Présidentielle américaine : Joe Biden sort enfin les gants – Le Parisien

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Joe Biden a formellement accepté l’investiture du Parti démocrate, jeudi soir, à l’issue de quatre jours de convention pas comme les autres. Le défi d’un rassemblement virtuel, pandémie oblige, était risqué. Les organisateurs ne s’en sont pas trop mal tirés. Malgré quelques couacs techniques, ils se sont même améliorés au fil des quatre soirées qui ont vu stars et anonymes défiler.

Certes, les discours, sans réaction du public, manquaient parfois de relief. Mais les ténors comme Barack et Michelle Obama, qui n’ont jamais été aussi agressifs envers Donald Trump, ont réussi à faire l’unanimité dans le camp démocrate. « On a décidé de faire une cinquième nuit où l’on jouera le discours de Michelle Obama en boucle », a plaisanté jeudi la maîtresse de cérémonie, l’actrice et humoriste Julia Louis-Dreyfus, connue pour son rôle de vice-présidente infecte mais hilarante dans la série « Veep ».

Certains démocrates ont même avoué préférer ce format à distance, notamment la séquence de la désignation officielle du candidat. Ce fameux « roll call » est d’habitude l’occasion pour les délégués de hurler le nom de leur favori au milieu d’une salle en transe. A la place, la version virtuelle a donné lieu, mardi, à une invitation au voyage présentant chaque Etat américain, tous unis derrière Joe Biden.

Car c’était bien là l’objectif : montrer un parti soudé face à Donald Trump. Le message a été rabâché quatre nuits durant. Même par Bernie Sanders, le rival socialiste de Joe Biden l ors des primaires. « Tant que je suis en vie, je travaillerai avec les progressistes, les modérés et, oui, les conservateurs, pour préserver cette nation d’une menace que tant de nos héros ont combattue », a déclaré le sénateur du Vermont lundi soir. En 2016, après sa défaite contre Hillary Clinton, il avait eu davantage de mal à rentrer dans le rang.

« Je serai un allié de la lumière et pas des ténèbres»

A l’autre bout du spectre politique, la convention a accueilli des républicains anti-Trump comme l ‘ex-gouverneur de l’Ohio John Kasich, qui a invité ses partisans à « enlever (leurs) casquettes partisanes et placer la nation en priorité » : « Oui, il existe des domaines sur lesquels Joe et moi sommes en désaccord mais ça n’est pas grave, c’est ça, l’Amérique! »

Jeudi soir, Joe Biden a emprunté le même ton rassembleur : « Bien que je sois un candidat démocrate, je serai un président américain », a-t-il promis. Un discours axé sur le thème des valeurs durant lequel le candidat de 77 ans n’a pas bafouillé, malgré les craintes de son camp. « Le caractère, la compassion, la décence, la science, la démocratie, tout cela est en jeu » en novembre, a-t-il assuré, assurant que son élection permettrait de « vaincre une période sombre pour l’Amérique ». « Trop de colère, trop de crainte, trop de divisions. Ici et maintenant, je vous le promets : si vous me faites confiance et me confiez la présidence, je ferai ressortir le meilleur de nous, pas le pire. Je serai un allié de la lumière et pas des ténèbres. »

Dix semaines pour convaincre les Américains

La convention a donc permis de fixer un cap et une règle tacite : surtout pas de divisions, en tout cas en public. Il fallait au moins ça pour contrebalancer la ferveur dont bénéficie Donald Trump auprès de sa base républicaine. Mais les démocrates ont aussi profité de ces quatre jours pour passer leur « plateforme » en revue, sans vraiment entrer dans les détails pour autant. Surmonter la crise du coronavirus, rebâtir une économie plus égalitaire, combattre le racisme structurel et la crise climatique, mettre fin aux violences par armes à feu : voilà les cinq grands piliers du parti pour 2020.

Joe Biden, que Trump a surnommé « sleepy Joe » (NDLR : Joe l’endormi), et qui a jusque-là fait une campagne assez terne, voire fantomatique depuis la cave de sa maison, va désormais devoir se retrousser les manches. Il a dix semaines pour prouver aux électeurs que sa candidature ne repose pas seulement sur sa personnalité rassembleuse, mais aussi sur des propositions porteuses de changements concrets dans la vie quotidienne des Américains. En matière de diplomatie, il a étrillé la présidence Trump en marquant sa différence : « Je serai un président solidaire de nos alliés et amis, et le dirais clairement à nos adversaires : le temps des flirts avec les dictateurs est révolu. » Idem sur la crise sanitaire, façon de mettre en lumière les errances de la Maison Blanche : « Nous développerons et déploierons des tests rapides avec des résultats disponibles immédiatement. Nous produirons les équipements médicaux et de protection dont notre pays a besoin. Nous les fabriquerons, ici, en Amérique, pour que nous ne soyons plus jamais à la merci de la Chine ou d’autres pays étrangers pour protéger notre propre peuple », a martelé Biden.

Il a insisté enfin sur les femmes, des jeunes et des minorités raciales, ces électorats clés pour les démocrates. Sur ce point, il mise en partie sur l’aide de sa colistière Kamala Harris, qui est entrée dans l’histoire cette semaine en devenant la première femme de couleur à être investie candidate à la vice-présidence des Etats-Unis.

La semaine prochaine, c’est au tour des républicains de tenir leur convention virtuelle. L’occasion pour le parti de faire bloc lui aussi derrière son candidat, Donald Trump. L’heure de la confrontation directe pourra alors commencer.

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