Paris : ce que l’on sait des déversements d’eaux usées dans la Seine reprochés au cimentier Lafarge – franceinfo

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Des témoins ont filmé des rejets de déchets industriels depuis l’un des sites de production parisiens de Lafarge. Une enquête est ouverte.

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“Le cimentier Lafarge a été pris en flagrant délit de pollution environnementale, dans le quartier de Bercy à Paris, à deux pas du ministère de l’Economie.” Une centrale de béton parisienne du bord de Seine rejette “des particules de ciment et des tiges de fibre plastique directement dans le fleuve”, selon Europe 1. Une enquête a été ouverte contre l’entreprise de travaux publics, a appris franceinfo auprès du parquet de Paris, mardi 1er septembre, confirmant l’information d’Europe 1. Que sait-on de cette affaire ?

Qu’est-il reproché à Lafarge ?

Les eaux usées d’une cimenterie du groupe Lafarge s’écoulent dans le fleuve parisien, raconte Europe 1, images de l’écoulement à l’appui. Le site industriel est situé sur le quai de Bercy, dans le 12e arrondissement. Le mélange déversé dans la Seine serait composé de “particules de ciments, de liquides de traitement et de microfibres en plastique”, qui “coulent en continu”.

Europe 1 s’appuie aussi sur le témoignage de Jacques Lemoine, agent de développement de l’Association agréée de pêche et de protection du milieu aquatique. “C’est son équipe qui a découvert un trou, grossièrement percé dans la cuve de rétention des eaux usées de l’usine Lafarge”, précise la radio.

“Clairement, c’est volontaire, estime Jacques Lemoine. Dans ces cuves, ce sont toutes les eaux et les restes de béton fabriqué dans la journée qui reviennent dans les camions en fin de journée”. Ce déversement illégal dure, selon lui, depuis des années, comme en témoigne la “couche de ciment séché visible sur les quais”.

Une enquête a-t-elle été ouverte ?

Oui. Une enquête a été ouverte contre Lafarge pour “déversement de substances nuisibles par personne morale”, “jet ou abandon par personne morale de substances nuisibles” et “utilisation de produits phytosanitaires sans respecter les conditions d’utilisation”, a appris franceinfo auprès du parquet de Paris. Cette enquête fait suite à un signalement de l’Office français de la biodiversité le 27 août, prévenu par la Fédération interdépartementale de pêche et de protection du milieu aquatique. Cette dernière a tourné une vidéo transmise à la justice. L’Office français de la biodiversité est chargé des investigations.

Par ailleurs, la mairie de Paris a annoncé son intention de déposer plainte contre le groupe Lafarge-Holcim. “Je découvre avec stupeur cette pollution lente qui empoisonne notre fleuve. Des explications s’imposent de la part du gestionnaire du site et une plainte sera déposée”, a tweeté Emmanuel Grégoire, premier adjoint de la maire PS Anne Hidalgo.

Que répond Lafarge ?

Lafarge invoque “un incident tout à fait exceptionnel et indépendant de sa volonté”. Au micro d’Europe 1, le cimentier se défend en disant avoir été victime d’une “détérioration manifestement délibérée d’une plaque d’étanchéité qui a entraîné un écoulement temporaire d’eau recyclée dans la Seine”. Le groupe affirme donc qu’il est victime de vandalisme ponctuel et qu’il va lui aussi porter plainte.

Quelles sont les réactions ?

“C’est scandaleux si c’est bien le cas. Des sanctions pénales sont nécessaires si c’est avéré”, a de son côté dénoncé la ministre du Travail, Elisabeth Borne, interrogée sur LCI en tant qu’ancienne ministre de l’Environnement. Barbara Pompili, qui lui a succédé à ce poste, s’est quant à elle exprimée sur Twitter. “J’ai demandé aux inspecteurs de l’environnement du ministère de l’Ecologie de se rendre sur place. Comme le prévoit la loi, les responsables seront poursuivis et répareront les dégâts”, a-t-elle commenté.

Dans un communiqué, Europe Ecologie-Les Verts de Paris dénonce une “atteinte à l’environnement” et accuse le cimentier de “porter préjudice à la santé publique”. Sur Twitter, le secrétaire national d’EELV, Julien Bayou, a partagé “une pensée pour toutes celles et ceux qui nettoient et protègent nos biens communs quand de grands groupes les saccagent”.

“C’est au mieux une coupable négligence, au pire un acte volontaire d’autant plus criminel”, a déclaré la maire écologiste du 12e arrondissement parisien Emmanuelle Pierre-Marie. “La mairie du 12e arrondissement prendre toute sa part dans l’action en justice intentée par la Ville de Paris.”

Cyril Dion, écrivain, réalisateur et militant écologiste, s’est, lui aussi, indigné. “Lafarge rejette dans la Seine les eaux usées de l’une de ses usines. Comme des centaines ou peut-être même des milliers d’entreprises à travers le monde. Tant que personne ne proteste, rien ne se passe. Alors merci à Europe 1 pour cette info qui conduit la mairie à porter plainte”, a-t-il écrit sur Twitter.

Y a-t-il des précédents ?

Lafarge avait déjà été accusé de pollution environnementale. En février dernier, des militants du groupe écologiste Extinction Rébellion avaient filmé, à la centrale du port Javel dans le 15e arrondissement, ce qu’ils avaient présenté comme une vidange de cuves dont le contenu “se dirigeait vers la Seine”. L’équipe de Lafarge présente sur les lieux avait démenti.

“Sur la centrale Mirabeau, les eaux de nettoyage des installations sont totalement confinées et recyclées sur le site”, avait alors affirmé l’entreprise dans un communiqué. “Aucun déversement d’eau sale contenant du ciment n’est possible dans la Seine, ce point est attesté par les inspections régulières que mènent les services de l’Etat sur notre site.”

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