Pédocriminalité : les évêques de France reconnaissent « la responsabilité institutionnelle » de l’Eglise – Le Monde

Guy de Kerimel, évêque du diocèse de Grenoble et Vienne (à gauche) et le président de la Conférence des évêques de France, Eric de Moulins-Beaufort, le 2 novembre 2021.

Il y a une immense attente de la part des victimes et des catholiques. Les évêques de France, réunis à Lourdes, ont décidé, vendredi 5 novembre, de « reconnaître la responsabilité institutionnelle de l’Eglise » dans les agressions sexuelles subies par des milliers de victimes et la « dimension systémique » de ces crimes, a annoncé leur représentant, le président de la Conférence des évêques de France (CEF), monseigneur Eric de Moulins-Beaufort.

Ces actes pédocriminels, dont l’ampleur a été mise au jour par le récent rapport Sauvé, « ont été rendus possibles par un contexte général, des fonctionnements, des mentalités, des pratiques au sein de l’Eglise », a souligné M. Moulins-Beaufort. « Cette responsabilité entraîne un devoir de justice et de réparation », a-t-il ajouté.

Quelque 120 prélats sont réunis à Lourdes pour leur réunion bisannuelle, largement consacrée au rapport Sauvé publié le 5 octobre, dont les chiffres sont effrayants. Depuis 1950, quelque 216 000 personnes de plus de 18 ans ont fait l’objet de violences ou d’agressions sexuelles, quand elles étaient mineures, de la part de clercs (prêtres ou diacres) ou de religieux et religieuses. Si l’on ajoute les personnes agressées par des laïcs travaillant dans des institutions de l’Eglise (enseignants, surveillants, cadres de mouvements de jeunesse…), le nombre de victimes passe à 330 000. La commission estime, par ailleurs, qu’environ 3 000 prédateurs se sont rendus coupables de ces crimes en soixante-dix ans.

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Parmi ses 45 recommandations, la commission Sauvé a proposé de reconnaître la responsabilité civile et sociale de l’Eglise « indépendamment de toute faute personnelle de ses responsables ».

« Honte » du pape François

Elle a aussi préconisé d’individualiser le calcul de l’indemnisation due à chaque victime en fonction des « préjudices subis ». Pour alimenter le fonds d’indemnisation, elle écarte la piste d’un appel aux dons des fidèles, préconisant de financer les indemnités versées aux victimes « à partir du patrimoine des agresseurs et de l’Eglise de France ». Mais, en mars, l’épiscopat avait annoncé le versement aux victimes, à partir de 2022, d’une « contribution financière », qui n’est, selon elle, pas une indemnisation, souhaitant qu’elle puisse être abondée par « les dons des évêques, des prêtres, des fidèles et de toute personne qui voudra y participer ».

Si quelques victimes ont été invitées à Lourdes, aucun des collectifs et des associations n’a fait le déplacement, regrettant que le rapport Sauvé ne soit pas le sujet unique de l’assemblée, et refusant d’être « la caution d’un processus a minima ».

Après la remise du rapport, le pape François avait exprimé « sa honte », répétant plusieurs fois ce mot en présence d’évêques français.

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Le Monde avec AFP

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