« Pour le droit à l’information et contre la surveillance de masse » : manifestations dans plusieurs villes de France contre la loi « sécurité globale » – Le Monde

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Les manifestants contre la loi « sécurité globale », place de la Bastille, à Paris, le 16 janvier 2021.

Ils ne désarment pas. Les opposants à la proposition de loi « sécurité globale », qui restreint notamment la diffusion d’images de policiers, manifestaient de nouveau samedi 16 janvier à Paris et dans plusieurs villes. Près de 80 rassemblements « pour le droit à l’information, contre les violences policières, pour la liberté de manifester et contre la surveillance de masse » étaient prévus dans le pays. Ils ont réuni 34 000 manifestants, selon la police ; 200 000, selon les organisateurs.

Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a fait par ailleurs état de soixante-quinze interpellations, dont vingt-quatre à Paris. La préfecture du Rhône en a annoncé sept à Lyon, et celle de Loire-Atlantique trois à Nantes. Gérald Darmanin a aussi annoncé « 12 policiers et gendarmes blessés ». En début de soirée, le parquet de Paris indiquait que 15 personnes étaient en garde à vue à la suite de leur interpellation lors de la manifestation. Une enquête a par ailleurs été ouverte pour trouble à la tranquillité d’autrui par agression sonore.

Ces « marches des libertés » se sont déroulées à l’appel de la coordination d’associations et syndicats mobilisés contre ce texte. Elle regroupe des associations comme La Ligue des droits de l’homme et Amnesty International, ainsi que de nombreux syndicats et associations, de journalistes et de réalisateurs notamment. Malgré « une mobilisation sans précédent [dès le mois de novembre] pour la défense des libertés, le gouvernement [nous] a opposé une fin de non-recevoir », regrette, dans son appel à manifester, la coordination.

Des manifestants pour « le droit à la culture » dans les cortèges

Durant la manifestation contre la loi « sécurité globale » à Paris, le 16 janvier 2021.

Dans la capitale, un cortège de 6 500 personnes, selon la police ; 15 000, selon les organisateurs, a défilé en direction de la place de la Bastille, derrière une banderole réclamant le retrait de ce texte, scandant « police partout justice nulle part ! » et « état d’urgence Etat policier, on nous empêchera pas de manifester ! ».

Dans plusieurs villes, les « teufeurs » avaient également décidé de rejoindre le mouvement « pour le droit à la culture » et contre la « répression disproportionnée » lancée après la « free-party » de Lieuron (Ille-et-Vilaine), qui avait réuni 2 400 personnes au soir du Nouvel An. Ils étaient nombreux au départ de la manifestation de Nantes, brandissant des banderoles affirmant « Nous sommes tous des organisateurs de raves » ou dénonçant « L’Etat assassin : vies, cultures, libertés ». La police a fait état de trois interpellations à la suite de « jets d’artifice et de bouteilles en verre sur les policiers ». A Lille ou à Bordeaux, les défilés avaient aussi un air de technoparade.

A Paris, avant même le départ du cortège, la Préfecture a interdit à plusieurs chars et camions de participer à la manifestation, affirmant qu’il s’agissait d’une « rave-party non déclarée ». Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a félicité la préfecture pour avoir « empêché la tenue d’une rave-party à proximité de la manifestation ». Des organisateurs ont été verbalisés et se sont vu confisquer du matériel sono, selon la préfecture de police de Paris.

Selon les organisateurs, ces chars, dont certains passaient de la musique, faisaient bien partie de la manifestation : « Il nous est interdit de nous exprimer et de faire nos discours sur nos camions sponsorisés. Nous avons demandé à la préfecture de nous fournir le texte de loi sur lequel se base leur refus », écrivent l’Union des Collectifs Festifs LGBTQ+ et le Syndicat des organisateurs culturels libres et engagés (Socle).

Lire l’entretien : « A partir du moment où elles deviennent interdites, les fêtes nous montrent à quel point elles sont nécessaires »

A Avignon, quelque trois cents personnes ont manifesté devant le Palais des Papes, lieu emblématique du festival de théâtre, pour réclamer la réouverture en France des lieux culturels pour laquelle un manifeste vient d’être lancé. « Nous voulons réaffirmer que la culture est vitale, essentielle à nos vies, à notre équilibre », proclame le manifeste lancé par la maire socialiste de la ville, Cécile Helle, et l’association des Scènes d’Avignon, qui regroupe la plupart des théâtres historiques de la ville. Olivier Py, le directeur du Festival d’Avignon, l’un des plus importants d’Europe, et le nouveau président du festival off, Sébastien Benedetto, figurent parmi les premiers signataires.

Des rassemblements partout en France

Manifestation contre la loi sécurité globale à Nantes, le 16 janvier 2021.

Des rassemblements ont également eu lieu à Rennes, Nantes, Caen, Rouen, ainsi qu’à Lyon, Clermont-Ferrand ou Dijon, notamment. La proposition de loi « sécurité globale », déjà votée en première lecture à l’Assemblée nationale, doit être examinée en mars au Sénat.

« Les enjeux sont (…) majeurs. Ils touchent au respect même de l’Etat de droit » et du contrôle des autorités « par les citoyens, le Parlement, la justice et la presse », souligne la coordination, qui ajoute que « les mesures de surveillance de la population doivent, elles, demeurer l’exception ».

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Les associations opposées au texte exigent toujours le retrait de plusieurs dispositions, à commencer par l’article 24, qui pénalise la diffusion malveillante d’images de membres des forces de l’ordre. Le collectif, qui demande à être reçu par le président Emmanuel Macron, cible également les articles 21 et 22 sur l’usage des caméras-piétons et des drones par les forces de l’ordre, et du « nouveau schéma national du maintien de l’ordre » (SNMO), régulièrement invoqué par les forces de l’ordre pour limiter la couverture médiatique des manifestations.

La mobilisation contre la proposition de loi « sécurité globale », lancé le 17 novembre, a donné lieu à plusieurs journées de manifestations, souvent rejointes par des « gilets jaunes ». La plus importante, le 28 novembre, a rassemblé 500 000 personnes dans le pays, selon la coordination ; 133 000, selon le gouvernement.

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Le Monde avec AFP

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