« Pour ceux qui voient en Joe Biden le retour d’une valeur sûre en politique étrangère, le réveil risque d’être difficile » – Le Monde

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Le candidat démocrate Joe Biden, le 6 octobre à Gettysburg (Pennsylvanie).

Chronique. Dans un livre publié en 2014, Duty, Memoirs of a Secretary at War (« Devoir, Mémoires d’un secrétaire en guerre », Alfred Knopf, non traduit), l’ex-chef du Pentagone Robert Gates, qui avait servi sous George W. Bush et que Barack Obama avait gardé, dit tout le mal qu’il pense de Joe Biden, alors vice-président. « Il s’est trompé sur quasiment toutes les questions de politique étrangère et de sécurité nationale des quatre dernières décennies », accuse-t-il.

Les deux hommes s’étaient notamment opposés en 2010 sur la question de l’envoi d’un renfort de troupes pour tenter de stabiliser l’Afghanistan avant le début du retrait annoncé du contingent américain l’année suivante. Robert Gates était en faveur d’un renfort important, Joe Biden penchait, lui, pour une force antiterroriste limitée. Après des mois de discussions internes, Obama avait finalement suivi Gates et déployé 30 000 hommes de plus.

Au-delà du jugement assassin de Bob Gates – qui, sur l’Afghanistan, ne peut pas non plus se vanter d’avoir été visionnaire –, l’épisode a de quoi tempérer l’enthousiasme des alliés traditionnels des Etats-Unis pour une présidence Biden. Beaucoup d’entre eux placent dans la victoire possible du candidat démocrate à l’élection du 3 novembre l’espoir du retour d’une valeur sûre, qui ramènerait les Etats-Unis à la raison après le passage de l’ouragan Donald Trump.

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Le réveil, cependant, risque d’être difficile. L’aspiration au « tout sauf Trump » ne doit pas masquer les profonds changements que son élection a révélés et que ses quatre ans à la Maison Blanche ont durablement installés. Biden président ne sera pas la copie de Biden vice-président, et encore moins de Biden sénateur.

Trump II, Trump I en pire

Ces jours-ci, le « blob » est à fond. Le « blob », c’est le nom donné par Ben Rhodes, alors conseiller d’Obama, à la communauté washingtonienne d’experts de politique internationale qui exaspérait le président démocrate par son arrogance. Un temps sonné par les méthodes iconoclastes de Trump, ce petit monde reprend vie et confiance en humant la possibilité d’une alternative. Les pages des revues de politique étrangère et les heures de « webinaires » organisés par les think tanks en ces temps de Covid-19 regorgent de prédictions, de conseils et de prières sur le tournant que prendront les Etats-Unis sur la scène mondiale après le 3 novembre.

A droite, la voie Trump II : la même chose que Trump I, en pire. Quatre ans de plus d’« America First » et, nous promet-on, un monde qui finira de se défaire. Nos experts voient les Etats-Unis quitter l’OTAN, retirer leurs troupes de Corée du Sud et d’Afghanistan, la Chine prendre de plus en plus de place et l’Europe, privée du pilier américain, sombrer dans le tumulte. Un haut diplomate européen assure, lui, qu’« un monde multipolaire sans multilatéralisme » ouvre la voie au retour des affrontements.

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