Présidentielle américaine: Donald Trump sous pression avant d’affronter Joe Biden – Le Figaro

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Correspondant à Washington

Le New York Times a choisi soigneusement son moment. En révélant juste avant le premier débat de la campagne présidentielle que Donald Trump n’avait payé que 750 dollars d’impôt sur le revenu en 2016 et 2017, et aucun pendant une dizaine d’années sur les quinze dernières écoulées, le quotidien américain offre un parfait angle d’attaque pour Joe Biden face à son adversaire.

Même si Trump a montré depuis le début de sa carrière politique une immunité presque surnaturelle à des scandales qui auraient brisé celle de n’importe quel autre élu américain, et si ses partisans se fichent comme d’une guigne des révélations d’une presse qu’ils estiment biaisée, ces révélations n’en sont pas moins fâcheuses pour le président sortant.

Elles portent notamment un coup à son image d’homme d’affaires avisé et de patriote économique américain. Trump n’a jamais fait mystère de ne pas payer beaucoup d’impôts. «C’est parce que je suis malin», avait-il rétorqué dans un débat lors de la campagne électorale de 2016 face à Hillary Clinton.

Les déclarations de Trump indiquent qu’il a gagné au moins 434,9 millions de dollars en 2018, mais les déclarations d’impôts font état d’une perte de 47,4 millions de dollars.

Or les détails des déclarations d’impôts de Trump révèlent au contraire une série de pertes financières, et de revenus provenant de l’étranger qui pourraient entrer en conflit avec sa fonction de président. Selon le journal, les déclarations de Trump indiquent qu’il a gagné au moins 434,9 millions de dollars en 2018, mais les déclarations d’impôts font état d’une perte de 47,4 millions de dollars.

Le fait qu’un milliardaire puisse échapper au fisc n’étonnera pas grand monde. Mais la publication du chiffre de 750 dollars offre une comparaison facile: même si une moitié des Américains ne paient pas d’impôts, principalement en raison de la faiblesse de leurs revenus, le contribuable moyen a payé environ 12.000 dollars en 2017, soit environ 16 fois plus que le président.

Une autre révélation gênante est celle de ses revenus et impôts étrangers, alors que le président affirme vouloir ramener les investissements et les emplois aux États-Unis.

Au cours des deux premières années de son mandat, Trump a reçu 73 millions de dollars de ses activités à l’étranger. En plus de ses golfs en Écosse et en Irlande, ces activités comprennent, entre autres, 3 millions de dollars en provenance des Philippines, 2,3 millions de dollars depuis l’Inde et 1 million de dollars depuis la Turquie. En 2017, le président a payé 145.400 dollars d’impôts en Inde et 156.824 dollars aux Philippines, contre seulement 750 dollars aux États-Unis. Selon le New York Times, les déclarations fiscales de Trump n’ont pas révélé de liens avec la Russie.

Poursuites judiciaires

Certaines réductions d’impôts proviennent de frais inexpliqués. Certains de ces honoraires auraient été versés à sa fille, Ivanka pour son rôle au sein de l’organisation Trump. Le fisc américain a ouvert une enquête à propos d’un remboursement d’impôts de 72,9 millions de dollars, basé sur une déclaration de Trump qui prétendait se retirer de son casino d’Atlantic City. Le rapport révèle également comment Trump utilise sa fonction présidentielle pour consolider ses entreprises déficitaires, comme son hôtel à Washington, certains de ses clubs de golf.

Le rapport révèle également comment Trump utilise sa fonction présidentielle pour consolider ses entreprises déficitaires, comme son hôtel à Washington, certains de ses clubs de golf.

Trump a qualifié le rapport de «fausse nouvelle» et a affirmé qu’il avait payé des impôts, sans plus de précisions. Il a également promis que les informations sur ses impôts «seront toutes révélées», sans toutefois donner de date, promesse qu’il avait déjà faite pendant la campagne de 2016, et qu’il n’a jamais tenue.

Depuis, Trump a conservé avec acharnement le secret sur ses déclarations fiscales. Seul président contemporain à ne pas les avoir rendues publiques, il a engagé des poursuites judiciaires contre ceux qui voulaient avoir accès à ses déclarations, y compris la Chambre des représentants, à majorité démocrate, qui a lancé une action en justice pour les obtenir.

Aussi gênantes soient-elles dans une campagne électorale, il n’est cependant pas certain que ces révélations aient un grand impact.

Voici longtemps que les dessous de la carrière de Trump ont fait l’objet de nombreux articles et même de films documentaires: le refus de Trump de payer ses créanciers, les faillites de ses casinos et ses pratiques commerciales moralement douteuses circulent depuis des années, et ne l’ont pas empêché d’être élu en 2016.

Son personnage de magnat des affaires a largement été créé de toutes pièces par la série télévisée «The Apprentice», qui continue à lui rapporter des sommes importantes. Ce qui lui avait valu d’être décrit par la commentatrice acerbe Fran Lebowitz comme: «L’idée qu’une personne pauvre se fait d’une personne riche.»

Transgresseur de toutes les règles, Trump n’en a jusqu’à présent jamais payé le prix politique. Mais dans une Amérique en pleine récession économique, ses adversaires espèrent qu’une fraction des électeurs verra d’un autre œil les combinaisons financières du président sortant.

Les démocrates ont déjà mis en vente un autocollant de pare-chocs disant: «Je paye plus d’impôts que Donald Trump.»

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