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Retraites : «Emmanuel Macron réformateur, c’est fini», assure Xavier Bertrand – Le Parisien

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Ministre du Travail, il avait conduit la délicate réforme des régimes spéciaux en 2007-2008. Adversaire quasi déclaré d’Emmanuel Macron pour la présidentielle de 2022, Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France (ex-LR), dénonce une réforme des retraites par points qui va, selon lui, rogner le montant des pensions. A ses yeux, le chef de l’Etat, fragilisé, n’est plus en situation de transformer le pays.

Edouard Philippe va dévoiler mercredi le contenu de la réforme des retraites. Qu’en attendez-vous ?

XAVIER BERTRAND. D’abord, je ne comprends pas pourquoi ils attendent mercredi! Les jours prochains sont décisifs et le gouvernement joue à quitte ou double. On dirait une mise en scène pour faire croire qu’ils tiennent. Ce n’est pas un bras de fer entre le gouvernement et les grévistes qu’on attend, ce sont des solutions. Les Français se retrouvent coincés au milieu. Personne n’a envie de revivre le mois de décembre 2018. Les commerçants et leurs salariés ne peuvent pas se le permettre et, à partir du week-end prochain, va naître une autre angoisse : est-ce qu’on sera rassemblé en famille pour les fêtes de fin d’année? Le gouvernement et les grévistes ne peuvent pas jouer avec les nerfs des Français, ni avec l’économie. Le seul qui va se frotter les mains, c’est Amazon!

Emmanuel Macron doit-il remballer son projet face à la forte mobilisation de la rue ?

Il faut une réforme des retraites, le statu quo est impossible, mais une autre réforme qui pose comme base le pouvoir d’achat. J’ai une ligne rouge : refuser que les pensions des retraités baissent, demain comme après-demain. C’est ce qui se profile avec le système par points, tel qu’il est prévu : on calculerait la pension sur toute la carrière, y compris les moins bonnes années. Il doit y avoir une règle d’or garantissant aux retraités que leur niveau de vie ne baissera pas.

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Comment le gouvernement gère-t-il ce conflit, selon vous ?

On voit bien qu’il hésite entre pourrissement et passage en force, ou alors une réforme mi-figue mi-raisin qui n’en serait pas une. Dans ce cas, Emmanuel Macron réformateur, c’est fini. C’est grave, car les Français sont pourtant prêts à des mesures courageuses, mais ils veulent une réforme juste. Là, ils pensent qu’ils vont devoir travailler plus longtemps pour toucher moins de pension, et ça, c’est inacceptable. Quant à la méthode, catastrophique, elle restera comme un cas d’école d’amateurisme : c’est le président lui-même qui a semé le trouble en tergiversant sur l’âge pivot, puis en évoquant la « clause du grand-père ». Il a réussi à faire peur à 30 millions d’actifs! Il doit répondre à leur colère.

Quelle réforme alternative préconisez-vous, alors ?

Parce qu’on vit plus longtemps, il faut accepter de travailler un peu plus longtemps. D’ici à 2030, avec deux années d’activité en plus, soit en portant l’âge de départ à 64 ans, soit en cotisant deux années supplémentaires, nous garantirons l’équilibre du système, en le rendant vraiment équitable. Pas de pensions en dessous de 1000 euros − je le proposais dès mars −, fin des inégalités pour les pensions des femmes. Et ceux qui sont physiquement abîmés par leur métier doivent pouvoir partir plus tôt. Enfin, il est inconcevable que les enseignants, infirmiers, aides-soignants − pour ne prendre que ces seuls exemples − puissent voir demain leur retraite baisser. Ceux qui incarnent les fonctions régaliennes de l’Etat, qui nous protègent, comme les policiers, gendarmes, militaires et pompiers, doivent continuer à partir plus tôt. C’est aussi une reconnaissance de la Nation.

Est-ce qu’il ne faut pas, malgré tout, aller vers un régime universel ?

Oui à un régime universel qui permet l’équité. Par exemple, les mêmes durées de cotisation et le même âge légal de départ. Ce qui intéresse le gouvernement, en réalité, c’est de siphonner les milliards des réserves de ceux qui ont bien géré leur système de retraite.

Quid des 42 régimes spéciaux, on les supprime ou on les adapte ?

Ils ne sont plus justifiés aujourd’hui. Conduire une rame de métro, un TGV, c’est une responsabilité, ce n’est plus une pénibilité. Nous avons déjà commencé à les réformer en 2007-2008 et, au final, ces salariés travaillent trois ans de plus. Pour l’avenir, entre la fin brutale au 1er janvier et la « clause du grand-père », qui revient à un abandon de la réforme, on doit trouver des solutions progressives.

Le contexte social est-il toujours aussi inflammable, un an après les Gilets jaunes ?

Oui, j’en suis très inquiet. Des millions de Français n’arrivent plus à s’en sortir, même avec un travail, et ils sont convaincus qu’avec la réforme des retraites ils toucheront moins que prévu et s’appauvriront. La crise du pouvoir d’achat est une angoisse permanente pour eux et elle n’a pas disparu avec les mesures post-Gilets jaunes. On assiste, partout dans le monde, à une révolte des peuples. Face à cela, la réponse du pouvoir est déconnectée et technocratique. Oui, la France a besoin de premiers de cordée, mais les classes moyennes, les Français les plus modestes, sont les grands oubliés. Avant, les gens disaient d’Emmanuel Macron : « Ce n’est pas un président pour nous. » Maintenant, ils se disent : « C’est un président contre nous. »

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