Présidentielle 2022: le pari d’Edouard Philippe et de sa « nouvelle offre politique » – Les Échos

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Publié le 8 oct. 2021 à 7:10Mis à jour le 8 oct. 2021 à 11:07

Les formations politiques n’ont pas la cote ? Peu importe. Edouard Philippe a longuement mûri sa décision. Et il connaît la musique, lui qui fut directeur général de l’UMP des débuts, celle conçue en 2002 pour contrer l’extrême droite et… constituer un tremplin vers la présidentielle pour Alain Juppé. Il a aussi théorisé que la recomposition politique est loin d’être terminée.

« La poutre travaille encore », disait-il en début de quinquennat. « La poutre, et même la charpente continue de travailler. C’est maintenant qu’il faut que ça turbule. Le président de la République a dit qu’il voulait concevoir la France de 2030. Nous, on veut y contribuer », lâche Alain Chrétien, maire (Agir) de Vesoul, l’un de ces élus qui gravitent autour d’Edouard Philippe et sera ce samedi au Havre. C’est là, dans la ville dont il est maire, que l’ancien Premier ministre va lancer un « nouveau parti politique », écrit-il dans son invitation pour ce rassemblement – près de 3.000 inscrits, 600 à 700 personnes attendues.

Avoir des élus

« Lorsqu’on crée un parti, c’est rarement pour aller aux champignons. Bien sûr, il veut des élus ! », sourit un proche, en pensant aux législatives. « Mon objectif », avance encore Edouard Philippe, est de concourir avec ce parti « à la construction d’un offre politique nouvelle ». Et l’ancien Premier ministre, qui va dégager ce samedi quelques thèmes sur lesquels il entend peser, de citer dans ses lignes directrices « l’ambition de raffermir la puissance de la France, la cohésion de notre société et la compétitivité de notre économie ». Lui qui qualifie de « cruciales » les prochaines élections présidentielle et législatives souhaite que le pays « se dote d’une stratégie », d’une « vision » pour une « France prospère »… Autant de mots qui montrent à quel point il entend y prendre sa part .

Un réceptacle

C’est une nouvelle étape, après son départ de Matignon, son livre, son soutien à Emmanuel Macron pour 2022 et sa récente interview à « Challenges » dans laquelle il réaffirme son attachement au sérieux budgétaire et à la réforme, jusqu’à la retraite à 67 ans. Une étape qui doit lui permettre de structurer et d’élargir encore ses réseaux. « Il crée une offre et répond aussi à une demande. Il crée un réceptacle, un port pour élargir la majorité », explique un proche. Et ce port – dont le nom et le logo seront dévoilés samedi – a vocation à voir s’arrimer tous les déçus de LR au bord de l’implosion, les « orphelins de centre droit » (dixit Alain Chrétien) et même au-delà… « En tout cas, il est créé pour durer », souligne un proche.

L’initiative crispe dans la majorité présidentielle , qui envoie toutefois des délégations et ses présidents de groupe. Elle crispe car ce qui se joue avec ce nouveau parti , c’est la succession d’Emmanuel Macron si ce dernier est réélu en 2022, la physionomie et le point d’équilibre de la future majorité présidentielle. Le leadership de la majorité. « De la même manière que se trompaient ceux qui pensaient qu’Edouard resterait sur son étagère à dire « vive Macron » quand on lui demande de le dire, ceux qui pensent qu’il va passer son temps à se battre contre Bayrou ou d’autres se trompent. Ce n’est pas son sujet, il va parler du fond. Il ne faudrait pas que dans la majorité, le fond inquiète », prévient un ami, comme pour dédramatiser le rapport de force. « L’unité à coup de taloches, cela ne marche pas. Un Edouard silencieux et plein de bleus n’apporte rien », prévient un autre.

« Entrer dans le match »

La crispation, en tout cas, ne semble pas avoir gagné l’électorat d’Emmanuel Macron puisque dans le baromètre Elabe publié jeudi, l’ex-Premier ministre demeure la personnalité préférée des Français (à 46 %), mais aussi des sympathisants LREM et Modem (à 92 %). Un capital qu’il veut, avec ce parti et ceux qui le rallieront, faire fructifier pour être un apport décisif en 2022 et au-delà. « Dans sa position, soit vous êtes dans un magistère et votre interview annuelle pèse mais vous n’avez pas de poids électoral ; soit vous entrez dans le match. Là, il a décidé d’y entrer », dit un de ses fidèles. Pour continuer de peser à l’avenir, Edouard Philippe n’a pas vraiment d’autre choix.

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