Remaniement : la «claque du siècle» et un «joli coup» – Libération

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Hôtel de Matignon, intérieur jour, samedi : à l’heure du déjeuner, Jean-Michel Blanquer sort tout aise de son rendez-vous avec le nouveau Premier ministre. Depuis que le gros de la crise sanitaire est passé, le ministre de l’Education est en campagne. Justice ou Intérieur, il est disponible et le fait savoir. Avec Jean Castex, le courant passe très bien. Le remplaçant de Christophe Castaner Place Beauvau, «ça devrait être toi mais ce n’est pas bouclé», vient de lui glisser le chef du gouvernement. C’est au conditionnel, mais l’horizon semble dégagé.

Hôtel de Matignon, intérieur soir, dimanche : Gérald Darmanin sort de son entrevue avec Castex. Les deux hommes ont en commun d’être proches de Xavier Bertrand et de Nicolas Sarkozy. Après avoir clamé son amour du régalien dans tous les cénacles gouvernementaux depuis dix-huit mois, Darmanin semble se satisfaire d’un «grand» ministère des Affaires sociales. Il a obtenu de récupérer le dossier des retraites, jusqu’alors dévolu au ministère de la Santé. Mais «cela pourrait encore bouger», lui confie Castex.

Pied dans la porte

Lundi matin, pour les membres du gouvernement, les promotions de Blanquer et de Darmanin sont donc acquises. Mais le doute s’est instillé au sommet de l’Etat : vu la crise avec les forces de l’ordre, Blanquer a-t-il la poigne qu’il faut pour remettre les choses d’équerre ? «Le Premier ministre n’était pas totalement convaincu par son profil, confirme après coup un conseiller. Blanquer est… trop rond.» Le fait qu’il se soit mis les profs à dos depuis trois ans et pendant le confinement pèse dans la balance : avec les policiers, ce sera un autre pastis. Puisqu’elle s’entrouvre, Darmanin met le pied dans la porte : tout bien réfléchi, il veut Beauvau… ou rien.

«Cela s’est fait très calmement, raconte un conseiller. Il n’a pas haussé le ton, il a juste dit : “C’est ça où je retourne dans le Nord.”» Darmanin emporte le morceau. «Il a eu plusieurs choix, il n’y a pas eu de guerre au couteau avec Blanquer», temporise un conseiller élyséen. Le ministre de l’Education ne sera appelé qu’en toute fin de journée, juste avant l’annonce officielle du nouveau gouvernement.

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«Il s’est pris la claque du siècle mais heureusement pour lui, personne n’en parle», raconte un membre du gouvernement. Car depuis lundi soir, tous les regards sont braqués sur les nouveaux «people» du gouvernement, Roselyne Bachelot et, surtout, Eric Dupond-Moretti, que personne n’a vu venir – «la surprise du quinquennat», selon un ministre – nommé garde des Sceaux. «Un joli coup», sourit-on à l’Elysée «Un atout énorme», dixit le nouveau porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. Dupond-Moretti, c’est une grande gueule bien utile pour faire oublier les profils ternes et technos des débuts de la «start-up nation».

«A l’œil»

Un visage connu de tous les Français, squattant les plateaux télé et les scènes de théâtre. A l’Elysée, on démine toute précipitation ou coup de poker dans cette nomination. «Cela fait un moment que le Président a Eric Dupond-Moretti à l’œil. Ce n’est pas un nom sorti du chapeau de Nicolas Sarkozy», explique l’entourage présidentiel. Vu les préventions de la magistrature sur la star des prétoires, «le Président a un peu hésité» avant de toper avec «EDM». «Cela fait des mois qu’on nous dit que l’Elysée a la trouille du candidat populiste sorti de nulle part pour 2022, analyse un député proche de la majorité. Dupond-Moretti était taillé pour ce job. C’est plus malin de le faire entrer et de tuer les autres ambitions dans l’œuf.»
Laure Bretton

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