Illustration cyber-harcèlement — TYPOGRAPHYIMAGES / PIXABAY
  • Une trentaine de journalistes parisiens, réunis au sein d’un groupe Facebook, auraient profité de leur notoriété pour « harceler » des femmes entre 2009 et 2013.
  • Plusieurs « victimes » ont témoigné ces derniers jours sur les réseaux sociaux.
  • Le harcèlement des femmes au travail ne touche pas que le microcosme journalistique parisien.

L’affaire secoue le microcosme journalistique parisien. Un article de Libération, publié vendredi, a mis au jour l’existence d’un groupe Facebook privé, baptisé « 
Ligue du LOL », regroupant une trentaine de journalistes et communicants, accusés d’avoir
cyberharcelé d’autres journalistes et blogueurs, notamment des femmes et des militantes féministes, au début des années 2010. Plusieurs victimes ont publié des témoignages sur Twitter ce week-end et plusieurs membres de ce groupe ont publié des communiqués pour tenter de s’excuser.

Parmi les victimes, la vidéaste Florence Porcel raconte qu’outre un « harcèlement en groupe sur Twitter », et un canular téléphonique humiliant mis en ligne, où l’un d’eux se faisait passer pour un recruteur, les harceleurs étaient venus « physiquement » la voir sur son lieu de travail. « La “Ligue du LOL”, c’est un groupe d’hommes qui pratiquent l’entre soi, dénigrent et rabaissent les femmes, les minorités, les personnes racisées, et qui s’entraident pour monter les échelons », résume Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes.

D’ailleurs, observe-t-elle, presque dix ans après les faits dont ils sont accusés, ces journalistes « se trouvent plutôt à des niveaux importants dans les rédactions par rapport aux personnes qu’ils ont dénigrées, rabaissées, heurtées ou blessées, et qui ont beaucoup plus de mal qu’eux aujourd’hui à gravir les échelons ».

Formatrice à l’association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT), Isabelle Pineau a l’habitude de voir passer les dossiers de harcèlement sexuel, dont les auteurs sont souvent les supérieurs hiérarchiques des victimes. Mais il peut aussi s’agir, comme dans le cas de la « Ligue du LOL », de personnes qui possèdent « une certaine aura, du charisme, une notoriété, et une capacité de nuisance importante », et qui ont de « l’influence » sur les autres membres du personnel. Les victimes ont donc souvent l’impression qu’elles ne seront pas crues si elles parlent. « On a cette configuration à chaque fois. »

« Des techniques qui existent dans d’autres entreprises »

Mais cette fois, les témoignages des victimes de la « Ligue du LOL » proviennent d’autres journalistes. « Précis et bien écrits », ils constituent ainsi, souligne Isabelle Pineau, « une ressource importante pour comprendre comment fonctionne, en général le harcèlement sexuel ». « Ils peuvent parler à beaucoup de femmes ou à des jeunes filles scolarisées dans des lycées très cotés où des garçons populaires, intelligents, drôles, peuvent se permettre de dénigrer les moins masculins ou les femmes. »

Car le harcèlement des femmes sur leur lieu de travail ne se limite évidemment pas à quelques rédactions parisiennes. « Ce sont des techniques qui existent dans d’autres entreprises, dans des lycées… À partir du moment où il y a une organisation humaine avec des hommes et des femmes, il peut y avoir la création de petits groupes qui se soudent autour de la haine des autres et qui vont, en se serrant les coudes et en dénigrants les autres, monter les échelons », assure Anne-Cécile Mailfert.

« J’espère que cela va faire peur à tous les autres »

Que faire pour casser cette désolante mécanique ? La présidente de la Fondation des femmes estime que les victimes ne doivent pas hésiter à déposer plainte « à partir du moment où elles ont pu rassembler des éléments de preuves ». Ce n’est pas facile, parfois la justice a du mal à passer, mais c’est une solution », explique-t-elle, soulignant que « le harcèlement, l’intimidation, la diffamation, sont des comportements punis par la loi ». Isabelle Pineau remarque qu’il ne sera pas « forcément possible de sanctionner sur le point de vue judiciaire » les membres de la « Ligue du LOL », « à cause de la prescription ».

Mais, ajoute la formatrice à l’AVFT, les entreprises qui les emploient ont eu raison de les mettre à pied ou de lancer des procédures de licenciement. « Ça envoie deux messages : un aux potentiels harceleurs, qui comprennent ainsi qu’ils ne peuvent plus être dans l’impunité, et un autre aux victimes qui entendent qu’elles peuvent être crues si elles dénoncent ce qu’elles subissent. » Même son de cloche du côté de la Fondation des femmes. « J’espère que cela va faire peur à tous les autres car il n’y a pas que les membres de la “Ligue du LOL” font ça. Les autres doivent savoir que maintenant, l’impunité, c’est fini. »

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