Question posée par Mr Propagande le 17/02/2019

Bonjour,

Nous avons reformulé votre question initiale: «Pourriez-vous vérifier le son de la vidéo où Alain Finkielkraut se fait insulter ? Benjamin Griveaux affirme avoir entendu «sale juif», mais de très nombreuses personnes entendent «Palestine» et non «sale juif».»

Votre question porte sur des images filmées par le journaliste indépendant Charles Baudry et par Yahoo Actualités, dans lesquelles le philosophe français Alain Finkielkraut est pris à partie et insulté par des manifestants lors de la manifestation parisienne des gilets jaunes du 16 février 2019. La scène a lieu à l’angle du boulevard du Montparnasse et de la rue Campagne-Première, dans le 14e arrondissement.

Ces deux vidéos filmées sous deux angles différents permettent d’entendre le flot d’insultes visant l’académicien. 

«Sale sioniste de merde», «tu vas mourir», «rentre chez toi en Israël»

Dans la vidéo de Yahoo, filmée près d’Alain Finkielkraut, on entend distinctement un groupe d’hommes lui crier: «Barre-toi, sale sioniste de merde. Sale merde. Nique ta mère. Palestine. Homophobe de merde. T’es un raciste, casse-toi! Dégage fasciste. La France, elle est à nous. Sale enculé. Espèce de raciste. Espèce de haineux. T’es un haineux et tu vas mourir. Tu vas aller en enfer. Dieu, il va te punir. Le peuple va te punir. Nous sommes le peuple. Grosse merde. Tu te reconnaîtras. Espèce de sioniste. Grosse merde. Il est venu exprès pour nous provoquer. Taisez-vous!».

Dans celle de Charles Baudry, filmée de plus loin, on entend: «Facho! Palestine! Rentre chez toi… Rentre chez toi en Israël. Rentre chez toi en Israël. Antisémite. La France est à nous. Rentre à Tel-Aviv. T’es un haineux. Tu vas mourir. Nous sommes le peuple français. Rentre chez toi. Ici c’est la rue!»

La diffusion de cette agression a suscité un élan de solidarité en faveur d’Alain Finkielkraut sur internet et de la part de l’ensemble de la classe politique, certains rappelant dans leur condamnation de l’antisémitisme tout ce qui les oppose aux prises de positions conservatrices du philosophe.

Polémique autour de l’insulte «sale juif»

Au milieu de ces dénonciations de l’agression antisémite, d’autres, comme la directrice du Média, Aude Lancelin, ont contesté la version évoquée dans un tweet par le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, qui condamnait «la haine à l’état brut dans les rues de Paris contre Alain Finkielkraut hué aux cris de “sale Juif”». La journaliste l’accuse d’inventer «un nouveau mensonge gravissime pour faire monter la haine dans le pays», car, selon elle, l’insulte «sale juif» est «inaudible dans la vidéo» de Yahoo Actualités.

CheckNews a réécouté plusieurs fois les deux vidéos. Si certains pensent avoir identifié l’insulte «sale juif», elle ne nous apparaît pas distincte dans le bruit de la foule. Contacté par CheckNews, le journaliste Charles Baudry n’a pas été en mesure de confirmer ou de contester cette insulte précise: «Je n’ai rien entendu. On venait de se faire gazer. Il y avait énormément de bruit. J’ai vu Alain Finkielkraut dans la rue. Une manifestante lui souriait, lui serrait la main. Puis un groupe l’a pris à partie en l’insultant. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à filmer, mais je ne peux pas dire s’il s’est fait insulter de “sale juif”. Il y avait trop de bruit.»

Finkielkraut dit ne pas avoir clairement entendu les injures

Interrogé sur cette agression sur LCI, dimanche matin dans l’émission Le Brunch de l’actu, le philosophe raconte aussi qu’il n’a pas clairement entendu les insultes lors de l’agression, et que «c’est plus net sur l’image que le moment où je l’ai vécu». Il explique s’être retrouvé dans la manifestation par hasard et non pas par provocation: «J’avais raccompagné ma belle-mère après un déjeuner au restaurant. Je suis sorti du taxi, rue Campagne-Première. Je voulais rentrer chez moi. Et en même temps je vois cette manifestation qui défile, donc je vais quand même regarder. J’étais pas là depuis une minute que j’ai été en effet pris à partie de manière très violente par des manifestants. Et qui criaient des choses que j’entendais mal et j’ai dû malgré moi rebrousser chemin». Le philosophe explique avoir été évacué par des policiers, et souligne le fait que «tout le monde n’était pas au diapason, mais la majorité des gens qui passaient, vraiment, me vouait une haine très antérieure au mouvement des gilets jaunes.» 

Concernant la polémique autour de l’insulte «sale juif», Alain Finkielkraut a déclaré sur LCI, que l’insulte de raciste le blessait davantage: «Le problème des Juifs aujourd’hui, la douleur qui leur est infligée, c’est qu’on les traite de raciste. Benjamin Griveaux a protesté en disant que j’avais été traité de sale juif. Je comprends très bien sa protestation, je suis ému par le témoignage de solidarité qu’il a manifesté, mais on ne m’a pas traité de sale juif. Et on ne m’a jamais traité de sale juif. En revanche, on me traite à chaque fois que je mets le nez dehors dans ce genre de manifestation, on me traite de sale raciste. […] Quand vous êtes traité de juif, vous pouvez redresser la tête et puis l’injure vous pouvez la porter comme une couronne, mais quand vous êtes traité de raciste, vous êtes tout d’un coup coupable du pire des crimes.» 

CheckNews a reçu de nombreuses questions sur cette agression, certains lecteurs nous demandant pourquoi l’insulte «sale sioniste» est présentée comme antisémite, alors qu’on peut très bien être contre le sionisme, c’est-à-dire contre l’idée d’un État juif, sans être contre le judaïsme et ceux qui le pratiquent. Quand Alain Finkielkraut, académicien et philosophe français, qui vit en France, est insulté en plein Paris par une foule qui le traite de «sale sioniste de merde», et qui l’invite à rentrer chez lui à Tel-Aviv en Israël, c’est parce qu’il est perçu comme juif. C’est d’ailleurs ainsi que Benoît Hamon a considéré l’insulte. Dans un tweet, le leader de Générations a condamné «sans aucune réserve ceux qui l’ont conspué, insulté et traité d’un «sale sioniste» qui voulait dire «sale juif». Et laissez la Palestine en dehors de cette violence antisémite gratuite».

Cordialement

Jacques Pezet

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