Procès des attentats du 13-Novembre : un “rendez-vous avec un garçon” à La Belle Equipe devenu un face-à-face – franceinfo

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Ce 13 novembre 2015, la soirée était douce dans la capitale. A La Belle Equipe, on fêtait deux anniversaires, mais Juliette n’était pas là pour souffler des bougies. “J’avais un rendez-vous avec un garçon”, a raconté la jeune femme, vendredi 1er octobre, devant la cour d’assises, au procès des attentats du 13-Novembre.

Ce fut le premier et le dernier rendez-vous des deux jeunes gens. Juliette, le visage rond et 23 ans à l’époque, ne connaissait ni ce bar ni même le quartier, dans le 11e arrondissement. Elle venait y boire un verre avec Cédric, un jeune homme rencontré quelques jours plus tôt sur un site de rencontre. Elle se souvient avoir insisté pour être placée en terrasse, parce qu’elle aimait fumer. Les deux jeunes gens viennent de commander quand Juliette se rappelle avoir été surprise “par des tirs de pétards”.

Ce sont des tirs d’armes automatiques. “Mon bras a été touché par une balle, il a valsé”, raconte-t-elle. “Sans comprendre ce qui se passait, j’ai voulu qu’on se cache, j’ai attrapé Cédric par la main. Je n’ai jamais donné une poignée de main aussi forte à quelqu’un que je ne connaissais pas.”

Les balles fusent. Le jeune homme qu’elle ne connaissait pas vraiment tente de la protéger en faisant bouclier de son corps. “Il se fait fusiller à mes côtés”, dit-elle, en larmes. Un claquement de portière, une voiture qui redémarre, les assaillants filent.

“J’ai posé ma main délicatement sur le torse de Cédric. Je n’avais pas envie d’aggraver ses blessures. Je lui ai demandé à trois reprises : ‘Est-ce que tu es mort ?’. Il ne m’a jamais répondu. Je pense que si je n’ai pas réussi à lui demander s’il était en vie, c’est parce que je savais qu’il était déjà décédé”, dit la jeune femme, dans une salle d’audience muette et bouleversée.

Comme d’autres témoins, Juliette évoquera “la fin de l’insouciance”. “J’espère qu’un jour, je retrouverai la Juliette de 23 ans, qui était sur cette terrasse, insouciante et légère”, dit-elle le visage rougi, la voix brisée. Il y a aussi “la culpabilité” des survivants qui rongent la mémoire de plusieurs rescapés venus témoigner.

“Rien ni personne ne pourra me faire oublier ce que j’ai vécu”, poursuit Juliette, dont le visage a gardé des traces d’enfance. “Chaque jour, je m’efforce de vivre par respect pour ceux qui ne se sont pas relevés.”

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