Quelle est la position de Greta Thunberg sur l’énergie nucléaire ? – Libération

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Question posée par Alexandre mais un autre le 24/09/2019

Bonjour,

Nous avons reformulé votre question initiale, qui était rédigée ainsi : «Est-il vrai, comme l’avance Laurent Alexandre (entre autres), que Greta Thunberg diabolise le nucléaire dans son combat pour sauver la planète ?» Vous faites référence à une tribune de Laurent Alexandre, un chirurgien urologue devenu essayiste, qui se définit sur Twitter comme «anti-Greta Thunberg» et qui signe régulièrement des papiers d’opinion dans l’Express.

Dans sa chronique publiée dimanche dernier et intitulée «Pourquoi je combats Greta Thunberg», le cofondateur de Doctissimo, âgé de 59 ans, accuse celle qu’il surnomme ironiquement la «prêtresse de l’écologie politique» de tenir un discours qui «contribue à la diabolisation du nucléaire».

Selon Laurent Alexandre, les positions antinucléaires de l’activiste suédoise conduiraient «86% des jeunes Français [à penser] que le nucléaire émet du CO2 et participe au réchauffement climatique», ou «Emmanuel Macron [à fermer] 14 tranches nucléaires» pour «faire plaisir à Greta Thunberg et ses militants». 

Le pourcentage de 86% correspond à un sondage BVA. Mais à aucun moment, dans ce texte, Laurent Alexandre ne livre de citation tirée d’un discours ou un message de Greta Thunberg critiquant l’énergie nucléaire.

Contacté par CheckNews, Laurent Alexandre remet d’abord en cause un article des Décodeurs du Monde, publié ce vendredi et qui, dans une première version, notait que «l’essayiste et chirurgien urologue Laurent Alexandre accuse l’écologiste de nuire à la lutte contre le réchauffement climatique en lui prêtant des positions qui ne sont pas les siennes». Cet article assurait ainsi que «contrairement à ce qu’affirme Laurent Alexandre, Greta Thunberg ne milite pas pour une sortie du nucléaire. De fait, elle ne mentionne pas l’énergie nucléaire dans ses prises de position publiques, que ce soit sur son compte Twitter ou dans ses discours. Contacté par le Monde, le chirurgien urologue n’a pas répondu à nos sollicitations.» L’article a depuis été mis à jour.

Il nous renvoie vers des tweets qui démontrent que la jeune activiste a tenu des propos contre le nucléaire. Estimant son statut de «gourou» pour la jeunesse, il considère que la position «antinucléaire» de Greta «contribue à la diabolisation» de l’énergie nucléaire.

«Personnellement contre» le nucléaire, mais renvoie vers l’avis positif du Giec

La source correspond à une interview avec la télévision publique allemande. Le 31 mars, la présentatrice Anne Will lui demande (en anglais) s’il est vrai qu’elle est en faveur de l’énergie nucléaire ? Greta Thunberg répond : «Personnellement, non. Selon moi, l’énergie nucléaire n’est pas l’avenir. Il n’est pas renouvelable. Mais selon le Giec, pas selon moi, selon le Giec, l’énergie nucléaire peut être une petite partie d’une nouvelle solution énergétique sans fossiles, dans les pays et les régions qui n’ont pas la possibilité d’utiliser 100% d’énergies renouvelables. Mais selon moi, l’énergie nucléaire est très dangereuse, coûteuse et prend beaucoup de temps. Demandez simplement aux scientifiques : si nous devions remplacer les combustibles fossiles par l’énergie nucléaire, combien de nouvelles centrales nucléaires devrions-nous construire chaque semaine dans les délais prévus par l’accord de Paris ? Et combien d’argent cela coûterait-il ? Combien de temps cela prendrait-il pour construire l’énergie nucléaire ? Et combien cela prendrait-il sur nos budgets carbone restants. Mais si nous devons parler de ces choses, nous devons parler d’efficacité énergétique et surtout de réduire notre demande énergétique. Mais nous ne pouvons pas continuer à nous concentrer sur ces petites choses, nous devons comprendre qu’il n’y a pas de solutions dans les systèmes actuels. Et nous devons avoir une vue d’ensemble et avoir une vision holistique de la crise climatique.»

La journaliste la relance : «Si l’on veut stopper les émissions de CO2, est-il alors possible d’éviter l’énergie nucléaire selon vous ?»

Greta Thunberg la renvoie alors vers l’avis scientifique: «Demandez aux scientifiques. C’est quelque chose dont je ne peux pas parler, parce que je n’ai pas cette formation scientifique. C’est une décision tellement importante qu’il nous faut des preuves scientifiques et des recommandations scientifiques sur ce que nous devrions faire, alors je ne peux pas dire que nous devrions faire…»

Un message sur Facebook modifié en mars

La question de la journaliste allemande fait suite à un message Facebook publié par Greta Thunberg, le 17 mars, et qui avait surpris les écologistes. Evoquant les nombreux débats internes sur le nucléaire, les voitures électriques, la viande, les biocarburants, l’activiste de 16 ans avait indiqué qu’il s’agissait d’une perte de temps et qu’il fallait réfléchir rapidement à des solutions contre la catastrophe climatique.

Comme on peut le voir dans l’historique des modifications du post Facebook, elle avait d’abord écrit: «Selon le Giec, l’énergie nucléaire peut représenter une petite partie d’une très grande solution énergétique sans carbone, en particulier dans les pays et les régions qui n’ont pas la possibilité d’un approvisionnement énergétique renouvelable à grande échelle – même si cela est extrêmement dangereux, coûteux et long. Mais laissons ce débat de côté jusqu’à ce que nous commencions à examiner la situation dans son ensemble.»

Trois jours plus tard, le 20 mars, elle avait modifié cette phrase en y ajoutant au début: «Personnellement, je suis contre l’énergie nucléaire, mais…» avant de poursuivre avec l’avis du Giec.

En octobre 2018, CheckNews avait déjà consacré une réponse à la position du GIEC à propos de l’énergie nucléaire. Nous notions que «dans la plupart des simulations analysées par le Giec permettant de rester sous la barre des 1,5°C, la part du nucléaire augmente».

En résumé : Greta Thunberg s’est exprimée en mars à propos du nucléaire en indiquant qu’elle était «personnellement» opposée à cette forme d’énergie, qu’elle considérait comme «très dangereuse» et «coûteuse». Dans le même temps, elle rappelait l’avis des experts du Giec, pour qui l’énergie nucléaire pouvait être utilisée dans les pays ou les régions où l’approvisionnement en énergie renouvelable à grande échelle est difficile.

Jacques Pezet

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