Passe sanitaire : le président seul face à la rue, une stratégie périlleuse – Le Monde

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Manifestation contre l'instauration d'un passe sanitaire, dans le 17e arrondissement de Paris, le 31 juillet.

Seul face à la rue. Emmanuel Macron et sa politique sanitaire se retrouvent une nouvelle fois contestés dans la rue, pour la quatrième semaine consécutive. Alors que le Conseil constitutionnel vient de valider dans les grandes lignes le passe sanitaire, les antivax et les « antipasse » devaient encore défiler dans toute la France samedi 7 août, après le succès de la précédente mobilisation – plus de 200 000 personnes dans toute la France, selon les chiffres officiels –, une performance en plein été.

Chaque pouvoir a connu son lot de cortèges, mais ceux qui défilent depuis le début du quinquennat sont inédits (« gilets jaunes » tous les samedis ou « antipasse » en plein mois d’août), singuliers (spontanés, sans leaders) ou massifs (le mouvement contre les retraites a été plus long qu’en 1995). « Macron n’est pas le premier président impopulaire, mais pour la première fois peut-être, cette impopularité ne se matérialise pas seulement dans les sondages, mais aussi dans la rue de manière récurrente », observe Jérôme Fourquet, de l’Ifop, selon lequel « le pays est maintenu dans un état de tension permanente » depuis 2017.

Lire l’article : Qui sont les opposants au passe sanitaire

Pour de nombreux observateurs, le président récolterait là en partie ce qu’il a lui-même semé. Elu sur un discours inspiré de la droite orléaniste d’un côté, et de la deuxième gauche rocardienne de l’autre, il a pris le contre-pied d’emblée, adoptant une posture bonapartiste – dès la soirée au Louvre – et cultivant la verticalité dans sa pratique du pouvoir et son rapport aux Français. En nommant un gouvernement faible – sans poids politique – et en court-circuitant les corps intermédiaires, Macron a également organisé sa propre solitude et installé un face-à-face avec le peuple, au risque de voir celui-ci se retourner contre lui.

Un président surexposé, sans bouclier

Une posture qui le sert en partie. « Face à la rue, il est comme un poisson dans l’eau », observe Jérôme Sainte-Marie, de PollingVox, selon lequel le président aurait un « intérêt pratique » à mettre en scène cette confrontation. « La résistance qu’on lui oppose serait la preuve qu’il réforme ou qu’il agit, poursuit le sondeur. Pour quelqu’un qui ne dispose pas des ressources symboliques de la droite ou de la gauche, et qui a besoin de renouveler sans cesse ses soutiens, les mouvements sociaux lui permettent de se refaire la cerise. » C’est aussi un moyen pour lui de se poser comme l’homme de la raison et du progrès face à des forces présentées comme conservatrices, voire obscurantistes. « Dans ce face-à-face, il a clairement l’avantage », résume M. Sainte-Marie. De fait, Macron l’alimente. Dans l’avion qui l’a ramené de Polynésie, début août, il a tendu le bras de fer avec des antivax jugés radicaux et violents qui « confondent tout », accusés de mettre en danger la démocratie.

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