Procès du 13 Novembre : au Petit Cambodge, «la seule chose qu’on pouvait entendre, c’était les portables des victimes» – Libération

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A la barre

Attentats du 13 Novembre 2015, le procèsdossier

Au septième jour d’audience, un enquêteur de la brigade criminelle a témoigné devant la cour d’assises spécialement composée de son arrivée sur les terrasses du Petit Cambodge et du Carillon, replongeant avec émotion dans le souvenir de la «sidération» et de l’horreur.

Les sirènes se sont tues, la musique ne s’emballe plus. Quand le groupe opérationnel de la brigade criminelle arrive ce 13 novembre 2015, aux alentours de 23 heures, à l’angle de la rue Alibert et de la rue Bichat, Paris est assiégé par le silence. «Pas un seul bruit», se souvient un enquêteur. Il témoigne ce jeudi au septième jour du procès des attentats. Une fois les blessés pris en charge et les lieux évacués, son équipe est dépêchée pour établir les constatations au Petit Cambodge et au Carillon, c’est-à-dire pour rechercher tout indice susceptible de faire avancer l’enquête.

«La seule chose qu’on pouvait entendre, c’était les portables des victimes», reprend-il, sans chercher à cacher son émotion. Le groupe est «expérimenté», familier des scènes de crimes, assure-t-il. Mais face à ces «enchevêtrements de corps», ces «taches de sang» et «compresses», vestiges des premiers secours effectués sur place, un seul sentiment : «La sidération.» Il a d’abord fallu «prendre quelques instants humains». Avant de se mettre à la tâche. «A ce moment-là, le côté humain, on le met au fond de soi et on devient professionnel.»

«Nous avons relevé les draps sanitaires des pompiers»

Sur cette scène de crime, dont un schéma précis s’affiche sur les écrans plats de la salle d’audience, treize personnes sont mortes. Leurs corps sont représentés à l’endroit où ils ont été retrouvés, le plus souvent les uns sur les autres. Le témoin se replonge dans ses souvenirs. «La majorité présentait des traces de réanimation, avaient été intubés. Nous avons relevé les draps sanitaires des pompiers.»

Pour lui, le plus dur commence. Il faut identifier les victimes. L’enquêteur se confond alors en excuses : «Il a été difficile de faire une identification très correcte et très juste, explique-t-il. Nous avons eu un gros souci sur place.» Dans la panique, les gens ont couru, sont parfois «tombés sur les effets personnels de quelqu’un d’autre». Comme cette jeune femme, retrouvée sans papier d’identité sur elle, mais proche d’un sac à main qui en contenait. «J’ai donné le nom d’Aurélie B. au corps correspondant au cavalier [petit marqueur de couleur jaune, ndlr] C. Le lendemain, [une famille] n’arrivait pas à localiser [sa] fille. Je leur ai montré la photo de la victime que je croyais être Aurélie B. : c’était leur fille», relate l’enquêteur, toujours saisi d’effroi.

«121 cartouches de kalachnikov ont été tirées en deux minutes et trente secondes»

Le témoin s’appuie aussi sur des photographies. Les corps des victimes ont disparu. Restent des taches de sang, des tables renversées, des impacts de balle. «121 cartouches de kalachnikov ont été tirées en deux minutes et trente secondes», affirme-t-il. Une vingtaine de policiers ont œuvré toute la nuit sur la scène de crime. Lui a été le dernier à partir. Il était 8 heures et demie du matin.

Pendant le temps consacré aux questions, Me Jean Reinhart, avocat de la partie civile, lui demande de qualifier la violence dont il a été témoin cette nuit-là. Après une courte hésitation, il répond : «Je ne vais pas vous donner de mot, il ne m’appartient pas de qualifier ces choses. Mais 36 orifices sur une victime, 22 sur une autre, 14 sur une troisième, je vous laisse les qualifier par vous-même.»

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