Présentation du plan de relance : Jean Castex appelle à la «mobilisation de tous» – Le Figaro

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«France Relance» est enfin lancé. Ce jeudi, le premier ministre Jean Castex, accompagné des ministres de l’Économie, du Travail et de la Transition écologique, a présenté ce plan de relance très attendu, à l’issue du Conseil des ministres. Le ton était résolument offensif et volontaire : «c’est un moment très important dans notre stratégie de lutte contre les conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire qui a frappé le monde et la France», a entamé le successeur d’Édouard Philippe.

Après avoir remercié «tous les services de l’État» pour la «préparation de ce plan» chiffré à 100 milliards d’euros, Jean Castex a rappelé la récession «extrêmement soudaine et brutale» causée par la crise du coronavirus. L’Hexagone a fait face à une «dépression historique, certainement la plus forte depuis la crise de 1929», s’est-il ému. Jean Castex a aussi salué l’action de son prédécesseur, Edouard Philippe, qui «a fait preuve d’une très grande réactivité pour protéger nos empois et nos entreprises». «Ce plan d’urgence de 470 milliards d’euros a permis de protéger notre pouvoir d’achat bien plus efficacement que dans les pays voisins», a-t-il martelé. «Grâce à cela, la France a tenu, mais elle est incontestablement affaiblie».

Depuis vingt ans, la France s’est reposée sur ses lauriers

Bruno Le Maire

L’occupant de Matignon a estimé que la philosophie du plan de relance suivait deux objectifs complémentaires : produire des effets immédiats pour renforcer et faire redémarrer l’économie, d’une part, et préparer la France de 2030, d’autre part. Après un premier temps, celui de l’urgence, arrive désormais le temps de «l’offensive» et de la «consolidation». Quatre fois plus élevé que le plan de relance de 2008, France Relance doit permettre au pays de retrouver, dès 2022, son niveau de richesse pré-crise. Un objectif ambitieux mais «parfaitement à notre portée», a voulu croire le premier ministre. «C’est le plan de relance le plus massif annoncé à ce jour parmi les grands pays européens», s’est-il aussi enorgueilli.

«Nous allons y arriver», a lancé Bruno Le Maire, à la manœuvre dans ce dossier. Pour le ministre chargé de la Relance, cet épisode représente aussi une opportunité pour le pays : «la France sortira plus forte de la crise qu’elle n’y est entrée», grâce à la transformation de l’économie, au renforcement de la compétitivité, aux relocalisations. Car «depuis 20 ans, la France s’est reposée sur ses lauriers» dans certains secteurs comme l’agroalimentaire et le luxe, alors que le monde changeait, a-t-il estimé. «Nous n’avons pas su ouvrir de nouvelles filières industrielles», et le plan de relance doit combler ce manque en soutenant des secteurs d’avenir : biotechnologies, énergies renouvelables, calcul quantique, traitement des déchets, a-t-il énuméré. «L’industrie fait partie de notre culture et relancer l’économie française, c’est relancer l’industrie.»

Mobilisation générale pour la croissance

L’exécutif souhaite que le plan permette de lutter contre le chômage, de créer des «emplois de demain» et bénéficie à un «maximum d’entreprises», in fine, dont – et surtout – les PME, TPE et ETI. Les ménages, a-t-il répété, ne verront pas leur fiscalité augmenter : il n’y aura pas de «hausses d’impôts», a-t-il promis, ajoutant que ses équipes ne reproduiraient pas «l’erreur» d’alourdir les taxes, une démarche qui enverrait des «signaux négatifs» aux acteurs économiques.

L’exécutif préfère donc faire augmenter massivement mais temporairement la dette publique «plutôt que de s’enfoncer dans l’austérité, laisser exploser le chômage, la misère et les drames humains». Pas question toutefois de laisser filer la dette sans contrôle, a-t-il nuancé : «s’il atteint son objectif […] son impact sur notre ratio de dette sera presque entièrement résorbé à partir de 2025», grâce au renforcement de l’activité.

C’est un pas de géant pour la transition écologique en France

Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique

Le cap affiché est clair : 100 milliards d’euros, c’est «le montant nécessaire pour retrouver dès 2022 notre niveau de richesse d’avant la crise». Cela se fera par trois leviers. Le premier, «atténuer au maximum pour les entreprises et les salariés (…) les effets de la récession économiques». Ensuite, «combattre et réduire les morsures de la crise sur notre pacte social et territorial». Enfin, le troisième point «essentiel» selon Jean Castex, celui «d’accélérer la transformation de notre économie en tirant les enseignements structurels de la crise».

«Je veux vous dire avec force et confiance que c’est un pas de géant pour la transition écologique en France», a repris la ministre en charge de cette transition, Barbara Pompili. Elle a insisté sur ce point : «ce plan nous fait basculer dans l’écologie de demain». Selon elle, il s’agit davantage ici d’une «transformation de l’économie» que d’une simple relance.

La ministre a ainsi détaillé le «volet verdissement» de ce plan, fort de 30 milliards d’euros, qui «permettra d’honorer les engagements pris dans le cadre de la COP 21». 11 milliards d’euros seront alloués à la modernisation des transports (dont la moitié pour le ferroviaire et 1,2 milliard pour les transports en communs), 2,5 milliards pour la décarbonation de l’industrie, 2 milliards pour une filière d’hydrogène verte ou encore 2 milliards pour le développement de l’économie circulaire, a notamment présenté Barbara Pompili. Elle a également évoqué les questions de bien-être animal ou de lutte contre la bétonisation. «Nous devons nous adapter aux conséquences inéluctables du changement climatique», a conclu Barbara Pompili.

Sauver l’emploi

Le dernier point présenté ce jeudi est central, à en croire la ministre du Travail Élisabeth Borne. «Tout le plan de relance est au service de l’emploi», a-t-elle défendu. L’ancienne ministre de la Transition écologique a rappelé qu’un «plan jeune» à hauteur de 6,7 milliards d’euros serait mis en place «pour donner une solution à chacun des 750.000 jeunes qui arrivent sur le marché du travail et à ceux qui sont sans activité ou formation».

Elle a également mis en avant son «bouclier anti-licenciement pour les entreprises qui subiront une baisse d’activité dans les prochains mois». 7,6 milliards y seront alloués. Enfin, près d’un milliard d’euros seront ajoutés au pot pour «l’adaptation des compétences». «La méthode a été et sera concertée», a valorisé la ministre du Travail. Elle l’a assuré, «toutes ces actions visent à ce que personne ne soit exclu du bénéfice de France Relance».

Toutefois, le plan ne fonctionnera que grâce à la «mobilisation de tous» : les entreprises doivent donc embaucher, les ménages dépenser plutôt que d’épargner, les collectivités locales investir et les partenaires sociaux trouver des accords au sein des firmes, a plaidé Jean Castex. Seul cet engagement global permettra de «démultiplier l’impact économique du plan» et d’en tirer le maximum pour le pays.

La France présentera son plan à ses partenaires européens «sans doute courant octobre», a complété le secrétaire d’État chargé des Affaires européennes Clément Beaune, en se disant «optimiste» quant à son approbation, qui permettra de débloquer progressivement 40 milliards de subventions.

La nomination de François Bayrou confirmée

À l’issue de la séance de questions-réponses avec les journalistes, le premier ministre a confirmé que le président du MoDem François Bayrou avait été nommé le même jour haut-commissaire au Plan, comme l’avait annoncé Emmanuel Macron la semaine dernière. Une nomination qui marque la renaissance du Commissariat au Plan, en vigueur de 1946 à 2006.

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