Procès des attentats de 2015 : les accusés condamnés à des peines allant de quatre ans de prison à la perpétuité – Libération

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«Charlie vivra.» C’est avec ces mots que Richard Malka, avocat de Charlie Hebdo, avait terminé sa plaidoirie en invitant les jurés à «tenir compte de la dimension symbolique» de ce procès hors norme. Un cri qui a eu une résonance forte avant le verdict de ce procès historique. Après trois mois d’audiences intenses et chaotiques, la cour d’assises spécialement composée de Paris, présidée par Régis de Jorna, rend ce mercredi son délibéré au procès de quatorze soutiens des auteurs des attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo, l’Hyper Cacher et la policière Clarissa Jean-Philippe tuée à Montrouge. Les accusés ont été condamnés à des peines allant de quatre ans de prison à la réclusion à perpétuité, les réquisitions allaient de cinq ans de prison à la perpétuité.

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La cour d’assises spéciale de Paris a condamné Ali Riza Polat à trente ans de réclusion criminelle pour «complicité» des crimes terroristes commis par les frères Saïd et  Chérif Kouachi et Amedy Coulibaly. Les cinq magistrats, qui ont assorti cette peine d’une période de sûreté de deux tiers, n’ont pas suivi les réquisitions du parquet national antiterroriste, qui avait réclamé la perpétuité à l’encontre du principal accusé présent, présenté comme la «pièce maîtresse» des actes préparatoires. Me Isabelle Coutant-Peyre, l’avocate d’Ali Riza Polat a d’ores et déjà annoncé que son client allait faire appel. «Je regrette que les gens qui étaient dans le box et qui n’étaient pas, de mon point de vue, les coupables ou les responsables, aient été traités comme des bêtes de foire», a-t-elle déclaré à l’issue de l’annonce du verdict, dénonçant «une forme de racisme dans la justice française» et «un procès fictif».

Perpétuité pour Mohamed Belhoucine

La plus lourde peine a été prononcée contre Mohamed Belhoucine, présumé mort en Syrie et jugé en son absence. Reconnu coupable de complicité de crimes terroristes, il a été condamné en son absence à la réclusion à perpétuité avec une peine de sûreté de 22 ans. La compagne en fuite d’Amedy Coulibaly, Hayat Boumeddiene, a été déclarée coupable d’association de malfaiteurs terroriste et de financement de terrorisme. Elle a été condamnée à 30 ans de réclusion avec une peine de sûreté de deux tiers. Cette peine est conforme aux réquisitions du parquet national antiterroriste, qui avait souligné le «rôle important» dans la préparation des attentats de la jeune femme.

Nezar Pastor Alwatik, Amar Ramdani et Willy Prévost ont été reconnus coupables d’association de malfaiteurs terroriste. Ils sont condamés respectivement à 18 ans de réclusion criminelle avec peine de sûreté de deux tiers, 20 ans avec peine de sûreté de deux tiers et 13 années de réclusion. La cour a écarté la qualification terroriste pour six des onze accusés présents : Saïd Makhlouf, Mohamed-Amine Farès, Abdelaziz Abbad, Miguel Martinez, Metin Karasular et Michel Catino. Ces six accusés ont été déclarés coupables d’association de malfaiteurs tout comme Christophe Raumel, seul accusé non détenu, qui écope de la moins lourde peine de 4 ans d’emprisonnement. Saïd Makhlouf est condamné à 8 ans d’emprisonnement tout comme Mohamed-Amine Farès, Abdelaziz Abbad à 10 ans, Miguel Martinez à 5 ans, Metin Karasular à 8 ans et Michel Catino à 5 ans. Me Bouchat, l’avocat de Metin Karasular, s’est estimé «soulagé» et «satisfait» d’un jugement qui «fait vraiment la part des choses» : «Il n’y a pas de doutes. Il est certain que mon client n’avait aucune sympathie pour l’idéologie jihadiste, au contraire.» 

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«C’est la fin d’un procès qui a été douloureux»

Dans leurs plaidoiries, les avocats de la défense avaient exhorté la cour à ne pas chercher «coûte que coûte» des coupables pour pallier l’absence des frères Saïd et Chérif Kouachi et d’Amedy Coulibaly. L’accusation avait demandé de son côté des condamnations «à la hauteur de l’extrême gravité des faits»Les trois terroristes, abattus par les forces de sécurité le 9 janvier 2015 après avoir tué 17 personnes et semé la terreur en France, n’étaient «rien» sans les accusés, avaient appuyé les avocats généraux.

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Au pied des marches du tribunal, l’avocat Richard Malka refuse de commenter les peines : «Je suis avocat, je ne suis pas juge. Ce qui m’intéresse, c’est le message transmis à la société.» Cette décision, il la voit comme le symbole que personne ne peut, de près ou de loin, apporter son aide à des terroristes. «C’est la fin de quelque chose aujourd’hui. C’est la fin d’un procès qui a été douloureux, incandescent», ajoute-t-il. Avec ce verdict, «le cycle de la violence, qui s’était ouvert il y a bientôt six ans dans les locaux de Charlie Hebdo, se sera enfin refermé», a aussi estimé dans un éditorial publié mercredi Riss, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire satirique. «Au moins sur le plan pénal car, humainement, les répercussions ne s’effaceront jamais, comme les témoignages des victimes venues s’exprimer à la barre [l’ont mis] en évidence», a-t-il ajouté dans ce texte publié en amont du verdict.

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«Intime conviction»

Durant les trois mois d’audience, marqués par les témoignages puissants des survivants et des proches des victimes, la cour a tenté de reconstituer le puzzle de l’enquête ayant conduit les accusés devant les assises, essentiellement sur la base de relevés téléphoniques et de quelques traces ADN. Mais les débats n’ont pas permis de lever toutes les zones d’ombre, du circuit des armes aux commanditaires. Riss estime dans son éditorial : «Il ne faut pas rêver, dans ce procès comme dans bien d’autres, la preuve absolue n’existe pas. C’est souvent une conjonction d’indices basés sur des faits apparemment sans rapport qui permet de se figer une intime conviction».

Marlène Thomas Avec AFP , Cassandre Leray

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