Les auto-écoles avaient déjà manifesté à Paris en avril 2017. — EUGENIE GOURAND/SIPA
  • Deux organisations professionnelles d’auto-écoles veulent bloquer le périphérique parisien ce lundi.
  • Elles craignent les conclusions d’un rapport visant à réformer l’obtention du permis de conduire.
  • Les plateformes en lignes leur font une concurrence sévère, notamment sur les tarifs.

C’est un rapport sur le permis de conduire que personne n’a lu en entier, et qui ne sera publié que mardi. Mais il a suffi que quelques pistes du document soient dévoilées pour provoquer la colère des auto-écoles,
déjà échaudées par la réforme de l’examen du code de la route il y a quelques années. « Le permis de conduire peut aussi devenir un permis de tuer quand sa qualité est bradée »
préviennent dans un communiqué le CNPA (conseil national des professions de l’automobile) et l’Unidec (union nationale intersyndicale des enseignants de la conduite), deux organisations du secteur. Elles manifesteront sur le périphérique parisien ce lundi.

Coordonné par la députée LREM Françoise Dumas, le rapport de la discorde a été remis discrètement à Matignon début février. En parallèle, l’élue a présenté plusieurs pistes issues de son travail aux représentants des auto-écoles. Deux propositions les ont particulièrement hérissés : la création d’un agrément « national » et l’ouverture d’une plateforme pour que chaque candidat puisse s’inscrire lorsqu’il le souhaite à l’examen pratique du permis.

Les plateformes rebattent les cartes du permis

Pour les opérateurs historiques, l’évolution n’est pas anodine. Aujourd’hui, une auto-école doit normalement obtenir un agrément au niveau du département où elle est implantée. Si l’idée du rapport était mise en œuvre, cette contrainte sauterait : demain, il suffirait d’un seul agrément pour opérer à volonté partout en France. « Je ne vois vraiment pas l’intérêt de la mesure, affirme Patrick Mirouse, président de l’Unidec. Comment va-t-on contrôler les formateurs dans ces conditions ? Il faudrait que les opérateurs aient l’obligation d’avoir au moins un point d’attache par département. Sans ça, cette nouvelle réglementation ne favorisera que les nouveaux entrants ».

Ces « nouveaux entrants », ce sont les plateformes en ligne comme « Le permis libre », « En voiture Simone » ou encore « Ornikar ». Elles affichent des tarifs bien inférieurs à ceux des auto-écoles classiques pour une raison toute simple : elles n’ont pas de locaux pour accueillir les élèves –ils révisent leur code via une application– et elles opèrent avec des moniteurs d’auto-écoles qui sont auto-entrepreneurs.

Habitué des joutes verbales et judiciaires avec les syndicats d’auto-écoles, Edouard Rudolf est plutôt surpris de leur opposition à un agrément national. « Il existe déjà, affirme le cofondateur d’En voiture Simone. Nous avons été attaqués là-dessus et la justice nous a donné raison ». Un jugement du tribunal de grande instance de Paris, rendu le 29 janvier 2019 indique en effet que « la société [En voiture Simone] peut par conséquent conclure des contrats à distance avec ses clients et il ne lui est aucunement imposé de disposer d’un local dans chacun des départements où elle exploite son activité. »

Une plateforme pour les inscrire tous

L’autre motif de colère des auto-écoles, c’est cette fameuse plateforme nationale. Actuellement, deux systèmes cohabitent : soit l’auto-école inscrit l’élève à l’examen pratique du permis de conduire, soit ce dernier se présente en « candidat libre ». Avec la plateforme, le candidat serait totalement libre de choisir son créneau, qu’il ait été formé « en ligne » ou par la voie classique.

« Les auto-écoles classiques ne pourront plus truster les places pour leurs meilleurs élèves, juge Edouard Rudolf. Aujourd’hui, plus leur taux de réussite est élevé, plus elles peuvent présenter des candidats, au détriment des structures. L’idée de la plateforme, c’est de rendre le pouvoir au consommateur ».

« L’école de conduite sait quand les élèves sont prêts et c’est pour ça qu’elle les présente au bon moment pour maximiser leur réussite, rétorque Patrick Mirouse. D’ailleurs les taux de réussite sont plus élevés que ceux des candidats libres ! ». Pour Edouard Rudolf, l’élève n’a de toute façon aucun intérêt à se présenter trop tôt : « S’il rate l’examen, il devra payer des heures de conduite supplémentaires et une nouvelle présentation au permis. »

L’engagement du président

Les arguments des deux camps sont déjà bien affûtés. La bataille, qui n’est pas sans rappeler celle des taxis contre les chauffeurs VTC, ne fait que commencer : le gouvernement n’a pas encore indiqué quand et comment il allait traduire ce rapport dans un projet de loi. Ce dernier devra ensuite passer par une discussion au Parlement. En attendant de connaître les détails, la volonté de l’exécutif est très claire : il faut une baisse « drastique » du coût du permis de conduire, comme s’y est engagé début novembre Emmanuel Macron.

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