Rencontre Poutine-Biden : à Genève, Moscou en quête de « respect géopolitique » – Le Monde

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Le président russe Vladimir Poutine lors d’un entretien avec la chaîne américaine NBC News, le 11 juin à Moscou.

Avant sa rencontre avec son homologue américain, le 16 juin à Genève, Vladimir Poutine multiplie les interviews, et cette loquacité inhabituelle est sans doute le signe le plus flagrant des attentes limitées de la partie russe. A la télévision russe, le chef du Kremlin l’a même dit clairement : pas de « percée » à attendre de ce sommet, mais une prise de contact, « rétablir [les] relations personnelles [avec Joe Biden, qui l’avait traité publiquement de « tueur »], améliorer le dialogue direct, créer des mécanismes fonctionnels sur les sujets qui sont d’intérêt commun ».

Dans un entretien, diffusé lundi par la chaîne américaine NBC, M. Poutine s’est surtout attaché à déminer les éventuels sujets de contentieux : non, la Russie n’a pas cherché à interférer dans les élections américaines ni mené de cyberattaques contre Washington – « Je suis étonné qu’on ne nous ait pas accusés d’avoir provoqué le mouvement Black Lives Matter [« les vies noires comptent »] », a-t-il ironisé. Il a également nié toute tentative d’assassinat de l’opposant Alexeï Navalny – « Nous n’avons pas ce genre d’habitudes. »

Ce ton désabusé vis-à-vis du « partenaire américain » est une constante de la diplomatie russe depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche. Au-delà de la posture, il y a la conviction que la confrontation est là pour durer. En témoignent les espoirs déçus de la présidence Trump, marquée par la multiplication des sanctions de part et d’autre.

Sergueï Lavrov l’a encore répété le 9 juin, s’agissant du sommet de Genève : « Nous n’avons pas d’attentes démesurées quant à des percées, pas d’illusions », prévenait le chef de la diplomatie russe, soulignant seulement « la nécessité d’un échange de vues (…) entre deux grandes puissances nucléaires ».

Moscou, « acteur incontournable »

L’attitude russe a une autre explication : pour Moscou, l’essentiel a d’ores et déjà été obtenu. L’annonce même d’une rencontre entre les deux présidents, qui plus est à l’initiative de M. Biden, a été perçue côté russe comme une victoire. Les médias d’Etat l’ont traitée avec un triomphalisme non dissimulé. Un sénateur du parti au pouvoir a été jusqu’à estimer que Joe Biden avait « perdu ses nerfs », puisqu’il a suffi que la Russie masse des troupes aux frontières de l’Ukraine, au mois d’avril, pour obtenir un tel résultat. Les observateurs proches de l’opposition sont arrivés à la même conclusion, eux avec amertume.

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