Pourquoi Juan Branco a-t-il renoncé à défendre Piotr Pavlenski ? – Libération

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Question posée par Anne le 19/02/2020

Bonjour, 

Vous nous interrogez sur les raisons empêchant l’avocat Juan Branco de défendre les intérêts de l’artiste russe Piotr Pavlenski, qui a reconnu avoir diffusé en ligne des vidéos intimes de Benjamin Griveaux. Ce mercredi, l’avocat, auteur du pamphlet à succès Crépuscule, a accepté de se retirer du dossier qui a provoqué, le 14 février, l’abandon du candidat LREM dans la course à la mairie de Paris.

Le rôle de Juan Branco est au cœur de nombreuses questions depuis le début de l’affaire. Rapidement après la découverte des images, ce dernier indique avoir été désigné par Piotr Pavlenski pour assurer sa défense. Au Point, Juan Branco admet même avoir été «consulté comme avocat», en amont de la publication. Auprès de la journaliste du Figaro Sophie de Ravinel, il assure avoir «aidé» l’artiste politique «à vérifier la véracité de la source». Et l’avoir «prévenu des risques» encourus d’une telle démarche.

Dans ce cadre, maître Olivier Cousi, bâtonnier de Paris et garant de la déontologie, a ouvert une enquête déontologique, dont les conclusions ont été rendues ce mercredi par voie de communiqué. L’objet de cette enquête : déterminer un éventuel conflit d’intérêts dans la défense de Piotr Pavlenski par Juan Branco. Or de conflit d’intérêts, le bâtonnier n’en a pas trouvé. «En l’état des informations portées à sa connaissance et des conclusions de l’enquête déontologique à laquelle le bâtonnier Olivier Cousi a fait procéder, il n’a pas été relevé de conflit d’intérêts avéré […].»

En revanche, le bâtonnier soulève bien une «absence de distance manifestée par M. Juan Branco entre sa mission d’avocat et l’action reprochée à son client, ainsi que son absence de prudence lors de déclarations dans les médias» qui «l’exposaient à un risque de manquement aux principes essentiels, notamment d’indépendance […]». Sur ce point, Olivier Cousi précise s’appuyer sur le Règlement intérieur national (RIN), texte de référence en matière de déontologie des avocats figurant sur le site du Conseil national des barreaux, chargé d’établir les règles de conduite dans la profession. L’article 1.3 du RIN, qui porte sur les principes essentiels du métier, explique effectivement que «l’avocat exerce ses fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité, dans le respect des termes de son serment».

Avocat militant

Dans un second temps, Olivier Cousi a détaillé les conclusions de cette enquête sur France Inter. Réitérant les propos tenus dans son communiqué, il ajoute : «Un avocat ne peut pas être à la fois militant sur une cause et appuyer les actions ou laisser entendre qu’il peut appuyer les actions de son client, parce que ça ne lui donne pas la distance nécessaire pour pouvoir le défendre.»

Cette dernière considération, précisément, a fait bondir plusieurs membres de la profession. Dans une série de tweets, l’avocat David van der Vlist, membre du Syndicat des avocats de France (SAF), a notamment exposé son désaccord : «Un avocat peut être engagé et assurer la défense de militants. C’est ce que font au quotidien la plupart des avocats travaillistes du SAF lorsqu’ils défendent des salariés […] Cette seule circonstance ne remet pas en cause, en soi, la nécessaire indépendance vis-à-vis du client.»

Face à ces critiques, le bâtonnier a corrigé le tir dans l’après-midi, au moyen d’un tweet. Et de préciser : «Je tiens à dissiper toute ambiguïté : les avocats peuvent évidemment faire preuve d’engagement et doivent pouvoir exprimer leurs convictions en toute liberté. Notre déontologie doit cependant nous guider en toutes circonstances.»

Suite à cette clarification, l’avocat David van der Vlist, sollicité par CheckNews, n’a pas souhaité ajouter une nouvelle réaction.

De son côté, Juan Branco a réagi auprès de l’AFP : «C’est en plein accord avec le bâtonnier qu'[il a] décidé de [se] retirer.» Il ajoute : «Je note que la seule ambiguïté qui pourrait m’être reprochée consiste en l’utilisation, lors d’une déclaration à un média gilet jaune, du “on”, pronom indéfini systématiquement utilisé en plaidoirie, afin de protéger mon client. Si la confusion peut être faite dans l’esprit du public […], le bâtonnier ne peut ignorer que cette pratique est non seulement normale mais aussi encouragée afin de ne pas donner l’impression que l’on prendrait ses distances avec le client.» Branco fait ici référence à un live diffusé le samedi 15 février sur la chaîne Vécu, où il affirme (à 7’59) : «Ce qu’on a fait, on l’a fait sans haine, on a juste montré un désaccord entre des actes et des paroles, on l’a fait évidemment de façon sauvage, c’est-à-dire que Pavlenski y est allé comme une brute parce que c’est la seule façon de faire sortir ce genre d’informations.»

Cordialement
Anaïs Condomines

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