Pourquoi le secteur public peine-t-il à attirer les profils numériques ?

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Pourquoi le secteur public peine-t-il à attirer les profils numériques ?

Le secteur public est en compétition avec le secteur privé sur les profils numériques, mais peine pourtant à attirer les talents. Parmi les administrations recourant aux technologies de l’information et de la communication, les ministères économiques et financiers rassemblent 5 331 agents chargés des systèmes d’information, ce qui en fait le premier employeur d’agents chargés des systèmes d’information de l’Etat.

Pourtant, le rapport annuel de la Cour des comptes met en évidence que ces deux ministères rencontrent « des difficultés pour disposer des compétences informatiques nécessaires pour mener à bien leur transformation numérique », sur un marché de l’emploi numérique “en tension”.

Aux yeux de la Cour des comptes, ces derniers « communiquent trop peu sur leurs projets et leurs offres d’emploi ».

Pour contribuer à accélérer la transformation numérique de ses services, l’Etat a pourtant lancé au printemps dernier le programme Tech.Gouv piloté par la Dinum (la Direction Interministérielle du numérique). Sa feuille de route, basée sur huit piliers, court jusqu’en 2021, et consacre un chapitre à l’emploi. L’Etat s’engage notamment à maîtriser son système d’information et professionnaliser sa filière numérique.

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Pallier les problèmes de recrutement

Alors que le déficit prévu de compétences informatiques en France est estimé à 200 000 personnes d’ici à 2022, la Cour des comptes soulève des difficultés au stade du recrutement dans le secteur public. « L’Etat, notamment les ministères économiques et financiers, peine, tout comme le secter privé, à se doter des compétences dont il a besoin pour réussir sa transformation », observe le rapport.

La Cour des comptes identifie quinze corps de métiers tout particulièrement concernés par ce déficit de personnel : les concepteurs-développeurs, les intégrateurs d’applications, les administrateurs outils/systèmes/réseaux, intégrateurs d’exploitation, architectes techniques, urbanistes des SI, chefs de projet, maîtres d’œuvre, chefs de projet maîtrise d’ouvrage, acheteurs IT, data scientists, analystes en détection d’intrusions, auditeurs de sécurité, responsables sécurités et scrum masters.

Des concours désertés

A l’origine de ce manque de main d’œuvre, les concours sont désertés par les professionnels. A titre d’exemple, 35 % des postes de programmeurs ouverts aux concours des trois dernières années n’ont pas été pourvus à la DGFiP (Direction générale des Finances publiques). De même, 80 % des postes d’informaticiens de catégories A et B ouverts à la Douane n’ont pas été pourvus en 2018, alors que tous l’avaient été en 2011, constate la Cour des comptes.

D’après une étude réalisée pour les ministères économiques et financiers au début de l’année 2019 auprès d’étudiants dans la filière ingénieur (60 % en cycle universitaire et 40 % en école d’ingénieurs), il ressort que sur 229 interrogés, la moitié déclare n’avoir jamais envisagé de travailler pour eux.

Le rapport note par ailleurs que ces difficultés se retrouvent aussi au ministère des armées, qui compte « 20 à 25 % de postes non honorés en sortie de concours de catégorie A, et 75 % pour les catégories B ».

Favoriser les apprentis ?

L’accueil de jeunes diplômés souffre aussi de délais « trop longs ». Au sortir de l’école, les délais de recrutement dans l’administration (entre 11 et 14 mois) sont plus longs que dans le secteur privé (sous 15 jours) observe la Cour des comptes. « Cette insuffisance de jeunes diplômés dans des métiers en pleine évolution constitue un véritable handicap ».

En 2018, l’âge moyen du personnel chargé des SI des ministères économiques et financiers était de plus de 49 ans, « légèrement plus élevé que celui de l’ensemble des personnels de ces ministères (48 ans) », constate le rapport.

Pour attirer les talents, la Cour des compte propose notamment « d’accroître le nombre d’apprentis et de faciliter leur recrutement pérenne », de « financer les études des ingénieurs des systèmes d’information contre l’engagement de servir l’Etat » ou encore « d’accroître le nombre de contractuels ». Elle encourage parallèlement le développement de la communication sur les emplois vacants.

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