Pandora Papers et évasion fiscale : que sait-on de cette enquête qui vise des dirigeants du monde entier ? – Sud Ouest

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Par Sudouest.fr avec AFP

A travers une vaste enquête, des liens ont été établis entre des actifs offshore et 336 dirigeants et responsables politiques de premier plan

1 – Cette enquête, c’est quoi ?

Publiée dimanche par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), cette enquête, à laquelle ont collaboré environ 600 journalistes, s’intitule « Pandora Papers ». Une référence à la légende de la boîte de Pandore. Elle s’appuie sur quelque 11,9 millions de documents provenant de 14 sociétés de services financiers et a mis au jour plus de 29.000 sociétés offshores.

Cette vaste enquête vise à révéler la dissimulation d’avoirs dans des sociétés offshore, notamment à des fins d’évasion fiscale, une pratique qui vise de nombreux dirigeants ou personnalités du monde entier. Au total, des liens ont été établis par l’ICIJ entre des actifs offshore et 336 dirigeants et responsables politiques de premier plan qui ont créé près de 1.000 sociétés dont plus des deux tiers aux Iles Vierges britanniques.

2 – Quelles sont les révélations ?

Environ deux millions des 11,9 millions de documents proviennent du cabinet d’avocats panaméen Alcogal (Aleman, Cordero, Galindo & Lee) qui selon l’ICIJ a joué « un rôle majeur dans l’évasion des taxes » et est impliqué dans la création de comptes pour dissimuler l’argent de plus de 160 personnalités

« Cela démontre que les gens qui pourraient mettre fin au secret de l’offshore, en finir avec ce qui s’y passe, en tirent eux-mêmes profit », a commenté dimanche dans une vidéo le directeur de l’ICIJ, Gerard Ryle. « On parle de milliers de milliards de dollars. » Pour Maira Martini, chercheuse de l’ONG Transparency International, cette enquête apporte une nouvelle « preuve claire que l’industrie offshore fait le jeu de la corruption et de la criminalité financière, tout en faisant obstruction à la justice ».

3 – Quelles sont les personnalités visées ?

Selon ces documents, le roi Abdallah II de Jordanie a créé au moins une trentaine de sociétés offshore, c’est-à-dire dans des pays ou territoires à fiscalité avantageuse, et acheté par leur biais 14 propriétés de luxe aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, pour plus de 106 millions de dollars. Le Premier ministre tchèque, Andrej Babis, a placé selon l’enquête 22 millions de dollars dans des sociétés écran pour financer l’achat du château Bigaud, une grande propriété à Mougins dans le Sud de la France. Le président équatorien, Guillermo Lasso, a, lui, logé des fonds dans deux trusts dont le siège se trouve aux Etats-Unis, dans le Dakota du Sud, selon l’ICIJ qui épingle également les présidents du Chili et de République dominicaine.

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Parmi les personnalités exposées figurent également la chanteuse colombienne Shakira, le mannequin allemand Claudia Schiffer ou la légende indienne du cricket Sachin Tendulkar. Apparaissent aussi les noms de l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, pour l’achat d’un bien immobilier à Londres, et de l’ancien ministre français Dominique Strauss-Kahn. L’ex-directeur général du Fonds monétaire international (FMI) a fait transiter plusieurs millions de dollars d’honoraires de conseil à des entreprises par une société marocaine exempte d’impôts.

Au total, selon le quotidien français Le Monde partenaire de l’ICIJ, 600 Français apparaissent dans l’enquête dont « un conspirationniste d’extrême droite » qui a recouru à une société aux Seychelles « pour vendre livres et pilules miracles ». Dans la plupart des pays, ces faits ne sont pas susceptibles de poursuites. Mais pour les dirigeants, l’ICIJ dresse un parallèle entre le discours anti-corruption de certains et leurs placements dans des paradis fiscaux.

4 – Quelles sont les réactions ?

Plusieurs pays et dirigeants ont rejeté lundi ces révélations. L’onde de choc de cette publication a toutefois entraîné la démission du Premier ministre islandais Sigmundur David Gunnlaugsson et du chef du gouvernement pakistanais Nawaz Sharif.

En Jordanie, le Palais royal a déclaré que ces « informations de presse sont inexactes, déformées et exagérées » et qu’elles constituent une « menace pour la sécurité du monarque et celle de sa famille ». Mis en cause également, le Kremlin a rejeté lundi des « allégations infondées ». Selon l’ICIJ, Svetlana Krivonogikh, une femme présentée par des médias russes comme une ex-maîtresse du président Vladimir Poutine, a acquis en 2003 un appartement pour quatre millions de dollars à Monaco via des comptes offshore.

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Le Premier ministre ivoirien Patrick Achi, qui contrôlait une société aux Bahamas jusqu’au moins 2006 selon l’enquête, a démenti lundi toute « action illicite ». Dimanche déjà, le Premier ministre tchèque, Andrej Babis, s’était défendu : « Je n’ai jamais rien fait d’illégal ou de mal », a-t-il tweeté.

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