Procès de Nordahl Lelandais : les derniers instants de vie d’Arthur Noyer – Le Parisien

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Parmi les témoins des derniers pas d’Arthur Noyer dans le centre-ville de Chambéry (Savoie), il y a ceux qui le connaissaient bien, comme ces trois copains du 13e bataillon de chasseurs alpins que le jeune homme avait intégré en 2014. Puis ceux qui, durant cette nuit du 11 au 12 avril 2017 où lui et ses potes militaires étaient partis festoyer dans des bars et discothèques de la ville, n’ont fait que croiser son chemin – comme ces patrons de bar ou ces fonctionnaires d’un équipage police-secours intervenus parce qu’il s’était fait voler l’un de ses téléphones portables.

Au troisième jour du procès de Nordahl Lelandais pour le meurtre du caporal, le défilé de ces témoins devant la cour d’assises de la Savoie donne une image, fugace, de la personnalité de sa victime. « Quelqu’un d’entier, qui aimait rire et profiter de chaque moment », décrit ainsi son ami Vincent, qui l’avait choisi comme parrain au BCA et qui a, depuis, quitté l’armée. « Il donnait le sourire au réveil. Sentimental avec les filles. L’un des rares avec qui je n’ai jamais parlé de sexe. Je ne l’ai jamais senti attiré par un homme », enchaînent deux autres de ses camarades. « Il était très poli, il m’a vouvoyé », relate le gérant de deux pubs que le jeune homme alpague, alors qu’il est en train de fermer ses établissements d’un : « S’il vous plaît, vous pouvez me ramener à la caserne Barby ? »

L’enjeu de ces multiples dépositions n’est cependant pas l’évocation de la mémoire d’Arthur Noyer – ses proches doivent être entendus cette fin de semaine. Mais de permettre à la cour et aux jurés de les confronter à la version des circonstances du décès d’Arthur Noyer que Nordahl Lelandais a livrée la veille.

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Dans un récit d’une dizaine de minutes entrecoupée de grands silences, l’accusé a affirmé que le jeune militaire, l’arrêtant presque à un rond-point, lui a demandé de le déposer à Saint-Baldoph – et non à la caserne. Il l’a dépeint très préoccupé, voire « énervé » par « une histoire de téléphone volé en boîte de nuit » et soucieux de « s’expliquer » avec ses agresseurs.

Puis, alors qu’il le déposait à Saint-Baldoph, Arthur Noyer aurait oublié son téléphone sur le siège passager. « Je suis descendu pour lui rendre. En lui tendant, il m’a dit : Ah en fait, c’est toi qui m’as volé mon téléphone ! Il m’a mis un coup de poing au niveau des lèvres. » Nordahl Lelandais proteste, mais Arthur Noyer l’aurait frappé à nouveau. « Il me remet un deuxième coup de poing. De là, s’engage une bagarre. Je réplique avec des coups de poing et… à un moment donné il tombe en arrière. » Raide mort, tué de façon involontaire…

Le jeune caporal était très alcoolisé

À la barre, par petites touches, les témoins du jour viennent contredire certains des éléments de ce récit. Arthur était-il accro à son téléphone ? D’un tempérament vengeur ? Avait-il l’alcool mauvais ? Connaissait-il quelqu’un à Saint-Baldoph ? Non, affirment ses amis. Savait-il se battre ? Se défendre ? demandent les avocats de Nordahl Lelandais. Oui, admettent les mêmes, « à l’armée on faisait souvent des stages de techniques de combat ». Mais le jeune homme était-il en état de se battre ou de riposter, ou bien trop ivre, et donc vulnérable ? Pourquoi, s’il n’est pas « le mec bourré » que ceux qui lui dérobent son portable décriront plus tard sur procès-verbal, le voit-on tituber sur les images de vidéosurveillance de la ville ? Et même allongé sur le sol d’un trottoir ?

Sur la question de son degré d’alcoolisation la nuit des faits, les avis divergent, les débats s’éternisent… Jusqu’à cette témoin volubile et joyeuse, Véronique B., aujourd’hui vendeuse en boulangerie, l’une des dernières personnes à avoir échangé avec Arthur Noyer, cette nuit-là. À l’époque, elle est serveuse dans un bar. Elle vient de sortir de son travail et voit deux jeunes jaillir d’une ruelle. Il est 2h35 du matin. « Je vois un troisième homme sortir de la ruelle, c’est Arthur Noyer. Il titube un peu, il est un peu perdu. Il me dit : Ils m’ont pris mon téléphone. J’ai même pas essayé de résister. »

Véronique B. raconte qu’elle décide d’appeler la police, ce qu’elle fait avec le second téléphone du caporal. Alors qu’ils attendent, lui assis sur un plot, elle aperçoit l’un des voleurs redéposer l’objet de son larcin et repartir en courant. Avec Arthur Noyer, ils discutent. « Il avait un peu de mal à parler, ce n’était pas limpide. » « Barmaid pendant douze ans », elle est formelle : il était très alcoolisé – « On le poussait, il tombait ». Elle affirme aussi qu’il n’aurait jamais pu reconnaître ses agresseurs « passés comme des éclairs ». Lorsqu’ils se quittent – entre-temps les policiers sont passés et Arthur Noyer n’a pas voulu porter plainte – les images vidéos indiquent qu’il est 2h47. « Où voulait-il aller ? A la caserne ? » l’interroge l’avocat de la famille. « Oui, confirme-t-elle, il m’avait dit qu’il rentrait au 13 (NDLR : au 13e BCA). »

Elle a oublié l’avoir rapporté, mais Me Boulloud le lui rappelle : avant qu’ils ne se quittent, sur ce bout de bitume en se disant « Fais attention », Arthur Noyer lui a fait un baisemain. « Ah oui ! s’exclame-t-elle, en riant à ce souvenir, c’était vraiment adorable, trop drôle ! »

Selon l’horodatage des vidéos décortiquées par les gendarmes, il est 2h49 quand Arthur Noyer passe près de la discothèque où il a laissé son ami Vincent – il y retourne chercher sa veste. À 2h58, sa trace se perd rue de la République. Sur l’image, dit l’acte d’accusation, « des lueurs de phare semblent perceptibles ».

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