Racisme et déclarations du ministre Castaner : à Toulouse les policiers se sentent ‘trahis” – LaDepeche.fr

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l’essentiel Les propos du ministre de l’Intérieur promettant de sanctionner des policiers sur des suspicions de racisme ont mis le feu aux poudres dans les commissariats. À Toulouse, la colère monte.

« Bonjour Monsieur, voulez-vous nous présenter vos papiers d’identité ? Non… ? Veuillez nous suivre au commissariat ? Vous ne voulez pas non plus… ? Bon, ben… au revoir monsieur et bonne journée ! » Voilà à quoi pourrait ressembler une intervention de police après les dernières déclarations du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, sous la pression de la rue et dans le sillage de l’affaire George Floyd aux Etats-Unis, laissant à penser que les flics de France sont « violents et racistes ».

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Accusations rejetées en bloc par les forces de l’ordre piquées au vif et qui ne cachent pas leur « écœurement » dans les commissariats de France à la suite de cette prise de parole. « On préconise désormais de ne plus se mettre en danger et de ne pas insister si les suspects n’obtempèrent pas », précise, avec un brin de provocation, Philippe Lavenu, secrétaire général du syndicat Alliance, à Toulouse, en guise de réponse au ministre de tutelle.

“On se met tous les jours en danger”

Dans la Ville rose où la délinquance de masse ne faiblit pas, les policiers de terrain se sentent aujourd’hui lâchés. « Pour la première fois, un ministre nous inflige un désaveu cinglant, commente un flic de la sécurité publique, qui se dit groggy. On se met en danger tous les jours en interpellant des délinquants dont le seul objectif est d’attenter à nos vies. On ne va pas au contact de ces gens sur simple invitation ni parce qu’ils nous tendent les bras pour qu’on les menotte ! »

Lâchée, blessée et finalement déboussolée, la grande majorité de fonctionnaires, dont le travail quotidien est épié par une hiérarchie qui n’hésite pas à sanctionner le moindre écart, se sent aujourd’hui trahie. « Le pire c’est que maintenant on peut être suspendu sur des suspicions de racisme avéré, ajoute un fonctionnaire. Mais on fait quoi de la présomption d’innocence ? » Mardi, le Premier ministre a tenté de faire retomber le soufflé en s’adressant aux forces de l’ordre. « Nous leur devons respect et confiance », a dit Edouard Philippe.

“Le Taser, une arme inappropriée”

Tous les policiers en conviennent, des cas de racisme isolés, il peut y en avoir dans la police, « comme partout », mais cela ne concerne, selon les syndicats « qu’une infime minorité alors que l’on fait passer l’institution pour violente et xénophobe ».

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« Plus de 83 % des policiers votent pour des syndicats républicains. En France, plus d’un policier sur deux est syndiqué », poursuit Philippe Lavenu pour tordre le cou aux préjugés. « Avec 10 000 policiers blessés chaque année, en France, lors d’opérations délicates sur fond de violence extrême, d’actes de rébellions et de haine anti-flic, est-il nécessaire de jeter l’opprobre sur toute une corporation ? », s’indigne Didier Martinez, pour le syndicat SGP-Police FO.

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Quant au Taser, cette arme non létale à impulsion électrique chargée de remplacer la technique de l’étranglement, son usage est jugée « inappropriée dans de nombreux cas ». « Il faudrait que tout le monde en soit doté, ce qui est loin d’être le cas et que l’on assure des formations pour les collègues », dit ce fonctionnaire. Ce mercredi 10 juin, le Président Macron est sorti de son silence en défendant les forces de l’ordre « dont l’écrasante majorité ne saurait être salie » et refusant « tout amalgame ». Suffisant pour éteindre l’incendie ?

La charge de l’ancien Général

L’ex-numéro 3 de la gendarmerie nationale, Bertrand Soubelet, a publié une charge sur son compte Facebook contre le ministre de l’Intérieur. L’ancien général de la région de gendarmerie de Midi-Pyrénées, à Toulouse, de 2008 à 2010, estime que les déclarations de Christophe Castaner le laissent « pantois ».

Il ajoute : « Les gendarmes et les policiers ont besoin de soutien et pas de suspicion. Ils sont depuis des mois très sollicités en raison des événements dans notre pays et pour 98 % d’entre eux font preuve d’une motivation et d’une abnégation qui forcent le respect. Mais apparemment pas celui du ministre de l’intérieur qui est prêt à prendre des mesures pour une minorité en blessant les centaines de milliers de membres des forces de l’ordre actifs et retraités et leurs familles qui partagent leur quotidien exigeant ». Il invite les citoyens à écrire à l’Elysée pour demander que la Garde des Sceaux, qui avait lancé une invitation à la famille d’Adama Traoré, « quitte le Gouvernement » avec le ministre de l’Intérieur.

L’ex-Général Soubelet évoque une “rupture du lien de confiance” entre les forces de l’ordre et le ministre de l’Intérieur. Il ajoute : “Un ministre de l’intérieur ne peut pas laisser planer le doute sur le comportement de 250 000 policiers et gendarmes dont 98% font leur travail avec courage et détermination. Il doit les soutenir et les encourager au lieu d’égrener des mesures qui laissent croire que jusqu’ici rien n’était fait dans les règles. Cela ne peut pas s’arranger et un chef qui a perdu le peu de confiance qui lui était accordée par ses “soldats” est totalement discrédité”.

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