Procès des attentats de janvier 2015 : les effroyables images du carnage – Le Parisien

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La mort est entrée dans la salle d’audience. Avec sa violence et sa crudité. Avec la terreur et la souffrance qu’elle engendre. Ce lundi matin, la cour d’assises spécialement composée qui juge les attentats de janvier 2015 a visionné les images prises par la police dans les locaux de « Charlie Hebdo » après la fusillade du 7 janvier. Une scène de crime effroyable que la salle observe dans un silence glaçant.

Avant de diffuser la première image, Christian Deau, l’ancien patron de la section antiterroriste de la brigade criminelle, avait prévenu : « Les victimes sont très clairement visibles. » Sur les bancs des parties civiles, plusieurs personnes se lèvent et s’éclipsent. Après trois premiers jours consacrés à la personnalité des accusés, le procès est entré dans l’examen des faits. Avec fracas.

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La progression dans les bureaux à mesure que les clichés défilent en mode panoramique est une plongée dans l’abîme. Dans l’entrée, on aperçoit les traces de sang consécutives aux blessures de Simon Fieschi, le webmaster de l’hebdomadaire, très gravement touché aux jambes. Quelques secondes plus tôt, il discutait tranquillement avec un de ses collègues, comme en attestent les images de la caméra de vidéosurveillance, diffusées elles aussi ce matin.

Sur le film, on distingue très clairement deux hommes massifs, cagoulés et armés pénétrer dans les bureaux en tenant en joue la dessinatrice Coco. Les frères Kouachi ont déjà abattu Frédéric Boisseau quelques instants plus tôt. Mais cette fois, ils sont venus « venger le Prophète Mohamed », comme ils le répéteront à plusieurs reprises, en décimant la rédaction de Charlie Hebdo. La fumée des tirs de kalachnikov brouille l’image. Saïd Kouachi fait le guet.

Des photos insoutenables, un silence absolu

La tuerie n’a pas été filmée, faute de caméra dans la pièce. Mais les photos sont là pour témoigner du carnage. Le premier corps est celui de Mustapha Ourad, le correcteur du journal, allongé au sol avec une longue traînée de sang au niveau de la tête. « On recense quatre passages de projectiles, dont 3 d’arrière en avant », décrit de manière clinique le commissaire Deau lors de son exposé d’une louable sobriété. La dépouille de Franck Brinsolaro, le policier chargé d’assurer la sécurité de Charb, apparaît ensuite, dans une salle où sont entassés plusieurs dossiers estampillés Charlie Hebdo. Il n’a pas eu le temps de se servir de son arme.

La vision de la salle de réunion est une vision d’horreur. Un amas de corps. Sigolène Vinson, rescapée de ce massacre, et Chloé Verlhac, l’épouse du dessinateur Tignous, sortent de la salle, vites rejointes par les bénévoles de l’association d’aide aux victimes. La salle est saisie d’effroi face à l’insoutenable. Le silence est absolu, dans le public comme dans le box. Le commissaire de la Crim’poursuit sa description de chacune des 10 victimes.

« Il y a eu une deuxième phase pour achever les victimes »

« Charb est celui qui présente le plus d’impacts : sept. La distance de tirs est inférieure à 10 cm », relate l’enquêteur qui ajoute que plusieurs ogives ont été repérées sous les corps des défunts, « ce qui correspond à des impacts d’exécutions ». Comme l’ont relaté les témoins de cette tuerie, Chérif Kouachi, le tireur et le meneur, a agi avec beaucoup de calme, en visant précisément ses cibles. « Il y a eu une deuxième phase pour achever les victimes », expose le commissaire Deau. Vingt-et-une douilles ont été récupérées dans cette salle aux murs blancs décorée de Unes de l’hebdomadaire et remplie d’étagères de journaux.

Plusieurs vidéos amateurs ont saisi la fuite des deux terroristes. On les entend revendiquer leurs crimes, on les aperçoit manipuler leurs fusils-mitrailleurs, on les voit tenir tête à l’équipage de police qui leur fait face, contraint de faire marche arrière face à leur puissance de feu. « Il y a une disproportion de moyens entre des kalachnikovs et les armes de la police nationale pour intervenir face à ce type d’assaillants », explique l’ancien patron de section antiterroriste.

La cour n’en a pas fini avec l’abjection. La vidéo de la mort du policier Ahmed Merabet est elle aussi diffusée. Avec le son cette fois. Le bruit assourdissant des tirs envahit la salle d’audience. Blessé, le gardien de la paix est allongé au sol. « T’as voulu me tuer », lui lance Chérif Kouachi. « Non c’est bon chef », réplique le policier qui lève les mains en l’air avant d’être froidement abattu. « On a vengé le prophète Mohamed », répète une fois encore le cadet des Kouachi.

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