Procès des attentats du 13-Novembre : “J’ai le sentiment d’être en face de quelque chose de vertigineux”, témo – franceinfo

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“J’ai le sentiment d’être en face de quelque chose de vertigineux“, a témoigné mardi 7 septembre sur franceinfo Me Xavier Nogueras, avocat au barreau de Paris, à la veille de l’ouverture du procès des attentats du 13 novembre 2015 appelé à durer 9 mois.

Xavier Nogueras défend Mohamed Amri, accusé, entre autres, d’association de malfaiteurs terroriste. “Pour éviter de se laisser submerger par les émotions“, l’avocat et sa consœur vont essayer de “ne pas décoller le nez du dossier“. Il espère notamment que “les réponses” attendues par les victimes puissent être apportées dans la sérénité“.

franceinfo : Comment appréhendez-vous ce procès ?

Me Xavier Nogueras : Comme l’ensemble de mes confères en défense et en partie civile, avec beaucoup d’anxiété, parce que c’est une première. J’ai le sentiment d’être en face de quelque chose de vertigineux. On a beau être préparé ou entraîné à ce type de procédure, je crois que c’est assez unique. 

On ne peut pas être totalement serein à l’arrivée d’une audience aussi historique.

Me Xavier Nogueras

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On va se retrouver quatre jours par semaine pendant neuf mois pour que tout le monde puisse avoir la parole, pour que tout le monde puisse avoir sa place. Tout le monde va pouvoir s’exprimer. Je pense que ce procès va donner lieu à des débats sereins et, je l’espère, à une décision sereine. Et surtout, j’espère qu’à l’ensemble des questions que se posent les victimes, auxquelles on pense énormément y compris de ce côté de la barre, les réponses puissent être apportées dans la sérénité.

Justement, est-ce que les victimes obtiendront leurs réponses au cours de ce procès ?

Je pense que, lorsqu’on a perdu quelqu’un, un proche, un frère, une mère, un père, dans des conditions effroyables, de toute façon, les explications qui pourront être données, ne seront pas forcément satisfaisantes. Je ne sais pas si c’est véritablement ce qu’attendent les victimes.

Pour ma part, je défends monsieur Amri avec Negar Haeri. Notre client souhaite s’exprimer. Il est combatif. Il a des choses à dire. Il va parler. 

Me Xavier Nogueras

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Mais entre ce que les gens disent et l’écho que cela peut avoir du côté des parties civiles, il y a sûrement un décalage. En tout cas, j’espère que les débats vont se dérouler de façon sereine et que chacun va pouvoir avoir sa place. On a un mois entier qui va être consacré à l’écoute des très nombreuses victimes qui ont vécu ces drames. Ensuite viendra le temps des explications, de l’écoute des différents enquêteurs, de l’étude des personnalités des différents accusés. Et puis, enfin, des faits, des charges qui sont reprochés aux différents accusés. Tout cela dans le temps. Je pense que le temps est toujours un facteur qui permet l’écoute, la compréhension.

C’est aussi un procès qui va permettre à l’opinion publique, qui aura l’occasion très largement de suivre cette procédure, de comprendre ce qui nous est arrivé, de comprendre comment est-ce que cela nous est arrivé et aussi de comprendre comment fonctionne le processus judiciaire, qui est évidemment fondamental. La justice doit passer et elle doit passer de façon sereine.

Dans quel état d’esprit est votre client à quelques heures de ce procès ? Vous avez dit qu’il avait envie de parler. Il a envie de dire quoi alors ?

Nous, on le voit évidemment quasiment tous les jours au parloir. On se prépare. On a un niveau de préparation qui est très élevé. On rentre dans des considérations qui sont extrêmement techniques. On va évidemment parler du comportement qu’on lui reproche. 

On parle de location de véhicules quelques semaines avant les faits. Lui réfute toute participation à une entreprise terroriste.

Me Xavier Nogueras

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Il est acté en procédure qu’il ne savait pas ce qui allait se passer. Sinon, effectivement, il serait considéré comme un complice et encourrait la perpétuité. Ce n’est pas ce qui lui est reproché. Il est venu en aide à des personnes. Et la question qui se pose le concernant, c’est de savoir s’il avait conscience de la radicalisation des gens à qui il est venu en aide. Donc, il est combatif là-dessus. Il veut, dans les moindres détails, expliquer qu’il ne pouvait pas savoir ce qui allait se passer.

Défendre un client comme le vôtre, n’est-ce pas trop difficile dans ce contexte, alors que le monde entier va regarder ce procès ?

Oui, on a conscience que le monde va regarder cette procédure, va être attentif à ce qui se passe. Cela suscite évidemment beaucoup d’angoisse et de craintes chez nous. La meilleure manière, en réalité, de réussir à surmonter tout ça et à ne pas se laisser submerger par les émotions, c’est encore une fois de travailler, de mettre le nez dans le dossier et d’éplucher ligne après ligne, procès-verbal après procès-verbal, les différentes investigations pour comprendre, pour analyser et éventuellement critiquer le travail des enquêteurs.

Pour éviter de se laisser submerger et de réfléchir à la question de la difficulté d’être avocat dans une procédure aussi grande et aussi importante, c’est encore une fois de travailler et de ne pas décoller le nez du dossier pour être prêt à pouvoir répondre à chacune des questions qui vont être posées à la fois par l’accusation, mais aussi par les victimes. Et pouvoir s’exprimer pour donner une véritable image de ce que l’on est, de ce que l’on a été et de réussir à convaincre de l’absence de participation à toute entreprise terroriste, en tout cas en ce qui nous concerne.

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