Est, 49 % sur le Nord, 68 % sur le Sud-Est, 43 % des Intersecteurs (les liaisons province-province) et 74 % des Ouigo.

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