Rafale aux Emirats : treize ans de négociations pour un contrat record – Le Monde

Le PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier (à gauche), pose avec un officiel émirati lors de la signature d’un accord d’achat d’avions de chasse français Rafale à Dubaï, le 3 décembre 2021.

« En Europe, vous avez la montre, de notre côté nous avons le temps. » Ce dicton souvent entendu au Moyen-Orient prend tout son sens aujourd’hui, puisqu’il aura fallu treize ans de négociations pour aboutir, vendredi 3 décembre, à la vente de 80 avions de combat Rafale aux Emirats arabes unis, pour une somme qui devrait atteindre 17 milliards d’euros pour l’ensemble du contrat. Il a été signé à Dubai par le président de la République française, Emmanuel Macron, et le prince héritier d’Abou Dhabi, Mohammed Ben Zayed. La vente de douze hélicoptères Caracal fabriqués par le groupe Airbus a également été conclue. « Il s’agit d’un aboutissement majeur du partenariat stratégique entre les deux pays », s’est félicitée la présidence française dans un communiqué.

La signature de ces contrats est survenue au premier jour d’une visite express du président français dans le Golfe. Il devait s’envoler vendredi après-midi vers Doha (Qatar), puis rencontrer samedi à Djedda le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman. A chaque étape de ce déplacement, il s’agit notamment d’approfondir la coopération dans la lutte contre le terrorisme, de parler de la stabilité régionale et d’amplifier les échanges économiques. La visite est sévèrement critiquée par de nombreuses associations de défense des droits humains.

L’annonce d’une commande de 80 Rafale est la plus importante enregistrée par le constructeur français Dassault Aviation, dont l’avion de combat est désormais vendu dans six pays. Le PDG de l’entreprise, Eric Trappier, avait fait le déplacement en espérant enfin boucler le processus. Ces milliers d’heures de discussion, rythmées par des hauts et des bas, ont été suivies au plus près par trois présidents de la République successifs – Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron –, car la vente d’avions de combat est avant tout une affaire politique.

Lire aussi Avion de combat européen : accord entre la France, l’Allemagne et l’Espagne

Tout a commencé à l’été 2007. A peine arrivé à l’Elysée, Nicolas Sarkozy entend mettre fin à la malédiction qui pèse sur le Rafale depuis le début des années 2000, ces appareils n’ayant jamais pu être vendus à l’exportation. Les appels d’offres en Corée du Sud, aux Pays-Bas et à Singapour ont été systématiquement gagnés par les Américains, alors que l’avion français est jugé techniquement meilleur. Pour justifier ces revers dans des zones sous influence des Etats-Unis, l’avionneur fait appel à la sagesse chinoise en rappelant que « le bambou penche toujours du côté de celui qui pousse le plus fort ».

« War room »

Il vous reste 63.48% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *