«On espère qu’il a ouvert les yeux»: l’allocution de Macron vue par les soignants – Le Parisien

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Chacun l’a noté, Emmanuel Macron a pris la parole ce lundi soir à 20h02, précisément après cet instant désormais devenu rituel en France : les applaudissements pour le personnel soignant. Ses premiers mots ont d’ailleurs été pour eux. « Ces journées, ces semaines, resteront l’honneur de nos soignants à l’hôpital et en ville », a-t-il déclaré en préambule. En première ligne depuis le début de la crise, ils sont beaucoup à avoir suivi avec attention cette quatrième prise de parole. Trois d’entre eux, deux urgentistes et un médecin, nous ont confié leur sentiment après les annonces du président de la République.

Orianne Plumet a regardé l’allocution juste avant de partir pour sa garde à l’hôpital La Pitié-Salpêtrière (Paris XIIIe). Cette infirmière et membre du collectif Inter Urgences reconnaît un changement de ton. « Ce qui m’a marquée, c’est qu’il paraît lucide. Il y a une forme de reconnaissance d’erreurs et de nos difficultés que nous avons, nous, sur le terrain. Il ne faut pas que ce soit une manière de se dédouaner », prévient-elle. En effet, les critiques arrivent vite. « Il a certes parlé des masques mais rien sur les surblouses ni les médicaments, qui sont réellement en tension dans les services », regrette l’infirmière.

Mais une phrase a vraiment retenu son attention, prononcée au début de l’allocution. « Les hôpitaux français ont réussi à soigner ceux qui s’y présentaient », a ainsi assuré le président de la République. « Il y a des patients âgés qui en temps normal auraient été admis en réanimation et qui ne l’ont pas été, il faut le dire », martèle la jeune femme.

«Il va y avoir des inégalités entre les territoires, ceux qui ont été touchés et les autres»

« Tous les patients ont pu être soignés. Mais est-ce qu’ils ont reçu des soins de la même façon ? Je ne sais pas », s’interroge de son côté Céline Laville, infirmière au CHU de Poitiers (Vienne), et présidente de la Coordination nationale infirmière. Elle se satisfait d’une partie du discours. « Je suis contente qu’il ait parlé de failles. Car même s’il ne maîtrise pas tout, ce qui me restait en travers de la gorge c’est qu’il ne disait pas la vérité. Là, ça y est ! On espère qu’il a ouvert les yeux sur ce qu’on dit depuis deux, trois, quatre ans, c’est que notre système de santé ne va pas bien », rappelle-t-elle.

Céline Laville croit également avoir vu un motif d’espoir pour la suite. « Le président a évoqué les plus précaires, j’espère qu’il parlait des personnels soignants que ce soit dans le libéral ou à l’hôpital, j’espère vraiment qu’il parlait de nous et qu’une hausse de salaire est prévue après la crise. »

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Claude Bronner, président de la Fédération des médecins de France Grand Est, installé à Strasbourg, comprend l’allongement du confinement, mais pas ses conditions. « Continuer à obliger des familles à suivre des règles aussi contraignantes, c’est délirant. Les conséquences vont être lourdes. La non-prise de risque c’est de garder les distances », s’emporte-t-il, également déçu concernant le propos présidentiel sur les tests, réservés aux patients symptomatiques.

« J’ai trouvé le discours sur les contrôles biologiques très limité. Le président a notamment déclaré que très peu de gens avaient déclaré le Covid-19. Certes, mais je suis dans une région, l’Alsace, où beaucoup de gens l’ont contracté. Il va y avoir des inégalités entre les territoires, ceux qui ont été touchés et les autres », note-t-il, appelant à tester massivement. Une bonne nouvelle cependant pour le médecin généraliste : encourager le port du masque pour le grand public. « C’est logique de pousser les gens à porter des masques, notamment dans les transports en commun », se satisfait ainsi Claude Bronner.

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