« Projet Pegasus » : comment la société israélienne NSO Group a révolutionné l’espionnage – Le Monde

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Publié aujourd’hui à 05h59, mis à jour à 06h08

Vu de l’extérieur, le téléphone semble parfaitement normal. Les notifications éclairent l’écran, tandis que les échanges s’empilent dans les applications de messagerie. Les appels sont parfaitement audibles, la navigation sur Internet est fluide et l’appareil photo fonctionne. Rien ne permet de deviner qu’un logiciel espion ultrasophistiqué est en train, subrepticement, de s’introduire dans le téléphone pour en prendre le contrôle. Cette discrétion est le principal avantage d’une arme numérique d’un nouveau genre, un logiciel espion nommé Pegasus.

Le consortium de journalistes Forbidden Stories et Amnesty International ont pu consulter plus de 50 000 numéros de téléphone sélectionnés comme des cibles potentielles de ce programme malveillant, pour le compte de plusieurs Etats, et l’ont partagé à seize médias, dont Le Monde. Parmi ces cibles, ce ne sont pas les membres de groupes terroristes ou d’organisations criminelles qui dominent, mais des avocats, des journalistes, des activistes, sans compter des chefs d’Etat, des diplomates et des hauts responsables de services de renseignement, issus de cinquante pays.

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Une fois inséré dans un smartphone, que ce soit un iPhone ou un Android, Pegasus ne permet pas seulement d’écouter les appels passés et reçus par les téléphones qu’il infecte. A l’époque des messageries chiffrées, les écoutes téléphoniques n’offrent qu’un intérêt relatif. Le logiciel va beaucoup plus loin, en permettant d’absorber tout le contenu d’un téléphone : photos, courriels, contacts, SMS, et même les messages échangés par le biais d’applications sécurisées telles que Signal ou WhatsApp. Il dispose par ailleurs de quelques fonctionnalités à la James Bond, comme la possibilité d’activer, à distance, le micro du téléphone.

Contrairement à la plupart des outils de cybersurveillance, Pegasus n’a été conçu ni par un pirate informatique isolé ni par des agents d’un service d’espionnage russe, américain ou chinois. Il s’agit du produit-phare d’une entreprise privée, NSO Group, que cette dernière a déjà vendu à une quarantaine d’Etats dans le monde. Cette société israélienne – l’enquête menée par Le Monde et Forbidden Stories démontre qu’elle a mis entre les mains d’Etats peu scrupuleux un outil corrosif pour les droits de l’homme –, s’est imposée en quelques années comme la figure de proue de la très secrète industrie de la surveillance numérique.

Hackeurs d’élite

NSO, c’est avant tout l’histoire de « N », de « S », et de « O », pour Niv Carmi, Shalev Hulio et Omri Lavie, ses trois cofondateurs. Lorsqu’ils créent l’entreprise, en 2009, ils sont bien loin de la surveillance numérique. Leur start-up développe une technologie capable de reconnaître des objets dans une vidéo et de proposer au spectateur un lien pour les acheter.

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