Prise d’otages au Havre : le récit de six longues heures d’angoisse – Le Parisien

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« J’étais chez moi et des amis m’ont appelé pour me dire qu’il se passait quelque chose dans la rue de mon restaurant. » Aydin, gérant du restaurant kebab le Pacha au Havre (Seine-Maritime), a découvert avec le lourd dispositif policier déployé boulevard de Strasbourg l’attaque qui se déroulait dans la banque située au numéro 122. « Les policiers n’ont rien voulu nous dire, pour ne pas nous faire paniquer, je pense. Toute la rue est bouclée, donc on a fait sortir les clients par la rue de derrière. »

Jeudi, un homme de 34 ans a pris d’assaut une agence bancaire Bred du centre-ville du Havre (Seine-Maritime) armé d’un revolver. Après six heures de prise d’otages, le suspect s’est rendu vers 22h45. Il a été interpellé et placé en garde à vue à la police judiciaire. Les enquêteurs vont tenter de percer les revendications et motivations de ce trentenaire, identifié comme Medhi D. Un suspect au profil lourd puisqu’il est à la fois connu de la justice pour des faits similaires, pour des antécédents psychiatriques et pour des suspicions de radicalisation islamiste. Tous les six otages, relâchés au fil de la soirée, sont sains et saufs.

Les policiers n’ont pu pénétrer dans l’agence qu’après la reddition du preneur d’otages./AFP
Les policiers n’ont pu pénétrer dans l’agence qu’après la reddition du preneur d’otages./AFP  

La prise d’otages a débuté peu après 16h45. Medhi D. fait irruption à pied dans l’agence Bred-Banque populaire, située à une centaine de mètres de l’hôtel de Ville. Elle est encore ouverte à cette heure-ci mais il n’y a guère de monde. L’homme intime l’ordre aux six personnes présentes de ne pas faire un geste. Puis il fait fermer l’agence. Aucun coup de feu n’est tiré et aucun employé ou client n’est maltraité physiquement. Très vite, les policiers d’élite du Raid national font le trajet de leur siège de Bièvres (Essonne) jusqu’à la banque. Avant même leur arrivée, un premier otage – un homme – parvient à s’échapper. Une liaison téléphonique est mise en place entre le forcené et le négociateur du Raid.

Le suspect finit par relâcher d’abord deux femmes à 17h30 et 18h50, décrites comme « très choquées ». Ne reste alors que des employés. Au téléphone, les motivations de Medhi D. sont très confuses. Il ne s’agirait pas, semble-t-il, d’un braquage puisqu’il ne réclame pas d’argent. Et les agences bancaires ne disposent plus aujourd’hui de beaucoup de liquidités… D’après nos informations, le preneur d’otages évoque plusieurs sujets de façon décousue : la libération des enfants palestiniens, les chaînes d’information en continu et les réseaux sociaux qui vont filmer et relayer son action, perspective qui le réjouit… Il réclame également un scooter TMax afin, selon ses dires, de tracter un otage à l’arrière avec des menottes. « Il a l’air d’avoir regardé trop de films. Ses propos sont confus », indique alors un proche de l’enquête.

Un drapeau du Hamas

Les recherches dans les fichiers de police permettent de découvrir que Medhi D. est fiché au traitement des antécédents judiciaires (TAJ) pour enlèvement, séquestration et port d’arme. Le renseignement territorial avait également débuté un suivi de l’individu pour des suspicions de radicalisation. Mais cet homme confus a également été diagnostiqué comme bipolaire et est suivi par des psychiatres. Une de ses connaissances le décrit comme un homme « pas bagarreur mais grand consommateur de produits stupéfiants, vivant alternativement chez sa mère ou dans des squats, ayant fait des séjours en hôpital psychiatrique ».

Après avoir demandé de la nourriture, le forcené finit par relâcher un employé à 20 heures, puis un second – un homme en costume gris – une heure plus tard. « Il semble déterminé mais on ne sait pas exactement ce qu’il veut », glisse alors une source policière. La nuit envahit le centre-ville du Havre. La tension grimpe soudainement et la cinquantaine de badauds retient son souffle. Les lampes des limiers du Raid s’allument. « L’assaut est imminent », souffle un policier à son collègue. Aux premières loges, Thierry et son jeune fils : « Habituellement, je regarde ça à la télé, je suis très friand de reportages télé sur les interventions policières, raconte-t-il. Mais c’est la deuxième fois en six mois que je vois de mes yeux les hommes du Raid en action. »

Les policiers ont bouclé tout le quartier, le Raid s’est rendu sur place./AFP
Les policiers ont bouclé tout le quartier, le Raid s’est rendu sur place./AFP  

Peu avant 23 heures finalement, Medhi D. se rend de lui-même aux policiers du Raid sans blesser son dernier otage ni faire usage de son arme à feu. Aucune détonation n’est entendue. Il est emmené drapé dans une étoffe verte qui, selon une source policière, serait le drapeau du Hamas. Les démineurs sont dépêchés dans l’agence afin de vérifier qu’il n’avait pas d’explosifs puisqu’il est entré avec un sac. L’audition du suspect doit déterminer si ses motivations revêtaient un motif personnel, religieux ou politique.

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