Réforme des retraites : les 9 questions auxquelles Edouard Philippe va devoir répondre – Le Parisien

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Mais qu’est-ce qui attend les futurs retraités? Un premier coin du voile sur la réforme des retraites sera levé ce lundi 9 décembre, à 15h30, par le haut-commissaire aux Retraites, Jean-Paul Delevoye, suivie mercredi d’un exposé détaillé par le Premier ministre, Edouard Philippe. Après dix-huit mois de réflexions, concertations et tergiversations, les Français vont enfin savoir ce que le gouvernement réserve à leur régime de retraite. D’ici-là, les questions se bousculent et il n’est pas certain que toutes les réponses attendues soient connues. Revue de détail des inquiétudes et incertitudes.

1. Quel âge de départ ?

Emmanuel Macron l’a dit alors qu’il était encore candidat à la présidentielle et l’a répété plusieurs fois depuis : pas question de toucher à l’âge légal de départ en retraite qui devrait être maintenu à 62 ans.

2. Âge pivot de départ ou durée légale de cotisation ?

A côté de l’âge légal, il y a l’âge pivot, celui à partir duquel chacun pourra partir avec une pension à taux plein. Aujourd’hui, c’est, selon les cas, 63 ans, voire 67 ans. Jean-Paul Delevoye a préconisé dans son pré-rapport de juillet 2019 de porter cet âge pivot à 64 ans pour tous. Ceux qui partiraient plus tôt subiraient une décote. Jugé « injuste » par les syndicats, ce dispositif permettrait de retarder les dépenses de la Caisse nationale d’assurance vieillesse à laquelle il manquera autour de 9 milliards d’euros en 2025 pour boucler son budget annuel, selon le Conseil d’orientation des retraites (COR).

Mais le président Macron s’oppose à un âge pivot pour tous, préférant le système actuel, quitte à renégocier avec les partenaires sociaux un allongement de la durée légale de cotisation. Option qui permettrait aux actifs précoces de partir dès 62 ans ou 63 ans, avec pension complète, en préservant les comptes de la Sécu.

3. Quelle génération sera la première concernée ? 1963 ? 1973 ?

Début 2018, il était question d’aller vite et d’appliquer la réforme dès 2025, donc à la génération née en 1963 et après. Puis le recours à la « clause du grand-père » a été évoqué : ne seraient concernés par la réforme que les nouveaux entrants sur le marché du travail. Mais d’autres pistes sont étudiées par le gouvernement pour éviter de trop repousser la réforme, comme 2035. Cette fois, c’est la génération 1973 qui inaugurerait le dispositif et Emmanuel Macron, né en 1977, serait concerné.

4. Loi ou loi-cadre ?

Que contiendra l’annonce d’Edouard Philippe mercredi? Une réforme complète et détaillée? Ou bien l’annonce d’une future loi-cadre, fixant les orientations et objectifs, le détail venant ensuite, par voix réglementaire ou décrets. Cette deuxième solution tient la corde depuis la forte mobilisation du 5 décembre. Elle redonnerait du temps à la négociation, sans renier l’objectif.

5. Quid du régime universel à points ?

Le président Macron y tient mordicus, jugeant que ce système apporte plus de justice puisque chaque euro cotisé se traduira par un même gain de pension pour tous. Il mettrait fin, ainsi, aux cas de ces salariés ayant travaillé moins de 150 heures sur un trimestre, et ne pouvant le faire valider. Il permet aussi une meilleure anticipation des droits à la retraite alors qu’aujourd’hui lorsque les carrières sont fractionnées sur des régimes de retraite différents, il est très difficile d’évaluer sa future retraite. Mais une majorité des syndicats et, selon un récent sondage, 70 % des Français, y sont défavorables tant ce principe crée des incertitudes et paraît inadapté à la diversité des statuts et niveaux de rémunération en France.

6. Y aura-t-il des perdants ?

Si l’on sait que les agriculteurs ont tout à gagner dans ce régime universel, d’autres ont beaucoup à perdre. Ne plus calculer ses droits à la retraite à partir des 25 meilleures années, pour le secteur privé, mais sur toute la carrière, réduira mécaniquement la pension versée. Et plus encore pour les fonctionnaires, dont la retraite est aujourd’hui calculée sur les six derniers mois de salaires. L’Institut de la protection sociale a publié le 26 novembre une étude qui désigne clairement les perdants de la réforme. Comme les cadres moyens, dont la majeure partie de la retraite est versée par le régime de base (seul concerné par la réforme). Mais ce sont surtout les femmes qui, avec leurs salaires inférieurs aux hommes, pourraient y perdre.

Selon les simulations de l’IPS, une mère divorcée ayant un enfant et cotisé 152 trimestres sur la base moyenne de 25 000 euros par an et voulant partir à 62 ans, verrait sa retraite amputée de 1250 euros par an (9 %). Pire, pour un couple avec trois enfants affichant 162 trimestres sur la base de 30 000 euros/an, la perte atteint 10 624 euros par an (21,8 %) dont 4 600 euros pour la pension du mari et 6 000 euros pour celle de l’épouse.

Autres perdants probables, les enseignants avec leurs faibles revenus tout au long de la carrière. Edouard Philippe a d’ailleurs évoqué vendredi « une revalorisation progressive de leur traitement de façon à ce que leur pension, leur pouvoir d’achat, au moment de la retraite, ne baisse pas ».

7. Quid de la pénibilité, des carrières longues, du chômage… ?

C’est l’incertitude. La pénibilité ne serait plus attachée à un statut (SNCF, RATP…), mais aux conditions de travail et durée d’exposition réelles qui donneraient droit à bonus avec départ anticipé d’au maximum deux ans, contre parfois huit aujourd’hui. Pour les périodes chômées et congés maternité, des « points de solidarité » seraient intégrés.

8. Est-ce la fin des régimes spéciaux ?

La création d’un système universel à points mettrait fin de facto aux 42 régimes spéciaux qui convergeraient vers le régime général. Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, qui avait indiqué que le régime de la police serait préservé, a été aussitôt démenti par Emmanuel Macron : « Il n’y aura plus de régimes spéciaux, si nous en gardons un tout va tomber, comme des dominos. » Mais, depuis une semaine, Matignon travaille à une convergence des régimes plus indolore. Par exemple, les indépendants pourraient ne rejoindre le régime général que d’ici quinze ans.

VIDÉO. Pourquoi ils ont manifesté le 5 décembre : «La France est par terre»

9. Et les économies ?

Le volet dit « paramétrique » de la réforme, qui crée des boutons (durée de cotisation, âge légal de départ, décote…) sur lesquels on appuie pour générer – ou pas – des économies, semble avoir du plomb dans l’aile. Jeudi 5 décembre, le ministre de l’Action et des comptes publics, Gérald Darmanin, l’a admis : « Il ne faut pas être bêtement budgétaire, pas tout de suite », a-t-il expliqué. Ces mesures d’économies pourraient d’ailleurs être confiées à la nouvelle instance paritaire en charge de la retraite universelle.

Beaucoup s’inquiètent de la future valeur du point de retraite et de son évolution. Emmanuel Macron a garanti lors du grand débat de Rodez (Aveyron) en octobre, que « la valeur ne baissera pas », une « règle d’or » qui sera inscrite dans la loi, a-t-il dit. Les syndicats restent dubitatifs.

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