Procès Daval : l’accusé confirme être le “seul impliqué” dans la mort de son épouse – franceinfo

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Il souffle un “oui” dans le micro. Il est un peu plus de 11h30, lundi 16 novembre, quand Jonathann Daval confirme qu’il est le “seul impliqué” dans la mort de son épouse Alexia. Son procès pour “meurtre par conjoint” commence tout juste devant la cour d’assises de la Haute Saône et cette première et courte réponse donne le ton. Après ses nombreux mensonges et revirements pendant l’enquête, l’accusé de 36 ans est invité par le président, Matthieu Husson, à donner sa position sur les faits qui lui sont reprochés. “Oui”, c’est bien lui qui a tué sa femme cette nuit du 27 au 28 octobre 2017 dans leur pavillon de Gray, avant de transporter son corps dans le bois d’Esmoulins et d’y mettre le feu.

Les jurés qui ont pris place de part et d’autre des trois magistrats professionnels connaissent probablement le visage de cet homme de petite taille, debout dans le box. Autorisé à retirer son masque pour parler, il n’a pas tellement changé depuis trois ans. Vêtu d’une marinière bleue et rouge, il a gardé sa houppette et le même air juvénile, malgré des traits tirés et amaigris. Quand il se rassoit, il disparaît presque derrière la paroi vitrée, au milieu des quatre gendarmes qui l’encadrent. 

Ce visage, la France entière l’a découvert peu de temps après la disparition d’Alexia Daval. Jonathann, dont le prénom ne compte en réalité qu’un seul “n” à l’état civil, a monté un scénario pour faire croire que sa femme avait fait une mauvaise rencontre en allant courir. Jusqu’à ses premiers aveux, trois mois plus tard, il a offert le même masque éploré aux caméras qui filmaient marches blanches, conférences de presse et obsèques. Ce mensonge originel pèse lourd dans la salle d’audience aux murs boisés, où le serment des jurés de se “rappeler que l’accusé est présumé innocent et que le doute doit lui profiter” est gravé en toutes lettres sur le mur du fond.  

En préambule, le président prend soin de le rappeler : “Le décès d’une personne dans le contexte de l’intimité du couple est quelque chose d’absolument tragique mais ce n’est pas quelque chose de rare à l’échelle d’une cour d’assises.”

Vous ne devrez pas être jugé différemment parce que cette affaire a connu un retentissement médiatique inhabituel.

Le président de la cour d’assises à Jonathann Daval

“Lorsque nous débattrons, oubliez tout cela, concentrez-vous sur la cour et les jurés, ce sont eux qui vous jugeront, ce ne sont pas les personnes dans la salle”, insiste Matthieu Husson en s’adressant à l’accusé. 

De fait, la cour d’assises entre rapidement dans le vif du sujet. Après la lecture du dossier, elle entend le responsable de l’enquête et plusieurs gendarmes qui ont recueilli les premières déclarations de Jonathann Daval. En uniforme à la barre, ils reconnaissent les uns après les autres que l’hypothèse du mari a très rapidement été envisagée. Lorsqu’il vient signaler la disparition de son épouse, Jonathann Daval s’épanche sur ses difficultés de couple. Il parle de ses problèmes d’érection, du traitement hormonal pris par Alexia pour avoir un enfant, des crises de violence et des pertes de mémoire qu’il provoque, selon lui. “Elle délirait, allant même jusqu’à dire que c’est moi qui la droguait”, glisse-t-il, soulignant qu’elle était redevenue violente “depuis quelques jours”. Pour preuve, il montre les traces d’une morsure et d’une griffure, dont les photos sont projetées sur grand écran. 

Il monte dans la voiture des gendarmes pour refaire le parcours supposé d’Alexia. “Il promène les enquêteurs, non ?”, attaque Me Caty Richard pour la partie civile. “Oui, ça y ressemble, admet l’un d’entre eux. Comme il ne cache rien, il n’y a pas de raison de soupçonner quelque chose”, justifie-t-il. Pour autant, de nombreux éléments vont venir fragiliser le scénario. Certains figurent parmi les scellés exposés au milieu de la salle : ce drap qui recouvrait la victime, dont la broderie trahit l’origine familiale, cette bombe aérosol qui a servi à mettre le feu, retrouvée chez le couple et dont le bouchon figurait près du corps. 

Surtout, l’analyse de la scène de crime ne présente pas “les caractéristiques d’un inconnu ayant pu approcher Alexia de façon aléatoire”. “L’auteur des faits n’est pas expérimenté, n’a pas le profil d’un prédateur sexuel, il connaît la victime et le passage à l’acte meurtrier s’est produit dans un contexte de conflit”, conclut un rapport d’enquête fin décembre 2017. Il faudra attendre un mois avant le placement en garde à vue de Jonathann Daval. “On avait les éléments mais pas tous. On a eu des retours assez tardifs des nombreuses expertises”, argue le responsable de l’enquête. 

Pour les parties civiles, ce délai de trois mois a peut-être permis à Jonathann Daval de faire disparaître des indices. Si la thèse de l’empoisonnement, et donc de la préméditation, a été écartée au terme de l’instruction, les avocats de la famille de la victime avancent leurs pions à ce sujet, qu’ils ne veulent pas voir éloigné des débats. Des traces de Tramadol, de Tetrazepam et de Zolpidem, un antidouleur, un décontractant musculaire et un somnifère, ont été retrouvés dans les analyses pratiquées sur Alexia. Comme l’indique Me Caty Richard, la jeune femme avait fait des recherches Google sur les inoffensives baies de Goji et leurs effets secondaires sur la santé le jour de sa mort. 

“Est-ce qu’une femme qui va passer une heure à se renseigner sur les baies de Goji est compatible avec quelqu’un qui va prendre un traitement très lourd comme le Tramadol?”

Me Caty Richard, avocate des parties civiles

devant la cour d’assises

Son confrère, Me Gilles-Jean Portejoie, soulève une autre question qui, selon lui, a été trop rapidement évacuée : la présence de sperme de Jonathann Daval dans le vagin, dans la culotte et sur le short d’Alexia. L’avocat n’y va pas par quatre chemins : “Je pense qu’il y a eu une relation sexuelle après la mort d’Alexia.” Sur les bancs d’en face, Me Randall Schwerdorffer bondit : “C’est tout nouveau mais pourquoi pas, on peut tout oser.” Pour la défense, le retard pris dans la mise en cause de Jonathann Daval a surtout permis à l’intéressé de s’enferrer dans ses mensonges. Et de dégrader son image. “Le Petit Poucet Daval va laisser autant de traces et vous ne l’interpellez pas”, tâcle-t-il.

La défense fait mouche en pointant que son client a utilisé son véhicule utilitaire pour transporter le corps d’Alexia Daval, alors qu’il le savait équipé d’un tracker GPS. Un élément qui met du temps à être exploité par les enquêteurs. L’ancien employeur de Jonathann Daval confirme à la barre l’avoir informé de la présence de ce mouchard. Il l’avait posé après que son technicien de maintenance informatique, embauché en 2006, eut séché plusieurs rendez-vous avec des clients en 2016. Pour justifier ses absences, l’employé jusque-là modèle avait assuré qu’il se rendait chez sa mère car “une machine pour respirer est installée là-bas”. Jonathann Daval souffre d’asthme depuis l’enfance. 

“Je n’ai su qu’après l’affaire qu’il n’y avait pas de machine”, lâche le témoin. “Pourquoi avoir menti ?”, s’interroge l’avocat général, Emmanuel Dupic, rappelant qu’une “cour d’assises juge des faits mais aussi une personnalité”. “Vous avez raison, elle est importante la personnalité de Jonathann Daval”, reprend Me Randall Schwerdorffer, suggérant sans le dire ce qu’a révélé le dossier : Alexia Daval reprochait à son mari d’aller trop souvent chez sa mère, où il se rendait en cachette. Dans ses SMS, dévoilés à l’audience, elle lui fait des reproches sur son comportement, leur vie intime, ses problèmes d’érection, de ne pas avoir des rapports sexuels aboutis, elle lui demande de prendre plus d’assurance et de responsabilités”, énumère l’enquêteur. Des “propos très durs”, souligne Me Ornella Spatafora, une autre avocate de l’accusé.

Une ligne de défense redoutée par la mère de la victime. “C’est le procès de Jonathann Daval, pas celui d’Alexia”, avait lancé Isabelle Fouillot en arrivant au tribunal. S’il n’était pas permis d’en douter, les photos du corps carbonisé et disloqué d’Alexia, projetées en fin de journée, achèvent de dissiper l’éventuelle confusion. L’accusé disparaît tout à fait dans le box, la tête plongée dans les mains. Sa mère, qui a décrit un peu plus tôt son petit dernier comme “un enfant calme, timide et réservé”, l’a encouragé à “dire la vérité”. L’interrogatoire aura lieu mercredi. 

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