Présidentielle 2022: Bertrand rate son coup de force, la droite coincée? – Le HuffPost

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POLITIQUE – La tentative de coup de force est-elle en train de virer au coup de mou? Le nouvel appel de Xavier Bertrand à se ranger derrière sa bannière pour la prochaine élection présidentielle ne rencontre pas le succès escompté auprès de ses concurrents à droite

Tous ont poliment retoqué la proposition du patron de la région Hauts-de-France qui les invitaient à se rencontrer “très prochainement”, “avant le 13 octobre”, la date limite pour le dépôt des candidatures au congrès de désignation organisé par Les Républicains au début du mois de décembre. Et pour cause, l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy, le candidat le mieux placé dans son camp, à en croire les intentions de vote, conteste le choix fait par son ancienne famille politique.

En clair: il ne souhaite pas remettre son sort dans les seuls mains des militants LR, fidèle à sa “conception de l’élection présidentielle: un homme, une femme, face aux Français”, qu’il martelait encore jeudi soir au Journal de 20 heures de France 2. Problème: Valérie Pécresse, Michel Barnier, Éric Ciotti et Philippe Juvin, les autres prétendants, entendent bien rester dans le rang. 

Merci, mais non merci 

Les deux premiers n’ont d’ailleurs pas attendu longtemps pour répliquer face à la posture de “rassembleur” mise en avant par Xavier Bertrand. “Pour moi, il n’y a pas de candidat naturel, à partir de là, il faut jouer collectif”, a ainsi affirmé Valérie Pécresse, vendredi 1er octobre, lors d’un point presse à Cherbourg, où elle présentait son programme sur l’énergie.

Même avis et même formule consacrée pour l’ancien ministre et négociateur du Brexit, Michel Barnier, lequel expliquait, un peu plus tard sur BFMTV, ”évidemment qu’il n’y a pas de candidat naturel. Il y a plusieurs candidats.”

Le club des quatre, avec le député Éric Ciotti et le maire de La Garenne-Colombe, Philippe Juvin, insiste sur l’importance “d’accepter les règles du jeu”, fixées en l’occurrence par les militants, à l’heure où Xavier Bertrand clame sa méfiance pour ce qu’il voit comme un congrès “d’affrontement.” Les adhérents LR “ont écarté la primaire, ce n’est pas pour en refaire une sous une forme déguisée”, affirmait-il, jeudi 30 septembre, au Figaro, pestant également contre le calendrier choisi par Les Républicains: ”nous ne pouvons pas être les derniers à dire clairement qui sera le candidat de la droite et du centre. Ce n’est pas possible.”

Voilà donc que le flou s’épaissit à nouveau, à droite, au moment même où le vote des militants pour un congrès “resserré” devait permettre d’y voir plus clair. La redoutée guerre des chefs n’a, certes, pas débuté, à proprement parler, mais la situation reste bloquée entre Xavier Bertrand, son aventure soliste, et les quatre autres prétendants.

Le spectre de la double candidature

Un contexte périlleux à moins de sept mois de l’élection présidentielle, pour une famille gaulliste divisée et mise sous pression par l’omniprésence politique et médiatique d’Éric Zemmour. 

Et si les cinq aspirants ne parvenaient pas à s’entendre? L’attitude de Xavier Bertrand suscite, en tout cas, de plus en plus vives réactions dans les camps adverses. Certains cachent difficilement leur agacement et lui reproche publiquement de ne pas “respecter” les adhérents LR en proposant un rassemblement derrière sa candidature, avant le fameux grand raout du 4 décembre.

Ce mode de désignation a été choisi “un peu à la demande de Xavier Bertrand, de ses amis, qui ont fait savoir qu’il participerait si c’était un congrès”, soulignait, ainsi, le député Olivier Marleix, proche de Michel Barnier, vendredi sur RFI, quand l’un des porte-paroles de Valérie Pécresse, Philippe Gosselin, n’hésitait pas à fustiger, la “dérobade démocratique” du patron des Hauts-de-France, sur Public Sénat.

Dans ce contexte, point alors le spectre d’une double candidature – mortifère, selon les actuels rapports de force – comme a pu le connaître la droite dans le passé. “Il se peut qu’il y ait deux candidats LR pendant les mois de décembre et janvier et ensuite les sondages trancheront”, analyse un ancien membre des Républicains, qui regrette la tournure des événements rue de Vaugirard: “Depuis 2017, à chaque fois que les LR ont dû faire un choix, ils ont choisi le rétrécissement.”

Première alerte pour Bertrand

D’autant que si Xavier Bertrand continue à se présenter comme le seul candidat, à droite, capable de battre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, il semble pâtir, lui aussi, de cette situation au demeurant inextricable. Le flop de sa nouvelle initiative coïncide avec un sondage inquiétant pour son aventure: dans une enquête menée par Ipsos pour Le Parisien, l’ancien ministre de la Santé (14%) glisse, pour la première fois, derrière le polémiste d’extrême droite (15%) en terme d’intentions de vote.

Rien d’étonnant, pour son porte-parole Pierre-Henri Dumont. “C’est la suite logique de ce qui se passe quand on parle à 80 000 personnes, on n’intéresse pas les Français”, regrette amèrement le député du Pas-de-Calais dans les colonnes du Parisien, en référence au nombre de militants qui devront choisir leur candidat en décembre. Et d’ajouter, un brin dramatique: “La responsabilité de tout le monde maintenant, c’est de ne pas faire disparaître la droite et la famille gaulliste.”

Autant de difficultés qui n’échappent pas au reste de la sphère politique. Un ministre livre une analyse différente de la tendance délicate. “Tout est faux chez Xavier Bertrand, il est insincère, les Français le sentent”, estime-t-il, non sans rudesse, ajoutant: “S’il avait déjà dû tué le match, il l’aurait fait.” Dans le fameuse vague de sondages Ipsos, le chef de la région Hauts-de-France ne possède que deux points d’avance sur son homologue Valérie Pécresse. Avant la guerre des chefs, la guerre des chiffres pourrait durer un moment.

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