Réforme des retraites : Édouard Philippe redevient-il fusible ? – RTL.fr

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“J’attends du gouvernement d’Édouard Philippe qu’il trouve la voie d’un compromis rapide” sur les retraites. Le chef de l’État a accentué la pression sur les épaules de son Premier ministre, mardi 31 décembre, lors de ses vœux. Il n’en fallait pas plus pour que resurgissent quelques rumeurs sur l’avenir politique d’Édouard Philippe. 
 
D’abord il faut dire qu’au-delà de ce que le Président nous a dit, mardi soir, dans ses vœux – à vrai dire pas grand-chose, sur le fond – sa longue allocution télévisée pourrait bien rester, quand on y pense, comme le point culminant d’une séquence qui a vu changer complètement la répartition des rôles entre Emmanuel Macron et son Premier ministre. Le même président, qui, pendant la crise des “gilets jaunes”, montait sur toutes les balles, comme on dit, s’en tient désormais à une lecture très classique de nos institutions. 

D’un côté lui, tout en hauteur et en distanciation, presque concentré sur ses fameux “domaines réservés” – la défense, la diplomatie – de l’autre un chef du gouvernement chargé par lui de “déterminer et de conduire” la politique de la nation, à la manœuvre avec les syndicats, en première ligne pour les annonces… surtout quand elles sont désagréables.  

“Il connaît les règles du jeu”

Édouard Philippe redevient-il fusible ? C’est ce que certains veulent croire. Et force est de reconnaître que la place d’Édouard Philippe à Matignon n’est pas assurée pour le reste du quinquennat. D’ailleurs son entourage lui-même le dit. “Il connaît les règles du jeu”. Comprenez : il sait qu’en cas de crash sur les retraites, le changement de Premier ministre sera une carte à jouer pour le chef de l’État. 

C’est l’une des raisons pour lesquelles certains imaginent Édouard Philippe claquant la porte de lui-même, à la façon d’un Jacques Chirac, parti fonder le RPR en 1976, au prétexte qu’on ne le laissait pas réformer comme il l’entend. En d’autres termes il aurait un agenda politique secret. Il aurait poussé Emmanuel Macron à “droitiser” sa réforme, – en l’assortissant d’une mesure d’économie, le fameux âge pivot – pour capitaliser auprès de l’électorat Les Républicains. 
 
Difficile à croire, d’abord pour une raison qui peut paraître naïve : parce qu’il aime la place où il se trouve. “C’est un homme d’exécutif”, me disait l’un de ses amis récemment. Et s’il a une ambition, tout de suite maintenant, elle se résume à la “satisfaction de faire des choses dont il sera fier ensuite”. Bref, les mauvaises langues diront que c’est un bon numéro deux. Édouard Philippe dirait lui qu’il est dans son match. . 

Édouard Philippe favorable à une mesure d’âge

Ensuite, sur le fond de la réforme des retraites, n’allez pas chercher trop loin : Édouard Philippe est fondamentalement favorable à une mesure d’âge. D’ailleurs Alain Juppé défendait lui-même l’idée d’un âge légal de départ à la retraite de 65 ans pendant la présidentielle. Et puis pour finir parce qu’à mon sens, c’est contraire à son état d’esprit. Deux ans et demi après sa nomination, le Premier ministre n’a cessé d’être habité par l’idée qu’il doit entièrement sa place à Emmanuel Macron

Et plus encore, il n’a pas oublié que le député-maire du Havre qu’il était encore en 2017 se tâtait à changer de voie, au moment où ce président fraîchement élu, de 7 ans de moins que lui, a fait appel à lui. “Édouard, c’est un gagnant de l’Euromillion de la politique“, m’a dit un proche du Premier ministre un jour. 
 
On ne peut donc pas calquer sur lui les raisonnements qu’on a appliqué à ses prédécesseurs. Par exemple un jour un macroniste historique m’a certifié ceci : “Si Édouard Philippe n’avait pas d’ambition politique, il aurait pris sa carte à La République En Marche”. C’est vrai qu’il y en a encore que ça chiffonne, autour d’Emmanuel Macron, que le Premier ministre n’ait pas rejoint le parti présidentiel. 

Ne pas “se fermer des portes”

Mais à ça, ses amis répondent que s’il ne veut pas se diluer politiquement, c’est parce qu’il est persuadé que pour être réélu, Emmanuel Macron devra poursuivre la recomposition politique commencée en 2017. Traduisez : s’il doit encore servir de pont avec la droite, il a tout intérêt à préserver son indépendance partisane. Ce n’est pas faux. 

Alors comme on a quand même l’esprit un peu mal tourné, on ajoutera que rien n’empêche au passage de se préserver pour la suite, pour l’ère post-Macron. D’ailleurs Édouard Philippe le dit souvent lui-même, dans tous les domaines, il déteste “se fermer des portes”. 
Mais qu’on ne s’y trompe pas : il soutiendra Emmanuel Macron en 2022. Et ce, pour reprendre les termes d’un de ses amis, qu’il quitte Matignon, “en slip ou avec une auréole”. 

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