Référendum sur l’indépendance en Nouvelle-Calédonie : faible participation à deux heures de la fermeture des bureaux de vote – Le Monde

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Installation du bureau de vote de la ville de Tenda pour le troisième référendum d’autodetermination de la Nouvelle-Calédonie, le 11 décembre 2021.

Les 307 bureaux de vote de Nouvelle-Calédonie, territoire français du Pacifique situé à quelque 18 000 kilomètres de la métropole, ont ouvert, dimanche 12 décembre à 7 heures, heure locale (21 heures samedi à Paris) à l’occasion d’un troisième référendum pour ou contre l’autodétermination de l’île. Les électeurs ont jusqu’à 19 heures (9 heures à Paris) pour dire s’ils souhaitent que la Nouvelle-Calédonie « accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ».

Le taux de participation s’élevait à 17 heures à 41,60 %, selon le Haut-Commissariat, en très forte baisse par rapport aux deux précédents référendums, conséquence de l’appel à bouder le scrutin des indépendantistes. Lors de la première consultation, la participation à 17 heures s’établissait à 73,68 %. Elle était de 79,63 % en 2020.

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Les indépendantistes ont, en effet, annoncé qu’ils ne se rendraient pas aux urnes, invoquant l’impossibilité d’organiser « une campagne équitable », alors que l’archipel est touché depuis septembre par l’épidémie de Covid-19. Ce boycottage devrait favoriser le « non » à l’indépendance.

Le président du Sénat coutumier, Yvon Kona, a lancé un « appel au calme », jeudi, tout en demandant « aux citoyens kanak et aux progressistes calédoniens d’observer une journée nationale de deuil kanak le 12 décembre 2021 en ne se rendant pas aux bureaux de vote ».

Des observateurs de l’ONU

Dimanche matin, 184 332 personnes étaient inscrites sur la liste électorale spéciale pour la consultation (LESC), et, bien que l’île soit en alerte précyclonique, les bureaux de vote ont ouvert sous un soleil radieux.

« Les bureaux de vote ont tous ouvert leurs portes ce matin, et les opérations électorales s’y tiennent sans qu’aucun incident ait été signalé à ce stade », a assuré le Haut-Commissariat dans un communiqué, dimanche matin. Il a cependant signalé « une tentative de barrage routier sur un axe de l’île des Pins », qui a nécessité l’intervention des gendarmes, sans donner plus de détails.

Les autorités ont déployé un important dispositif de sécurité, de 2 000 gendarmes, policiers et militaires dans l’île, visibles avant même le référendum à Nouméa et aux alentours. « Pour nous, c’est un jour normal. On ne comprend pas ce déploiement de forces de police et de militaires alors qu’il ne se passe rien. Pour nous, c’est de la provocation. C’est n’importe quoi, on dirait qu’il y a la guerre », ont déclaré à l’agence France-Presse (AFP) des jeunes de la cité Montravel, dans le nord de Nouméa, assis à l’écart du bureau de vote et qui se disent plus préoccupés par l’alerte précyclonique déclarée dimanche matin que par le scrutin.

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Le scrutin se déroule sous la surveillance d’observateurs des Nations unies (ONU) et du groupe Fer de lance mélanésien, ainsi que d’un délégué de la commission de contrôle. La Nouvelle-Calédonie est inscrite depuis 1986 sur la liste de l’ONU des territoires non autonomes à décoloniser.

L’issue des accords de Matignon

Une mission du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), menée par Roch Wamytan, signataire de l’accord de Nouméa, figure historique de la lutte kanak et président du Congrès, s’est rendue cette semaine à New York pour rencontrer le C24, le Comité spécial de la décolonisation de l’ONU. Il l’a informé de la situation en Nouvelle-Calédonie et de la non-participation au vote du 12 décembre du FLNKS.

De son côté, la loyaliste Sonia Backès, leader des Républicains calédoniens, a fait savoir, jeudi, dans un communiqué qu’elle avait demandé au C24 d’organiser « une visioconférence (…) en miroir de la démarche engagée par les indépendantistes présents à New York ».

Ce processus d’autodétermination a commencé à la fin des années 1980. La Nouvelle-Calédonie avait connu une période de troubles, dont le point culminant fut l’assaut de la grotte d’Ouvéa à la suite d’une prise d’otages, en mai 1988, au cours duquel 19 militants kanak et six militaires ont été tués.

Moins de deux mois après ce drame, indépendantistes et loyalistes concluaient les accords de Matignon, qui revoyaient la répartition des pouvoirs en Nouvelle-Calédonie. Dix ans plus tard, la signature de l’accord de Nouméa instaurait un processus de décolonisation sur vingt ans pour cette collectivité d’outre-mer française.

Cet accord prévoyait une succession de trois référendums pour demander aux habitants s’ils voulaient que l’île accède à l’indépendance. Le « non » l’a emporté lors des deux précédents scrutins, avec 56,7 % des suffrages en 2018, puis 53,3 % en 2020.

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« Une vie ensemble », quel que soit le résultat

Ce troisième référendum arrive cependant dans un monde qui a beaucoup changé : d’une part, l’archipel, qui dispose de quelque 1,5 million de km2 de zone économique exclusive, se trouve dans une région devenue stratégique par la montée en puissance de la Chine ; d’autre part, le nickel et le cobalt qu’elle produit sont devenus des ressources minières indispensables pour le nouveau marché des batteries électriques, garantes de la transition écologique de la planète.

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Quel que soit le résultat du référendum, « le jour d’après il y aura une vie ensemble [avec la France] », notamment « compte tenu de la réalité géopolitique de la région », a ainsi assuré, jeudi, le président Emmanuel Macron.

En juin, à Paris, les acteurs calédoniens avaient décidé avec l’Etat qu’après le 12 décembre s’ouvrirait « une période de stabilité et de convergence » avant un « référendum de projet » d’ici à juin 2023, qui en cas de victoire du « oui » dimanche porterait sur la constitution d’un nouvel Etat et, si le « non » l’emporte, sur un nouveau statut dans la République. Le dialogue ne sera cependant pas facile. Le FLNKS et les nationalistes ont déjà prévenu, jeudi, dans un communiqué, qu’ils récusaient toute rencontre avec le ministre des outre-mer, Sébastien Lecornu, arrivé vendredi à Nouméa, avant l’élection présidentielle française, en avril 2022.

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Le Monde avec AFP

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