Producteur tabassé : les policiers nient toute insulte raciste – Le Parisien

Spread the love

Rarement une enquête sur des violences policières aura connu une telle célérité. Une semaine après l’interpellation musclée à Paris d’un producteur de 41 ans, dont les images diffusées par le média Loopsider ont choqué la France, quatre policiers étaient toujours entendus ce samedi dans les locaux de la délégation parisienne de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Débutées vendredi après-midi, les gardes à vue de ces quatre fonctionnaires, âgés de 23 à 44 ans, ont été prolongées de 24 heures. Les investigations ont été ouvertes pour « violences par personnes dépositaires de l’autorité publique, en réunion, avec arme et à caractère raciste » et « faux en écriture publique », des faits passibles de la cour d’assises.

D’après nos informations, Philippe T., Aurélien L. et Pierre P., trois policiers de la brigade territoriale de contact du XVIIe arrondissement, ont nié devant les enquêteurs avoir prononcé des propos racistes à l’encontre de Michel Zecler, la victime. Ce dernier avait indiqué avoir entendu les fonctionnaires l’avoir insulté de « sale nègre » en même temps qu’ils le frappaient. Pour l’heure, c’est parole contre parole : la vidéo de l’arrestation de Michel Zecler dans son studio, captée par les caméras de surveillance et exploitée par l’IGPN, est dépourvue de son. En garde à vue, le plus gradé des trois policiers, le brigadier T., a affirmé qu’une telle injure raciste ne faisait pas « partie de son vocabulaire » et qu’il aurait rédigé un rapport s’il avait entendu ses collègues la proférer.

VIDEO. Producteur frappé par des policiers : « J’ai eu la chance d’avoir des vidéos »

Aucune volonté de tabasser gratuitement

Concernant les conditions de l’arrestation, l’un des suspects a admis qu’ils n’avaient pas agi comme la doctrine policière l’impose. Néanmoins tous maintiennent qu’ils n’avaient aucune volonté de tabasser gratuitement Michel Zecler et que leur opération s’inscrivait dans un cadre légitime. D’après leurs témoignages, le 21 novembre au soir, ils voulaient simplement contrôler le producteur d’abord car celui-ci marchait dans la rue sans masque anti-Covid 19. Ils disent ensuite avoir pris la décision de l’interpeller après avoir senti, selon eux, une très forte odeur de cannabis émerger de sa sacoche.

« Les policiers disent que leur seul objectif, c’était de le faire sortir de son local pour l’interpeller car ils pensaient que c’était à cause des stupéfiants qu’il voulait se soustraire au contrôle », explique une source proche de l’affaire. Un sachet transparent contenant un petit morceau pouvant être de la résine de cannabis a bien été retrouvé dans la sacoche en cuir noire saisie dans le studio le lendemain par les enquêteurs. Mais en l’état, il n’est pas possible de conclure que cette quantité était suffisante à générer une odeur suspecte. Et aucune poursuite judiciaire n’a été engagée contre Michel Zecler, la plainte des policiers ayant été classée sans suite.

Version contredite par la vidéo

Selon les policiers, ils ont porté des coups à Michel Zecler car celui-ci refusait de se laisser entraîner en dehors du local en utilisant sa puissance physique. L’un a souligné que la victime a été instructeur de Krav-Maga – un art martial israélien… Lors de la rédaction de leur procès-verbal d’interpellation, les fonctionnaires avaient prétendu que Michel Zecler les avait entraînés par la force dans le sas, qu’il leur avait également porté des coups tout en essayant d’empoigner l’une de leur arme à feu. Mais les images de la vidéo du studio contredisent cette version. Même l’enquêtrice chargée d’analyser les images l’a conclu dans son rapport : « Constatons que les effectifs ont pénétré dans le sas après l’entrée de monsieur Zecler. […] La vidéo montre que les fonctionnaires ont tenté de maîtriser l’intéressé tout au long des faits sans succès et que M Zecler a reçu plusieurs coups de la part des policiers. Constatons également que m. Zecler ne se laisse en aucun cas maîtriser mais qu’il ne porte aucun coup aux fonctionnaires de police. »

Les enquêteurs de l’IGPN s’intéressent également à la deuxième partie de l’interpellation du producteur de 41 ans lorsque des renforts policiers sont arrivés. Les vidéos tournées par les riverains montrent alors une scène digne d’une opération contre le grand banditisme ou le terrorisme. D’après l’un des policiers de la BTC 17 en garde à vue, il a demandé à la radio des renforts après avoir pris panique face à l’irruption de neuf jeunes, qui se trouvaient dans le sous-sol du studio, appelés à l’aide par Michel Zecler C’est ainsi qu’un quatrième policier, Hugues R., affecté au commissariat du VIIe arrondissement, va jeter une grenade lacrymogène dans le local et accentuer la confusion.

VIDEO. Paris : Michel, frappé par des policiers sous l’oeil d’une caméra

« Un contexte extrêmement tendu »

Egalement placé en garde à vue pour ce lancer litigieux, ce gardien de la paix a affirmé avoir reçu de mauvaises informations sur l’intervention, l’appel sur les ondes mentionnant la présence « d’un ou plusieurs individus en fuite retranchés ». « Son action s’inscrit dans un contexte extrêmement tendu avec beaucoup d’intervenants, assure son avocat Me Bruno Beneix-Christophe. Très clairement, lorsqu’il arrive, il ne sait pas qu’il s’agit d’une intervention pour un simple masque non porté. Il n’a pas été en contact avec le producteur. Il coopère avec les enquêteurs et ne cherche pas à se soustraire à ses responsabilités. »

Les gardes à vue des quatre policiers peuvent durer jusqu’à ce dimanche avant une éventuelle présentation à un juge d’instruction. Une confrontation avec la victime est envisagée.

Leave a Reply