Remaniement : les quatre dossiers qui ont tendu les relations entre Emmanuel Macron et Edouard Philippe – franceinfo

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Il y a eu la taxe carbone, la réforme des retraites, ou encore le déconfinement. Entre le chef de l’Etat et le désormais ex-Premier ministre, les divergences se sont creusées tout au long du premier acte du mandat présidentiel.

L’idée d’un remaniement gouvernemental imminent flottait dans l’air depuis plusieurs jours. Il commence, vendredi 3 juillet, par le départ du Premier ministre, Edouard Philippe. Ce dernier, récemment réélu à la tête du Havre, quitte Matignon après trois ans d’exercice marqués par une relative cohésion de surface au sein de l’exécutif, mais aussi par des divergences de fond avec Emmanuel Macron. Bien que niées par les deux hommes, les tensions se sont accentuées, notamment à l’occasion de réformes contestées, au cours desquelles Emmanuel Macron a, à plusieurs reprises, désavoué son Premier ministre. Franceinfo revient sur quatre dossiers qui ont mis à mal leurs relations.

1La crise des “gilets jaunes”

Deux mesures controversées viennent fragiliser l’union entre l’Elysée et Matignon : l’instauration d’une taxe carbone et l’abaissement de la vitesse sur les routes secondaires à 80 km/h. Voulues par Edouard Philippe, mais absentes du programme de campagne d’Emmanuel Macron, les deux mesures ont contribué à la genèse du mouvement des “gilets jaunes”

Face à cette contestation sociale inédite, le Premier ministre annonce, fin 2018, à l’Assemblée nationale sa volonté de suspendre la hausse de la taxe qu’il soutenait, pour “en débattre avec les représentants syndicaux, avec […] les élus, et bien sûr avec les citoyens, afin d’identifier les mesures d’accompagnement les plus justes et les plus efficaces”. Mais moins de 24 heures, l’Elysée tranche : la hausse ne sera pas suspendue ou différée mais bien “annulée”. “Au même moment, l’Assemblée nationale achevait pourtant sa cinquième heure de séance et s’apprêtait à voter largement la déclaration d’Edouard Philippe, qui s’en remettait encore à une ‘solution (…) issue du débat'”, rappelle Le Figaro (article payant) qui souligne un “véritable désaveu”. 

Rebelote pour la mesure des 80km/h. “Un jour, le président de la République rappelle qu’elle ne figurait pas dans son programme de campagne, note Le Figaro (article payant). Le suivant, son Premier ministre se réjouit qu’elle ait déjà permis de sauver des vies sur les routes.” Emmanuel Macron veille à ne pas désavouer publiquement Edouard Philippe, mais le débat se termine par une volte-face du gouvernement, qui annonce le 16 mai 2019 la possibilité d’un assouplissement de cette mesure selon les départements.

2La question de l’âge pivot 

Alors que le mouvement des “gilets jaunes” s’affaiblit, la réforme des retraites ravive les désaccords entre les deux têtes de l’exécutif. Le 11 décembre 2019, Edouard Philippe annonce devant le Conseil économique, social et environnemental que “la loi fixera, à compter du 1er janvier 2022, un âge d’équilibre à 62 ans et 4 mois, qui augmentera ensuite de quatre mois par an pour rejoindre progressivement l’âge d’équilibre du futur système, soit 64 ans en 2027”. Edouard Philippe s’inscrit dans les pas de son ancien mentor, Alain Juppé, qui s’était prononcé en 2014 en faveur d’une retraite à 65 ans.

L’annonce de l’âge pivot ou “âge d’équilibre” cristallise les tensions. La mesure ne figurait pas dans le programme du candidat Macron. Elle est loin de faire consensus au sein même du gouvernement, où s’opposent les adeptes d’une ligne budgétaire, dont Edouard Philippe fait partie, et les partisans d’une ligne plus souple et politique, nécessaire pour ne pas se mettre à dos un syndicat réformiste comme la CFDT. Pour son secrétaire, Laurent Berger, le Premier ministre franchit “la ligne rouge”, exigeant que la mesure soit retirée du projet. Si Edouard Philippe concède quelques “marges de manœuvre“, il fait savoir qu’il n’entend pas lâcher. “Dans un premier temps, Emmanuel Macron donne raison à son Premier ministre, note Le Figaro. (…) Avant que le chef de l’Etat ne fasse savoir faire savoir qu’il était “finalement ‘disposé’ à une amélioration sur l’âge pivot, puis de laisser la main aux partenaires sociaux pour apaiser leur colère”. Un revirement de plus, qui fragilise Matignon. Qui aura le mot de la fin ? La mesure est provisoirement suspendue (et non pas retirée) du projet, mais, en raison de la crise sanitaire, rien n’a encore été acté. 

3Le déconfinement 

La cohésion du couple exécutif s’est dégradée au fil de la gestion de la crise provoquée par l’épidémie de coronavirus. Depuis la mi-mars et l’instauration d’un confinement, mesure inédite, les deux hommes se sont distingués par leurs différences de ton et de posture. “Tout se passe comme si la marque d’Edouard Philippe se développait comme le double inversé d’Emmanuel Macron”, analyse Arnaud Benedetti, professeur de communication à l’université Paris-Sorbonne, dans Le Figaro. Emmanuel Macron est optimiste et éloquent, Edouard Philippe se montre précis et précautionneux.  

A plusieurs reprises dans l’établissement du plan de déconfinement, l’Elysée contredit Matignon. Lors de son discours à la tribune du Sénat, le 4 mai 2020, Edouard Philippe martèle, grave, que “le moment est critique”. “Il avait à peine fini de parler qu’Emmanuel Macron s’exprimait depuis l’Elysée pour demander que le déconfinement soit abordé avec ‘calme, pragmatisme et bonne volonté”, rapporte Le Monde (article payant). Le désaveu n’échappe pas à Christian Jacob, patron des Républicains.

“Emmanuel Macron se montre favorable à l’idée de donner vingt-quatre heures de plus à l’opposition pour voter le plan de déconfinement à l’Assemblée nationale ? Matignon refuse“, poursuit Le Monde. Les discours des deux hommes divergent sensiblement : interrogé le 7 mai 2020 sur les craintes d’un “écroulement” économique du pays, verbalisées par Edouard Philippe, le président Macron dit ne pas avoir “ces grands mots”. Une opposition verbale remarquée. Interrogés sur l’état de leurs relations, l’Elysée et Matignon réfutent tout désaccord. “Nos concitoyens s’en contrefichent”, balaie Edouard Philippe au cours d’une conférence de presse.

4L’écologie

Lundi 29 juin, au lendemain du second tour des élections municipales qui initie un nouveau mandat municipal pour Edouard Philippe au Havre, et le succès des écologistes, le couple exécutif reçoit les 150 citoyens de la Convention citoyenne sur le climat. Un geste fort, voulu pour inaugurer un nouvel acte, plus “vert”, du quinquennat. Avec ou sans Philippe ? La question se pose immanquablement, car le Premier ministre n’est pas connu pour ses convictions écologistes. En effet, avant de rejoindre Matignon, l’homme a travaillé plusieurs années comme lobbyiste pour le groupe nucléaire Areva, puis avait voté, en tant que député, contre la loi de 2015 sur la transition énergétique et celle de 2016 sur la biodiversité.

[Le chef de l’Etat] sait qui je suis, ce que j’incarne, ce que je peux faire et ce que je ne peux pas faire”, déclarait Edouard Philippe le 16 juin dans une interview accordée à Paris-Normandie (article payant). Le Premier ministre a beau être populaire , il n’incarne pas le “verdissement” voulu par l’Elysée

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