Présidentielle 2022 : la crise sanitaire, un quitte ou double pour Emmanuel Macron – Le Monde

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Emmanuel Macron s’exprime lors de son dernier jour de visite en Polynésie française, à Papeete, le 27 juillet 2021.

Un quinquennat cannibalisé par la crise sanitaire. Si le virus n’est pas éradiqué à l’hiver 2021, près de la moitié du mandat d’Emmanuel Macron aura été phagocytée par le Covid-19 et ses rebondissements. Alors qu’il y a quelques semaines à peine l’arrivée de l’été, la montée en puissance de la vaccination et l’essoufflement de la troisième vague laissaient espérer la fin des hostilités sanitaires, la prolifération du variant Delta, conjuguée à la résistance des antivax, prolonge l’interminable feuilleton, à neuf mois seulement de l’élection présidentielle.

Il est trop tôt pour dire si la crise sanitaire pèsera ou non dans le vote des Français, et dans quel sens. Mais elle a d’ores et déjà profondément changé la donne politique, donnant l’avantage à l’exécutif sur un Parlement et des oppositions à la marge de manœuvre limitée. Le Covid-19 a également eu des effets sur Emmanuel Macron lui-même, contraint de renouveler le logiciel l’ayant porté au pouvoir, délaissant les habits du président réformateur, sabre au clair, pour endosser ceux du président protecteur et soucieux d’apaiser. Ainsi l’épineuse réforme des retraites a été opportunément suspendue à l’arrivée de l’épidémie, au moment où elle semblait dans une impasse et empoisonnait le quinquennat.

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Si certains de ses électeurs peuvent le regretter, le président – qui s’est démultiplié pour tenter de limiter la casse économique et sociale, à grand renfort d’argent public – peut s’abriter derrière la crise pour justifier la « hollandisation » de son mandat, désormais placé sous le signe d’un réformisme prudent. Une aubaine, jugent même certains au sein de la majorité, dans un pays qui se serait montré « conservateur et corporatiste », hostile à la réforme. « Peut-être le Covid aura-t-il sauvé Macron d’une audace auto-immune », résume, en souriant, le fondateur de Territoires de progrès (aile gauche de la Macronie), Gilles Savary.

Revers de la médaille sanitaire

La crise donne aussi au chef de l’Etat l’occasion de réactiver le clivage entre progressisme et populisme, qu’il tente d’imposer depuis 2017. A son arrivée à Tahiti, il a ainsi dénoncé « l’irresponsabilité » et « l’égoïsme » des antivax, au lendemain d’importantes manifestations contre l’instauration du passe sanitaire, jouant de la radicalité de cette minorité et polémiquant avec elle à distance, plutôt que de l’ignorer.

Tout comme la radicalité et la violence de certains « gilets jaunes » l’avaient in fine servi – La République en marche (LRM) apparaissant comme le nouveau visage du Parti de l’ordre de la IIe République –, Emmanuel Macron se sert de celles des antivax pour se présenter comme la seule offre politique raisonnable, alors que les oppositions républicaines peinent à exister. En mai 2019, la Macronie avait obtenu un résultat honorable aux élections européennes, huit mois après le début de la crise des « gilets jaunes ». En dépit du désastre électoral des régionales des 20 et 27 juin, le chef de l’Etat espère capitaliser sur cette posture en 2022.

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