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Réforme des retraites : Avec la conférence de financement, la CFDT offre-t-elle une sortie de crise au gouvernement ? – 20 Minutes

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Edouard Philippe, à l’Elysée le 24 janvier. — PIERRE VILLARD/SIPA
  • Une conférence de financement, au sein de laquelle siégeront les partenaires sociaux, est lancée ce jeudi par Édouard Philippe avec pour mission de trouver, d’ici fin avril, les moyens de garantir l’équilibre budgétaire du système des retraites d’ici 2027.
  • Cette idée émane de la CFDT, mais le gouvernement a repris cette piste en raccourcissant la durée initialement suggérée par la confédération et le cadre des discussions entre organisations syndicales et patronales.
  • A tel point que la majorité des syndicats sont pessimistes sur l’issue de la conférence, qui devrait en revanche permettre à l’exécutif un gain politique.

Au bureau, il y a parfois des réunions dont personne ne croit à l’utilité, mais auxquelles tout le monde se rend tout de même, contraint. C’est un peu la même chose avec la «conférence sur l’équilibre et le financement des retraites ». Tous les syndicats de salariés et d’employeurs représentatifs seront réunis ce jeudi à l’invitation de Matignon pour la première réunion d’une série de discussions qui s’étalera jusqu’à fin avril. Leur mission, fixée par le gouvernement : trouver comment économiser 12 milliards d’euros d’ici à 2027, sans toucher au montant des pensions de retraite, ni au coût du travail.

Si les syndicats ne sont guère optimistes sur l’issue de cette conférence, ils constatent qu’elle offre une porte de sortie de crise au gouvernement. Ce dernier prévoit de promulguer avant l’été sa réforme des retraites, contestée depuis le 5 décembre par des manifestations et des grèves répétées.

« Un deal qui nous a sortis du bourbier »

L’idée d’une conférence de financement réunissant l’ensemble des partenaires sociaux n’est pas née au gouvernement. C’est la CFDT qui en a parlé en premier, le 5 janvier, un mois après la première manifestation interprofessionnelle contre la réforme d’Emmanuel Macron. Interrogé sur France 2, le patron du syndicat demandait alors sur France 2 au gouvernement de retirer l’âge pivot de son projet de réforme et d’organiser une « conférence de financement des retraites » d’environ six mois pour que les partenaires sociaux fassent « des propositions sur l’équilibre du régime à moyen et long terme ».

Une semaine plus tard, le Premier ministre saisit la perche tendue par la CFDT, en remodelant la proposition. La conférence durera jusqu’à fin avril, et non fin juillet. Dans une lettre aux partenaires sociaux, Edouard Philippe annonce le retrait provisoire de l’âge pivot et fixe deux lignes rouges : équilibrer le système des retraites en 2027, sans baisser les pensions versées aux retraités ni augmenter le coût du travail.

Dans la majorité, on salue le rôle joué par la CFDT. « Avec cette proposition, Laurent Berger nous a sortis du bourbier. Mais on a été nombreux à pousser pour que son deal soit accepté », lâche Sacha Houlié, député de la Vienne et cadre du parti présidentiel.

Trouver un consensus s’annonce très dur

Malgré ce « deal », et même si tous les partenaires sociaux ont répondu présents, y compris les syndicats qui demandent le retrait du projet de loi comme la CGT, FO ou la CFE-CGC, cette conférence ne suscite que peu d’espoirs. « Je ne suis pas optimiste du tout car le cadre est trop fermé », déplore Yves Veyrier, secrétaire général de Force ouvrière. « On nous demande de faire une mascarade, ou de trouver un mouton à 5 pattes », s’emporte Pierre Roger, secrétaire national de la CFE-CGC.

« C’est une impasse, cette conférence ! Le gouvernement a d’emblée écarté l’option de toucher aux cotisations », enfonce Céline Verzeletti, secrétaire confédérale de la CGT. « Trouver un accord sera impossible, donc le gouvernement reprendra la main et imposera ce qu’il veut », prédit-elle.

Même la CFDT est très prudente. « Le calendrier a été raccourci, on le regrette. On n’est pas naïfs, et on ne va pas renoncer à nos revendications », dit Mylène Jacquot, secrétaire générale de la CFDT Fonctions publiques. A la veille de la réunion, le syndicat a tenu à marteler ses exigences en organisant une conférence de presse. « Il faut d’abord qu’on réponde aux exigences de justice sociale, c’est une condition sine qua non pour avancer dans la conférence de financement », a déclaré Laurent Berger.

« C’est un marché de dupes qu’a passé la CFDT »

Avec l’organisation de la conférence de financement, « le gouvernement gagne du temps. Il aimerait pouvoir se targuer du soutien de la CFDT pour sauver la face, à défaut d’avoir le soutien de l’opinion », poursuit Pierre Roger, de la CFE-CGC. Pour FO, l’exécutif cherche à « détourner l’attention du projet de régime universel de retraites par points, dont nous ne voulons pas, vers la problématique de l’équilibre financier ».

La CFDT aurait-elle ainsi offert une sortie du tunnel au gouvernement ? Le syndicat est en tout cas sous pression. « C’est un marché de dupes qu’a passé la CFDT », analyse Céline Verzeletti à la CGT. « Le gouvernement l’a piégée, et il joue sur le temps, mise sur le pourrissement de la mobilisation, car c’est dur de maintenir la contestation. » « Je pense que le gouvernement s’est servi de la CFDT », abonde Pierre Roger de la CFE-CGC. « On verra si la conférence permet de sauver le soldat cédétiste ».

Pour le gouvernement, cette conférence présente en effet plusieurs avantages. Pas forcément celui de trouver une solution autre que l’âge pivot pour faire des économies, car « si c’était si simple, ça fait longtemps qu’on aurait trouvé une solution », souligne-t-on à Matignon. « Edouard Philippe ne croit pas qu’il y ait de solution sans demander aux Français de travailler plus longtemps », poursuit l’entourage du Premier ministre. Mais la conférence a l’avantage de « mettre tout le monde dans le même bateau, donc la réforme sera mieux acceptée ».

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