Réseaux mobiles : Samsung joue son va-tout sur le vRAN

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Réseaux mobiles : Samsung joue son va-tout sur le vRAN

Alors que Samsung peine à concurrencer les équipementiers réseaux traditionnels, l’accent est de plus en plus mis sur la virtualisation pour prendre de vitesse ces derniers. Interrogé par ZDNet, Jeongho Park, vice-président de Samsung Networks et responsable du laboratoire de conception de systèmes avancés du géant coréen estime ainsi que l’avenir appartient à la technologie RAN virtualisée (vRAN) dans les réseaux sans fil.

Une prise de position qui intervient – hasard du calendrier – quelques jours après que Verizon et Samsung aient bouclé une session de données 5G entièrement virtualisée sur le spectre de la bande C, qui va de 4 GHz à 8 GHz. Une performance qui met en lumière l’expertise qu’est en train de gagner Samsung en matière de virtualisation de réseau, alors même que le géant asiatique est aujourd’hui un équipementier de choix pour les opérateurs américains, confrontés à un choix de fournisseurs assez restreint allant d’Ericsson à Nokia – Huawei et ZTE étant désignés persona non grata outre-Atlantique pour leurs liens supposés avec le régime de Pékin.

L’intérêt de Samsung pour le vRAN ne date pas d’hier. “Il y a quelques années, alors que le vRAN commençait tout juste à gagner du terrain, Verizon a exprimé son désir de passer au vRAN. Lorsque nous avons reçu cette demande, nous nous préparions déjà à lancer le vRAN. Nous avons commencé à faire des préparatifs pour lancer une unité distribuée virtualisée vers 2018, ayant déjà développé une unité centrale virtualisée avant cela pour une solution vRAN complète”, raconte Jeongho Park.  

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Un marché de plus en plus concurrentiel

De fait, Samsung a lancé son premier RAN 5G “entièrement” virtualisé l’année dernière, qui comprend une unité distribuée virtualisée pour son unité centrale virtualisée mise en service un an auparavant, en 2019.  “Le vRAN nécessite une technologie, une optimisation et une expérience de la commercialisation. Nous pensons que Samsung est le seul fournisseur qui répond à ces trois exigences, ce qui nous donne une avance d’un an et demi sur les autres entreprises dans ce domaine”, fait valoir le responsable du laboratoire de Samsung.

Si le géant sud-coréen est en pointe dans le domaine du vRAN, il n’est pas seul sur ce marché naissant. Ericsson , qui appelle sa solution vRAN Cloud RAN, prévoit actuellement de déployer les premières étapes du service au quatrième trimestre 2021. De son côté, Nokia a commercialisé sa solution vRAN complète l’année dernière et teste actuellement la technologie avec l’opérateur de télécommunications américain AT&T. La société prévoit également de déployer la solution avec le support de la bande C plus tard dans l’année.

Malgré son statut de plus grand fournisseur d’équipements 5G au monde malgré les sanctions américaines, Huawei se montre beaucoup moins actif sur le sujet. Un manque d’empressement qui peut notamment s’expliquer par le fait que la plupart des opérateurs en dehors de la Chine l’associent à l’alliance O-RAN, que le géant chinois n’a pas voulu intégrer jusqu’à présent.

La flexibilité, l’atout-charme du vRAN

Le vRAN ne manque pourtant pas de qualités. Celui-ci fonctionne de la manière suivante : il fournit des fonctions de réseau sous forme de logiciel plutôt que de matériel. Au lieu d’utiliser des unités de bande de base et des unités centrales basées sur du matériel propriétaire, ce qui est le cas du RAN traditionnel, le vRAN dispose d’unités distribuées virtualisées et d’unités centrales virtualisées – des logiciels fonctionnant sur du matériel commercial (COTS). Le réseau central fonctionne également sur un logiciel.

Grâce à ce logiciel, le vRAN offre les mêmes fonctions de réseau que ses homologues entièrement matériels du RAN traditionnel, mais de manière virtuelle. Samsung fait valoir que cette solution vRAN est “complète” – c’est-à-dire qu’elle offre l’unité distribuée, l’unité centrale et le cœur de réseau dans un logiciel – ce qui lui permet d’offrir une certaine flexibilité.

“Avant l’arrivée du vRAN, les opérateurs mobile recevaient du matériel dédié d’un fournisseur spécifique. Ils se sentaient, d’une certaine manière, dépendants de ce fournisseur spécifique. Mais avec le vRAN, les opérateurs peuvent désormais utiliser le matériel de l’entreprise A et le logiciel de l’entreprise B comme ils le souhaitent, à la manière des Legos. Cette flexibilité est le grand avantage du vRAN”, relève Jeongho Park. Et de rajouter qu’avec le vRAN, les opérateurs peuvent mettre en commun leurs ressources réseau de manière efficace, ce qui entraîne une réduction des coûts.

“Dans le RAN traditionnel, un processeur dédié est utilisé dans l’unité de bande de base pour traiter les signaux. Cette puissance de traitement n’est pourtant pas nécessaire 24 heures sur 24. Parfois, une zone à forte densité de population peut connaître un trafic de données intense alors qu’une autre zone similaire n’a pratiquement pas de trafic. Cela montre donc qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des spécifications maximales pour chaque processeur”, rappelle en outre ce dernier.

“Dans le vRAN, un logiciel remplace la fonction des processeurs. Ce logiciel peut déterminer quand et où il veut utiliser ses ressources. Nous proposons également une solution d’orchestration qui gère toutes les unités distribuées virtualisées, ce qui était auparavant fait individuellement. Cela conduit à une diminution globale du coût de possession et du coût d’exploitation”, explique-t-il. 

Un enthousiasme modéré

Autant d’atouts qui ne laissent pas les opérateurs indifférents. En compagnie de différents fournisseurs d’équipements réseaux, ceux-ci se sont regroupés dès 2018 dans une alliance visant à créer une solution RAN multi-fournisseurs utilisant du matériel et des logiciels de différents fournisseurs qui utilisent tous une interface ouverte commune. Il s’agit de l’alliance O-RAN, à laquelle participe notamment Orange, Google Cloud, China Mobile ou encore Deutsche Telekom.

Reste que les opérateurs ont jusqu’à présent fait preuve d’un enthousiasme variable pour adopter le vRAN. Si les opérateurs Verizon et Rakuten au Japon s’y sont mis, ce n’est pas le cas d’un grand nombre de leurs concurrents mondiaux. En Europe, Vodafone UK prévoit de déployer prochainement un réseau virtualisé, tandis qu’Orange débute des expérimentations sur le sujet en collaboration avec HPE. D’autres opérateurs, en revanche, ont adopté une attitude plus conservatrice à l’égard de cette technologie.

“Certains opérateurs pensent que le vRAN va dans la bonne direction, tandis que d’autres doivent encore l’adopter. Pour l’instant, le vRAN est un espace très nouveau et progressif. Je pense qu’il est préférable de considérer le vRAN comme une option parmi d’autres dont disposent les opérateurs pour le déploiement de leur réseau, et Samsung a développé et propose cette option en premier par rapport à d’autres entreprises”, estime de son côté Jeongho Park.

Vers le recours aux GPU ?

Et de rappeler que le déploiement et l’adoption de la 5G au niveau mondial ne fait que commencer. Avec l’émergence progressive des ondes millimétriques, tout pourrait changer, estime ce dernier, pour qui l’augmentation du nombre de stations de base et de la couverture exigera une plus grande puissance de calcul des réseaux à l’avenir. De quoi nécessiter des puissances de calcul de plus en plus importantes.

Si les solutions vRAN de Samsung utilisent actuellement des CPU x86 sur les serveurs COTS, parfois avec des accélérateurs, l’augmentation des besoins pourrait amener le constructeur sud-coréen à changer ses plans et à se tourner vers les processeurs graphiques (GPU). “La bande passante devient plus large et plus complexe à mesure que nous passons de la bande C aux ondes millimétriques. Les réseaux auront effectivement besoin de plus de puissance de calcul”, reconnait Jeongho Park.

“De nombreuses entreprises, dont Samsung, envisagent de recourir aux processeurs graphiques pour améliorer leur puissance de calcul. Pour l’instant, notre feuille de route de commercialisation est toutefois basée sur les CPU et nous étudions encore les avantages et les inconvénients du GPU”, explique ce dernier.

Et de relever que l’évolution du Cloud pourrait également jouer un grand rôle dans l’adoption du vRAN par les acteurs du secteur. “Le cloud regroupe les processus en un seul endroit et est flexible. Son objectif correspond à celui du vRAN. Nous pensons qu’à l’avenir, il y aura des entreprises qui proposeront le vRAN sous forme de cloud.”

Source : ZDNet.com

 

 

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