Procès des attentats du 13-Novembre : l’ancien chef de la BRI explique les deux heures écoulées entre l’arrivée au Bataclan et l’assaut – Le Monde

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Christophe Molmy, ancien chef de la BRI, lors du procès du 13-Novembre, à Paris, le 22 septembre 2021.

C’est un bémol au récit héroïque, un caillou dans la chaussure dont Christophe Molmy essaie de se débarrasser depuis six ans. Mercredi 22 septembre, pour l’ancien chef de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI), il ne s’agissait pas seulement de raconter l’assaut mené par ses hommes au Bataclan ; il s’agissait aussi de le défendre face aux critiques pointant les deux heures entre l’arrivée sur place de son unité (22 h 20) et l’assaut (0 h 18) : « J’ai entendu des choses indignes, quand on sait les risques pris par les camarades. J’ai parfois l’impression qu’on a passé deux heures à piétiner… »

Pourquoi a-t-il fallu une heure pour atteindre (à 23 h 15) la porte derrière laquelle, à l’étage, les terroristes s’étaient retranchés avec des otages ? Puis encore une heure pour lancer l’assaut ? Christophe Molmy prend le temps d’expliquer la complexité des lieux, l’évacuation impérative et chronophage du rez-de-chaussée et l’absence d’information : « A aucun moment on ne nous avertit qu’il y a deux terroristes en haut. » L’information était pourtant connue d’autres policiers arrivés sur place un peu plus tôt. « C’est tout à fait possible qu’une info soit passée au travers. »

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Il raconte ensuite les négociations avec les terroristes – cinq coups de téléphone entre 23 h 15 et 0 h 05 –, la concertation avec les autorités, la constitution de la colonne, la définition de la stratégie. « Tout ça se prépare. Si les blessés ont eu le sentiment d’être abandonnés pendant une heure ou deux, je les comprends, je m’excuse auprès d’eux. Mais il ne fallait pas se précipiter. Deux heures pour mener une opération si complexe, c’est extrêmement court. Je trouve, rétrospectivement, qu’on est allé assez vite. »

« Je ne cherche pas à identifier les dysfonctionnements, je le dis très clairement, le rassure le président de la cour, Jean-Louis Périès, soucieux d’éviter la polémique. C’était une situation de chaos totalement inédite. Ce n’est pas de moi que vont venir les critiques sur les dysfonctionnements éventuels, et je ne suis pas sûr que ce soit l’objet de ce procès. »

« Est-ce qu’on ne perd pas du temps à négocier ? »

Ça l’est pour certains avocats de parties civiles qui jouent alors les équilibristes face à Christophe Molmy, le remerciant au nom de leurs clients rescapés du Bataclan, tout en lui reprochant, bien conscients de marcher sur des œufs, le temps de l’intervention : « Tout le monde reconnaît votre courage et celui de votre équipe, mais… » « Mon rôle n’est pas de donner corps à une polémique quelconque, mais… » « Ma question n’est en aucune façon une critique, mais… »

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