Procès Daval : les mystérieux troubles d’Alexia au cœur des débats – Le Parisien

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C’est le mobile allégué du crime, et l’une des zones d’ombre persistantes entourant la mort d’Alexia Daval. C’est aussi l’une des rares – si ce n’est l’unique − constantes dans le discours de son mari depuis ses aveux. Au deuxième jour du procès de Jonathann Daval, jugé pour le meurtre de son épouse devant les assises de la Haute-Saône, la cour s’est longuement penchée ce mardi 17 novembre sur la réalité des « crises » de la victime.

Trois experts se sont succédé à la barre pour tenter de comprendre l’origine de ces violences verbales et physiques alléguées par l’accusé, et dont un nouvel épisode, le 27 octobre 2017, l’aurait poussé à étrangler sa femme « pour qu’elle se taise ».

Ce qui pourrait ne ressembler qu’à une stratégie de défense – l’avocat de l’accusé, Me Randall Schwerdorffer, a un temps comparé son client à Jacqueline Sauvage – n’a rien d’anecdotique au regard du dossier. Depuis l’automne 2016, soit un an avant sa mort, Alexia souffrait en effet d’un mal inconnu. Des moments durant lesquels elle avait des « sensations d’absence », des troubles du langage, une impression d’ébriété associés à un « goût métallique » dans la bouche.

«L’impression d’être bourrée»

A son médecin traitant, qui a en listé les symptômes, elle évoque aussi une « agressivité vis-à-vis du conjoint ». Ce dont elle-même ne se souvient pas, ces mystérieux épisodes, dont Jonathann est le seul témoin, étant systématiquement suivis d’une amnésie.

En mars 2017, Alexia consulte un neurologue à Dijon (Côte d’Or) à ce sujet, mais les examens ne révèlent rien d’anormal. A en croire Jonathann Daval, ces « crises » vont ensuite aller crescendo, avec une fréquence allant jusqu’à trois fois par semaine.

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Les échanges SMS des deux époux dans les jours précédant sa mort sont à ce titre assez évocateurs. Le 5 octobre 2017, Alexia écrit ainsi à Jonathann qu’elle a « l’impression d’être bourrée ». Le 11, elle dit qu’elle a « peur », « j’ai le goût bizarre dans la bouche », ajoute-t-elle. Au matin de sa mort, le 27, elle parle encore de sa « peur » et d’une sensation d’étourdissement avec des maux de ventre.

« Il y a beaucoup d’hypothèses », prévient d’emblée le professeur Antoine Tracqui, médecin légiste. Il en a exploré plusieurs, notamment celle invoquée par l’accusé : le traitement pour la fertilité d’Alexia, qu’il écarte en raison d’une « chronologie incohérente », de même qu’une possible maladie mentale ou encore un médicament pour l’asthme.

L’hypothèse de la «soumission chimique»

Une autre de ces possibilités intéresse plus particulièrement les parties civiles, qui croient à une « soumission chimique » d’Alexia par Jonathann Daval, ce qu’il nie. Trois molécules – un somnifère, un décontractant musculaire retiré du marché depuis 2013 et un antalgique opiacé, le Tramadol, qui n’est pas en vente libre – ont en effet été retrouvées dans le sang et les cheveux d’Alexia. Des médicaments qui « cassent », confirme l’expert, incompatibles selon lui avec les épisodes de violence.

« Mais on ne peut pas prendre pour acquis ces épisodes de violences, il n’y a que Jonathann Daval qui en parle ! », s’agace Me Caty Richard, avocate d’une partie de la famille d’Alexia. Elle évoque notamment ce somnifère, dont les analyses ont déterminé qu’il a été ingéré par Alexia ce 27 octobre 2017 au moment de se coucher. « Est-ce qu’on peut envisager une administration à son insu, un peu comme les sirops que les parents donnaient à l’époque à leur enfant pour avoir la paix’? » interroge-t-elle.

« En effet. Si la personne n’a pas l’habitude, elle peut être en état de somnolence, être ralentie… La définition de la soumission chimique, c’est affaiblir quelqu’un, on peut l’obtenir avec divers médicaments. Les victimes racontent être dans un état second, avec une levée d’inhibition, puis une amnésie, avec des trous noirs… » Ces mêmes « black-out » évoqués un jour par Alexia à sa sœur, qui sur le banc des parties civiles, opine du chef.

«Ce qu’il décrit ressemble plutôt à une dispute»

Appelée à son tour à se prononcer sur l’origine de ces troubles, la neurologue Louise Tyvaert penche pour sa part pour une épilepsie jusqu’ici non diagnostiquée, mais très atypique. « Il est étonnant, pour des crises trois fois par semaine, que personne ne s’en soit rendu compte, estime-t-elle. Et, puis dans 90 % des cas, les électroencéphalogrammes sont anormaux ». Ultime précision de la spécialiste : la violence contre autrui et les insultes ne font pas partie des symptômes…

Une « hypothèse hypothétique » donc, selon sa formule, « difficile à éliminer de façon catégorique », selon l’experte qui finit par avancer une possibilité bien plus prosaïque. « Je sors là de mon domaine d’expertise, sourit-elle, mais ce qu’il décrit ressemble plutôt à une dispute dans le cadre de tensions dans le couple ». De quoi nourrir l’interrogatoire de Jonathann Daval sur les faits, prévu ce mercredi.

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