Quatre mois après l’entrée en vigueur du Brexit, déjà des difficultés économiques – Europe 1

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Le Parlement européen vote ce mardi sur l’accord commercial post-Brexit entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, qui sera cette fois définitif. Seulement quatre mois après son entrée en vigueur provisoire le 1 janvier dernier, et malgré le contexte de crise sanitaire, de premiers enseignements peuvent déjà être tirés. Et il se trouve que le Brexit a des conséquences négatives sur l’économie britannique puisqu’il se traduit, entre autres, par de lourdes charges administratives pour les entreprises et des coûts plus élevés pour commercer avec l’UE. De quoi décourager les petites sociétés, qui ne s’y retrouvent plus. 

Des échanges rendus plus compliqués

Les nouvelles règles sont en effet particulièrement strictes pour le secteur de l’agroalimentaire, touché de plein fouet. Les ventes de lait et de crème vers l’Europe ont par exemple baissé de 96%, et celles de bœuf et de poulet de 80%. Tous secteurs confondus, 50% des exportateurs seraient même en difficulté depuis janvier et les petites entreprises seraient celles qui en souffrent le plus.

A l’image de Willa, qui dirige une petite société de porcelaine fine, et qui a vu ses ventes s’effondrer depuis le début de l’année. En cause : les coûts de livraison qui ont doublé et des obstacles administratifs. “Envoyer un colis vers un pays européen, ça me prend une heure maintenant, alors qu’avant ça ne me prenait pas plus de 10 à 12 minutes. Et mes commandes n’arrivent pas tout le temps. J’ai des colis envoyés début janvier qui n’ont toujours pas quitté le pays. On dirait que les transporteurs les ignorent et c’est impossible de gagner de l’argent dans ces conditions. Je voudrais garder certains de mes bons clients mais les choses vont devoir changer pour rendre tout ça viable. Quoi que l’on pense du Brexit, c’est une urgence”, témoigne Willa.

Une réduction de 1,4% du PIB

Pour Christian Saint Etienne, économiste et professeur au Conservatoire national des arts et métiers, Londres espérait en effet pouvoir continuer d’œuvrer sans difficulté dans l’Union européenne… à tort. Le pays est tenue pour l’instant en lisière. “Ça envoie un signal très clair aux Britanniques”, souligne-t-il. “La stratégie fondamentale que souhaitait suivre Boris Johnson, c’était de transformer la place de Londres en un Hong Kong de l’Europe, à savoir une zone financière qui serait quoi qu’il arrive toujours moins taxée et toujours moins réglementée que le reste de l’Europe pour attirer les transactions.” Mais cette stratégie “est bloquée tant que l’Union ne donne pas son accord sur la libre circulation des services des financiers britanniques”, constate le spécialiste.

Et selon lui, beaucoup de points ne sont pas encore résolus dans ce divorce entre l’Union européenne et le Royaume-Uni. Parmi les autres aspects cruciaux qui vont par exemple être soulevés ce mardi, la question de la frontière terrestre en Irlande du Nord et celle de la pêche, les deux gros points qui ont longtemps retardé les négociations. “Ce sont des sujets clés, tout comme la question des échanges de biens et des services, qui ont été laissés à l’écart”, explique-t-il. 

Quant à l’économie globale, l’épidémie de coronavirus masque pour l’heure l’étendue de l’impact du Brexit. Selon les premières estimations officielles, il a déjà réduit le PIB de 1,4%. Loin, donc, de la catastrophe annoncée par certains au moment du référendum. Mais plusieurs experts s’accordent à dire que sur le long terme, le Brexit pourrait être plus dommageable pour l’économie que la crise sanitaire.

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